Chapitre 55 : Retour à Cabestan
- Moi je vous le dis, une histoire pareille, c'est que du bonheur pour les affaires. Dommage que ce n'est que quinze jours par an.
L'aubergiste de Cabestan posa la choppe de bière devant Vimayre.
- Tant mieux pour vous. Et vous avez vu la Succube, ou le Diablotin ?
- Pleine comme une outre qu'elle était l'auberge. Faut dire qu'y avait des aventuriers dans tout Cabestan. Que des gars de l'Alliance.
- Passionnant. Et pour la Succube, ou le Diablotin ?
- Même que certains se tapaient dessus, avec leurs grosses épées et leurs éclairs. J'avais jamais vu un bazar pareil ici.
Vimayre sentait la lassitude l'envahir. Satanés aubergistes…
- J'imagine. La Succube ou le Diablotin ?
- Les gars, ils se marchaient dessus pour pouvoir s'asseoir dans mon auberge. Même que j'ai dû refaire une commande de bière chez les Nains, tellement ça partait vite.
- Ca devait vous changer. Et vous avez vu la Succube, ou le Diablotin ?
- Et puis les gars, ils picolaient, fallait voir ça. Ils devaient penser à leurs copines dépensant tout leur or à Hurlevent. Moi je dis, tant que ça fait marcher le commerce…
- C'est vrai. Et concernant la Succube, ou le Diablotin ?
- Et puis, certains gars pleuraient, aussi. Eux, ils devaient vraiment penser à leurs copines dépensant tout leur or. Ca faisait mal au cœur, vu que l'or, elles le dépensaient pas chez moi.
- Effectivement. Mais j'aimerais qu'on revienne sur la Succube, ou le Diablotin.
- La garce, je l'ai pas vu, mais je connais un garde qu'a essayé de la reluquer et qui boîte maintenant. Elle a pris le bateau pour Baie du Butin, après avoir causé avec certains gars. L'avait l'air excitée.
- Formidable. Et pour la Succ… Oh. Bien.
- Par contre, j'ai vu la petite crotte causer avec un palouf 70. Un Humain, l'air pas brillant mais sûr qu'il est moins bête qu'il en a l'air. Ils sont partis ensemble, même que les gars se foutaient de lui vu qu'il a pas de copine et qu'il avait rien à fiche ici.
- Vous m'avez beaucoup aidé, l'ami.
- La bière, c'est 50PC. Et 50PA pour le tuyau, vu que j'aime pas les Taurens.
Vimayre paya en soupirant. Un Paladin moins bête qu'il n'en a l'air… Edualk. Décidemment, cette histoire n'avait pas de fin.
***
Chapitre 56 : Tenue de soirée exigée
Un plan foireux. Abatik avait été catégorique en entendant l'histoire de la Démoniste passablement alcoolisée de Cabestan, et le fait est que le Diablotin s'y connaissait en plans.
Effectivement, la Démoniste Menera qui vivait à Cabestan, et accessoirement dans les brumes d'alcool vu qu'elle était légèrement alcoolique, savait fabriquer une robe magique conçue spécialement pour les invocateurs des Enfers.
Mais il ne suffisait pas de lui donner quelques rouleaux de tissu et du fil. Cela aurait été trop simple.
Tout d'abord, il lui fallait une Robe d'Arcana. Une conversation avec une consoeur de la Guilde avait appris à Llégion que le patron de cette robe tenait quasiment du mythe, et il avait dû finalement dépenser 40PO – argh – pour en acheter une à l'hôtel des ventes d'Orgrimmar. Et il avait eu de la chance que quelqu'un en vende.
Ensuite, il avait dû faire l'aller-retour sur Baie du Butin pour amener une barre d'or pur à un Gobelin rigolard. Cela avait rappelé des souvenirs à Abatik, et Seln n'avait pas cessé de se plaindre de l'odeur de poisson et des horribles Gobelins qui ne faisait que reluquer sa culotte par en-dessous.
