Tout en suivant les réflexions de mes camarades, j'ai entamé mes recherches sur mes coéquipiers, en commençant par Nizar : avec son SIN natif, ce devrait être le plus facile à trouver. Effectivement, je n'ai pas mis longtemps à mettre la main sur son pedigree : il s'appelle Raymond, a 21 ans, est né à Bellevue, où il habite encore. Il travaille pour la corpo Horizon, comme ses parents avant lui (assez classique), et gagne… ouahou, 3 800 nuyens/mois. Employé sans histoire, il aime sortir, et a un goût prononcé pour le luxe. Bon. Tout ça ne me dit pas par quel mystère il se retrouve embarqué dans notre histoire.
Je trouve ensuite un acte de naissance au nom de Finn Kaluza. Né à Tír Tairngire, il a probablement des origines irlandaises et/ou des Premières Nations. Difficile de creuser plus, les réseaux du pays des elfes sont particulièrement bien protégés.
Sur Operator : de son vrai nom Ixel Leroy, il est passionné de mécanique/technologie depuis tout petit… c'est-à-dire pas si longtemps, vu qu'il a moins de 20 ans. Il est passé par la corpo Aztechnology, mais a disparu de leurs fichiers du jour au lendemain, il y a à peine un an. Merde, ce ne serait pas étonnant qu'il soit recherché. On verra bien. Raison de plus pour moi de ne pas embarquer dans son van.
Avant que je n'aie eu le temps de me pencher sur le cas du troll, j'ai reçu un message d'Alex : il sortait de la pharmacie et voulait savoir si j'avais besoin d'autre chose. Comme j'ai décliné, il m'a dit qu'il serait chez moi un quart d'heure plus tard. J'ai prévenu mes coéquipiers que je devais raccrocher, et je me suis déconnectée.
Une fois revenue à la réalité, j'ai pu identifier que les coups frappés à ma porte un peu plus tôt, que j'avais vaguement perçus, étaient l'œuvre des petits de Nelly ; mais je n'étais pas en état de les baby-sitter. Enfin, de nouveaux coups ont retenti, cette fois accompagnés d'un joyeux « C'est Alex ! ». Je me suis levée en claudiquant et lui ai ouvert la porte :
« Ah, mon sauveur !
- Oh, à ce point ? »
Je n'ai pas répondu, j'ai refermé la porte et l'ai serré dans mes bras comme si je ne l'avais pas vu depuis 6 mois. Ne pas pleurer, ne pas pleurer, ne pas… merde, raté.
Je vous ai dit que sa plus grande qualité, c'était de savoir se taire ? Il a déposé le sac de médicaments sur la table de la cuisine, m'a fait asseoir sur mon lit, et m'a gardée dans ses bras le temps que je m'apaise.
« Rappelle-moi de ne plus jamais mettre un pied hors de cet appart, d'accord ?
- Hmmm. C'est pas un peu radical ? Tu veux me raconter ?
- On m'a filé un boulot inhabituel… en équipe, ai-je répondu après quelques instants.
- Toi ? Dans une équipe ? Les pauvres, ils savent dans quoi ils se sont embarqués ? »
Il s'est mis à rire, sans aucune considération pour mon regard noir, et à peine plus pour le coup de coude que je lui ai flanqué dans les côtes.
« Pfff, non mais sérieusement ! J'avais juste accepté de les rencontrer au Patty's pour prendre connaissance du taf, et je me suis retrouvée trimballée à travers toute la ville. Pourquoi est-ce que les gens veulent toujours se parler en face à face ? ». Après une hésitation, j'ai préféré lui taire l'épisode de la fusillade ; je voulais qu'il garde son sourire, et après tout, ce n'est pas moi qui me suis faite canarder, pas vrai ?
« En vrai, ils ont l'air plutôt sympas. Il va juste falloir qu'ils comprennent que ma béquille n'est pas décorative, et qu'il n'y a aucune raison pour qu'on se parle autrement que par commlink, et on devrait pouvoir s'entendre. Je bosse mieux quand j'ai pas mal.
- Vous avez roulé tant que ça ?
- Ouais, et pas en limousine. Enfin ça aurait pu être pire, j'étais calée de façon à ne pas voir le paysage.
- Tu leur as parlé de ton accident ?
- Non. Ça ne les regarde pas. (et ça pourrait leur donner l'idée de fouiller mon passé, tout comme j'ai fouillé le leur, ai-je complété intérieurement)
- Ah Ramona, Ramona… tu sais que c'est utile, parfois, de parler aux gens ?
- Seulement à toi. »
Cette remarque boudeuse m'a valu un baiser sur le front… et une envolée de papillons dans le ventre. Le salaud. Il sait très bien que je ne peux plus être de mauvaise humeur après ça. Je me suis lovée contre lui et je n'ai plus rien dit. Puis mon commlink a sonné, j'ai grogné, et il m'a laissée à mes affaires.
L'appel était de Nizar, qui voulait savoir si je pouvais trouver des infos sur un type : mais il n'avait qu'un prénom et une vague description, et moi, je ne suis pas faiseuse de miracles. Quelques minutes plus tard, il m'a envoyé une carte de visite, et j'ai pu le renseigner : la boîte de détectives privés de son contact ressemblait fortement à une société-écran. Il a continué à m'informer par messages de la situation : il craignait que le fameux détective ne soit dans les parages pour notre client. Mais si c'était bien le cas, comment aurait-il su où le chercher ? Meeeerde ! Je me reconnecte à la matrice et vais inspecter nos lignes commlinks. Effectivement, quelqu'un s'est amusé sur celle de notre client après mon dernier passage. Un Joker de jeu de cartes se dresse soudainement devant moi, et me nargue : « Contente de ce que tu as trouvé ? Tu devrais mieux couvrir tes arrières ».
J'alerte mes camarades, mais sans me sentir si alarmée que ça : le message semble… amical ? Mon intuition me souffle que Miss Myth teste nos talents. J'inspecte l'historique du client : son « acheteur potentiel » est bien localisé là où son pseudo le laissait penser ; ce qui est plutôt rassurant : la personne ne cherche pas à se cacher.
Un long moment plus tard, Nizar me rappelle pour me confirmer que le client souhaite vendre ses données, et me redonne toutes les infos nécessaires ; je me lance immédiatement dans la procédure. Très rapidement, notre interlocuteur transfère 2 millions de nuyens sur le compte que je lui ai désigné, que je m'empresse de faire transiter par une myriade de comptes avant de les regrouper sur celui de notre client. Puis j’’assure le transfert des données vers l’acheteur.
Mission accomplie ! On va pouvoir reprendre une vie normale.