Ce qui avait beaucoup surpris Llégion vu que tout le monde, de façon générale, la reluquait tout le temps et que cela ne lui posait jamais de problème.
Bien sûr, l'histoire était loin d'être finie. Il avait dû se rendre ensuite jusqu'en Désolace uniquement dans le but de tuer des Satyres et des Infernaux.
Tuer les Satyres avait été compliqué au début, non à cause de leur dangerosité mais parce que Seln les connaissait tous et qu'il est toujours difficile de tuer des gens qu'on connaît, surtout quand il s'agit de la famille – les Satyres sont cousins des Succubes.
Heureusement, l'un des cousins s'était permis une remarque sur le poids de Seln qui avait fait rire tout le monde sauf la première concernée qui le prit très mal.
Le plus drôle, c'était de voir les Satyres se jeter sous les coups du Démoniste en fuyant la colère de la Succube et de Zaza, toujours aussi féroce dès qu'on touchait à sa "maman".
De retour à Cabestan, Llégion avait dû attendre une journée que Menera dessaoule pour connaître la suite de l'histoire.
Elle était effectivement gratinée, car cette fois-ci, elle l'avait envoyé en Arathi pour tuer des Elémentaires de Feu.
La région était toujours aussi dangereuse que lors de son précédent passage, et Mezz avait sorti son Code d'Invocation Démoniaque dès leur arrivée au mur de Thoradin – il n'avait manifestement pas pardonné à son Maître l'histoire du cœur de l'innocent et ses nombreuses morts sous les coups de la faune locale.
Les Elémentaires étaient à la hauteur de leur réputation. Les combats furent violents et ravageurs, mais ni Mezz ni Llégion ne moururent. Même Abatik devait reconnaître que son Maître se débrouillait de mieux en mieux.
Même s'il y eut un moment gênant quand Mezz retrouva parmi les Elémentaires un vieux camarade de syndicat. Heureusement, celui-ci avait rejoint depuis leur dernière rencontre une branche dissidente et Mezz se fit un devoir de lui rappeler l'orthodoxie à coup de Code dans la tête.
Finalement, après bien des voyages et de nombreux combats, Llégion avait réussi à récupérer la totalité des composants nécessaires pour que Menera lui fasse la fameuse robe.
Il fut néanmoins légèrement agacé – "RHHHAAA !!! Par la malepeste !" – en découvrant à son retour à Cabestan que la Démoniste avait été ramassée la veille par la garde suite à une chute dans le port, et envoyé en désintoxication aux Pitons du Tonnerre.
Il dut donc attendre une semaine entière dans la capitale des Taurens, lieu déprimant s'il en est.
Abatik tenta bien de monter quelques jeux truqués, mais contrairement aux Elfes de Sang, les Taurens étaient étonnamment placides et totalement imperméables aux joies des jeux d'argent.
Mezz ne rencontra pas plus de succès en tentant de prévenir les masses laborieuses et exploitées de la nocivité de leur condition. Race unie et en harmonie avec la nature, les Taurens vivaient en bonne intelligence les uns avec les autres et partageaient les taches entre eux en toute égalité.
Seln, bien entendu, constata tout de suite l'absence de boutiques potables, l'odeur d'étable permanente et fut surtout très vexée de voir passer devant elle les puissants Taurens sans que ceux-ci ne jettent même un œil sur elle.
Zaza, lui, déprima très rapidement quand il découvrit qu'il n'y avait pas un seul lampadaire dans toute la ville, ni un seul chat à courser.
Quant à Llégion… eh bien, disons simplement qu'il restait égal à lui-même et que l'attente lui pesait. Beaucoup. Enormément. RHHHAAA !!! Par la malepeste !
Finalement, après une semaine longue et ennuyeuse, Menera fut finalement considérée comme guérie et relâchée.
Elle fêta immédiatement ça par une tournée générale à la taverne, mais dut attendre que Llégion en eut finit avec elle avant de rejoindre les fêtards.
Malheureusement, elle était déjà bien imbibée quand le Démoniste mit la main sur elle et au final, il dut coudre lui-même la fameuse robe, sous le regard intéressé de ses démons curieux de voir comment leur maître allait s'en sortir avec une tache aussi minutieuse.
Ils furent déçus. La langue au coin des lèvres – enfin, au coin de la mâchoire, vu qu'il n'avait plus de lèvres, ni d'ailleurs de joues -, le front plissé – enfin, encore plus plissé – Llégion se mit à coudre tranquillement après s'être installé à l'auberge.
Et une heure plus tard, la robe était terminée.
Triomphant et fier, Llégion se tourna vers ses démons après avoir mis sa nouvelle robe et, les mains sur les hanches, levant la tête avec orgueil, dit un seul mot.
- Alors ?
Moustaches réussit à garder son calme et à ne pas éclater de rire. Tant de soucis, tant de choses à préparer et à prévoir, tout ça dans le seul but de… Heureusement que le Démoniste était là pour le distraire !
Puis le rat croqua une blatte qui passait par là.
***
Chapitre 57 : Le bras de fer, la revanche
- Tiens tiens tiens, quelle surprise. Revoilà mon Tauren préféré…
Vimayre prit une profonde inspiration et s'avança vers le Paladin.
L'arrière petit-neveu "non-juridiquement parlant" de Llégion était en train de pécher, tranquillement assis sur le tablier du pont reliant les Bois de la Pénombre à la Forêt d'Elwyn.
Vimayre constata que son équipement semblait de meilleure qualité que lors de leur dernière rencontre, mais restait minable par rapport aux standards en vigueur pour un aventurier de son niveau.
Et surtout, Edualk semblait toujours aussi décontracté.
- Moi non plus, je ne m'attendais pas à vous trouver par ici, messire. Je vous imaginais plutôt en Outreterre.
- En fait, en ce moment je me farcis des batailles pour essayer de me payer une arme correcte. J'en suis pas loin, mais là, je commence à en avoir marre de me faire tailler en pièces par vos amis de la Horde.
- Je vois… Mais vous êtes loin des maîtres de guerre ici…
- Là, c'est particulier. On m'a parlé d'un voleur, une sorte de m'as-tu-vu à queue de cheval. Faut que je lui cause, et il passera forcément un jour par ici. Et comme j'aime pas courir pour rien…
- Peut-être l'ai-je croisé. Comment s'appelle-t-il, messire ?
Edualk ouvrit la bouche et hésita.
- Ne vous vexez pas, l'ami, mais cette histoire ne regarde que moi. Ne vous en mêlez pas.
Vimayre sentit une idée lui traverser l'esprit, et vit que le Paladin l'avait remarqué.
- Je suis sérieux, l'ami. Je ne voudrais pas nous fâcher… Donc, pas de coup d'œil "au cas où" dans vos dossiers.
- Mais vous savez que je vais quand même jeter un oeil, messire...
Edualk éclata de rire.
- Vous avez raison, et je serais déçu que vous ne le fassiez pas. En fait, il s'appelle Arrsène.
- Arrsène ? Votre père, non ? N'est-il pas au service des Défias depuis plusieurs années ?
- Apparemment, la "honte de la famille" a quitté les Défias. Ou bien Van Cleef l'a fichu dehors, ce qui ne m'étonnerait qu'à moitié connaissant le bougre. Au fait, "famille" au sens non-juridique, inutile de le préciser...
- Inutile, en effet. Je n'ai pas envie d'essayer de vous piéger, messire. Et puis, Llégion m'occupe assez comme cela.
- Toujours à sa poursuite ? Je vous avais bien dit de ne pas le sous-estimer.
- En fait, c'est sa Succube que je cherche. Il semble qu'elle ait fait une fugue il y a un moment de cela. Et le Diablotin était parti à sa recherche.
- Un petit malin, cet Abatik. Tordu et tenace. Je le plains d'être tombé sur Llégion.
Un long silence succéda aux paroles du Paladin qui, un léger sourire aux lèvres, surveillait sa ligne.
Vimayre poussa un profond soupir. Puis s'assis aux côtés d'Edualk.
- Vous savez, messire, votre arrière grand-oncle me fait courir depuis des semaines. Il n'arrête pas d'aller et de venir, de passer d'un continent à un autre, sans logique aucune. Maintenant il sème ses démons un peu partout. Sans parler de sa famille qui manifestement prend plaisir à me balader. Vous comprendrez donc que parfois, je sens comme une légère lassitude me gagner.
- C'est vous qui le poursuivez, l'ami. Lui, il cherche juste à conquérir le monde. Normalement, ce serait une sacrée raison d'aller lui coller des baffes à coups de haches, mais Llégion est un minable. Ca date de longtemps, même s'il n'a pas toujours été comme ça.
- C'est ma mission, messire.
- Il ne paiera jamais. Vous en êtes conscient ? Si on l'a renié dans la famille, c'est pas pour rien.
- Je dois le retrouver quand même.
- Et vous, vous y gagnez quoi ? Une médaille ? Une part de l'argent récupéré ?
Vimayre resta silencieux un moment. Et quand il parla, ce fut à voix basse, comme s'il hésitait encore à dire ce qu'il avait sur le coeur.
- J'appartiens à une Confrérie séculaire chargée d'une mission essentielle. Mais depuis toujours, elle est aux mains de Morts-Vivants dégénérés, incapables et engoncés dans leurs habitudes. Je veux changer tout ça. Je veux le pouvoir, pour rénover notre Confrérie. Et pour ça, je dois prouver ma valeur en accomplissant les missions qui me sont données.
- Donc, Llégion.
- Oui. C'est le dossier le plus ancien et le plus pourri qui existe. Et il concerne un minable, comme vous le dites vous même, qui ne pourra pas me nuire. Je vais l'attraper, le redresser et ainsi accéder au Conseil de la Confrérie. Et une fois là, rien ne pourra m'arrêter.
Edualk resta à surveiller sa ligne sans rien dire un moment, le Tauren silencieux à ses côtés. Puis il se tourna vers son voisin, un air sérieux sur le visage.
- Llégion aussi veut le pouvoir. Comme vous. Cela pourrait vous ouvrir mutuellement des possibilités. Y avez-vous songé ?
- Vous voulez dire, trahir la Confrérie ? Jamais ! Et puis, mes chances seraient nulles.
- Donc vous y avez songé.
- Bien sûr. Mais Llégion serait plus une gêne qu'une aide. Tous ceux que j'interroge sur lui le décrivent comme un "grand chauve à l'air con". Un minable...
Edualk secoua la tête sombrement.
- Voulez-vous un bon conseil, l'ami ?
- Dites toujours.
- Ne vous fiez pas aux apparences. Ne croyez pas ce que vous savez – ou pensez savoir.
- … J'avoue ne pas vous suivre.
Edualk secoua la tête, l'air sérieux.
- Llégion… Comment dire… Ce qu'il est aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qu'il fut autrefois. Et rien ne permet de dire qu'il a réellement oublié le passé. Il est plus compliqué, et plus dangereux, que ce que vous pouvez en connaître.
Vimayre fronça les sourcils.
- Et plus précisément ?
- Plus précisément, non. C'est une histoire de famille, qui se transmet uniquement entre nous. Et nous sommes, quoique vous puissiez croire, beaucoup plus compliqués que nous en avons l'air.
- Une histoire de famille ?
- Mon aïeul… Il… Non. C'est à vous de le découvrir. De comprendre. Mais honnêtement, je ne vous le souhaite pas. "Ce qui aurait dû être et qui ne fut pas." Une histoire de déchéance… et de sang.
Edualk soupira.
- Oui, je ne vous souhaite pas de connaître cette histoire.
Le Tauren et le Paladin restèrent silencieux un moment. Puis…
- Bordel ! Jamais ils veulent mordre, ces foutus poissons !
L'exclamation d'Edualk fit sursauter le Tauren. Le Paladin jeta sa canne à pêche à terre, et commença à ranger ses affaires.
- Au fait, messire… Le Diablotin. Vous l'avez vu, n'est-ce pas ?
- Effectivement. On s'est rencontré à Cabestan lors de la Quinzaine Commerciale. Je l'ai accompagné à Hurlevent pour récupérer la Succube. Jolie fille, d'ailleurs…
- Et …?
- Et quoi ? Ah oui, j'ai failli oublier, vous cherchez à les retrouver… On a récupéré la Succube, et ils sont repartis précipitamment. Apparemment, le vieux sac d'os aurait eu comme une crise nerveuse.
- Pourquoi ne suis-je pas surpris…
Edualk éclata de rire, rejoint par le Tauren.
- Vous savez, l'ami, je vous aime bien. Vous semblez un brave type, et puis ça me gêne de laisser Llégion tranquille. Je suis quand même Paladin…
- C'est vrai qu'on a tendance à l'oublier, à vous voir, messire…
- Merci, merci… Les deux démons sont repartis en catastrophe sur les Tarides. Même que la Succube n'avait pas l'air enthousiaste.
Vimayre sourit et remercia le Paladin. Ils se séparèrent, chacun allant vers son destin… Mais le Tauren avait commencé à réfléchir…
***
Chapitre 58 : Let me be a drag-queen !
- Alors ? J'ai pas une classe folle avec ça ?
- Oh mon loulou ! Tu es TELLEMENT beau avec ça ! Même si…
- Vous êtes magnifique, Maître. Bravo ! Même si…
- (voix caverneuse) Je ne peux que constater votre élégance, Maître. Même si…
Llégion lança un regard à Zaza, qui le lui rendit en penchant la tête.
- Waf ! Wouf wif…
- D'accord, j'ai compris, qu'est-ce qui ne va pas ? C'est la couleur ?
- Regarde-le, Zaza ! Il est TELLEMENT chou ! Mais non, mamour, la couleur est très bien. Hein, Zaza ?
- Wif !
- Alors je me suis planté dans mes coutures ?
- Pas du tout, Maître. Je dois avouer que votre œuvre est sans défaut.
- Et toi toujours aussi faux-cul, Abatik. Alors la longueur ? Elle est trop courte ?
- (voix caverneuse) Je ne trouve pas, Maître. Elle respecte le Code d'Indécence Infernale.
- Le Code d'Indéc… Je ne veux rien savoir. Alors c'est quoi ?!
- Ben mon choubichounet…
- Oui ?
- Wouf…
- Couché.
- C'est-à-dire, Maître…
- J'attends.
- (voix caverneuse) Comment dire…
- Par la malepeste ! Vous allez cracher le morceau !
- (voix caverneuse) Abatik a remarqué quelque chose, Maître.
- (Merci, Mezz, je te revaudrai ça) En fait, Maître… J'y pense, n'avez-vous pas remarqué comme cet individu là-bas nous regarde d'un air bizarre ? Je pense…
- Abatik ?
- Oui, Maître ?
- Accouche.
- Hem… en fait… comment dire, Maître… Votre robe est très bien, d'une couleur convenable…
- Je te l'ai dit, mon Llélé. Hein que maman l'a dit, Zaza ?
- Wif !
- Elle est parfaitement réussie, sans défaut de couture… Vous pouvez me croire, Maître !
- Faux-cul.
- Et d'une longueur adéquate, Maître…
- (voix caverneuse) Conformément au Code, Maître.
- Non, dans l'ensemble, tout est très bien, Maître.
- Et… ?
- Euh… Vous êtes sûr pour le gars bizarre là-bas ? Moi il me parait louche, Maître.
- Je suis sûr, Abatik. Et si quelqu'un écrivait mon histoire, ton baratin prendrait déjà une page entière. Donc… va au fait.
- Hem… *profonde respiration* Votre robe, c'est…
Ce fut étonnant, tout le monde dut en convenir. Llégion garda son calme. Il se contenta de lever un sourcil, de baisser les yeux sur la robe magnifique qu'il avait eu tant de mal à fabriquer et qui lui avait pris tant de temps.
Puis il regarda Menara qui, étendue par terre, dormait du sommeil de l'ivrogne. En ronflant avec un peu de bave aux lèvres, preuve alcoolisée que même les femmes les plus intelligentes et les plus cultivées peuvent être aussi stupides que les hommes.
On aurait pu penser qu'il se jetterait sur elle pour la rouer de coups, mais non. Il se contenta de passer une main négligente sur le devant de sa robe, et de regarder autour de lui.
Puis il se dirigea vers le bord du précipice entourant les Pitons du Tonnerre, faisant signe aux démons de rester où ils étaient.
Puis, debout sur le bord, ayant devant ses yeux le magnifique paysage verdoyant de Mulgore, Llégion prit une profonde inspiration.
Derrière lui, les démons se jetèrent au sol, les mains sur leurs oreilles.
- RRRHHHAAA !!! PAR LA MALEPESTE !!! RRRHHHAAA !!!
Le Démoniste reprit son souffle, se retourna, fit un pas puis s'arrêta et revint vers le précipice.
- RRRHHHAAA !!!
Puis, un sourire satisfait au visage, il revint vers les démons qui le regardaient d'un air inquiet – quoique légèrement blasé.
- Bon, ça c'est fait. Donc, Abatik, tu me faisais remarquer avec tact que la robe que j'ai cousue avec mon talent et mon habileté légendaire, grâce à des composants glanés dans tout Azeroth au mépris de tous les dangers, est… c'est quoi l'expression, déjà ?
- Euh… Un modèle pour femme, Maître.
Dans les prairies de Mulgore, les animaux qui s'étaient cachés brusquement en entendant le hurlement du Démoniste et qui commençaient à sortir de leurs cachettes s'arrêtèrent net et attendirent.
L'atmosphère était soudainement devenue étouffante, et dans le ciel, de sombres nuages noirs commençaient à s'accumuler au dessus de la capitale des Taurens.
Dans sa hutte, le puissant Cairne Sabots de Sang, chef incontesté de cette race solide, sentit un frisson sur son échine, ce qui ne lui était plus arrivé depuis longtemps.
Llégion soupira.
- Bon, pas grave, je commence à avoir l'habitude. Avec de nouveaux habits par-dessus, de nouvelles armes et quelques enchantements, ça devrait aller.
Les démons se relevèrent, surpris par le calme de Llégion, et restèrent silencieux. Ce fut Seln qui brisa la glace.
- Euh… Mamour ? Tu te souviens ? Tu as dit qu'on irait à Lune d'Argent ?
- Waf !
- Tu vois, mon Llélé. Zaza confirme. Hein que sa maman a raison, mon Zazounet d'amour !
- Seln ?
- Oui mon choubichounet ?
- On va devoir traverser les Tarides, Durotar et passer par Fossoyeuse pour y aller.
- Mais poupougne…
- Et à Fossoyeuse, c'est la semaine du curetage des douves.
- …
- Sinon, j'ai cru entendre dire qu'il y aurait un projet de centre de vacances sur les plages d'Arathi. Mais c'est toi qui v…
- Oh oui, mon loulou ! On y va ! Ce serait TELLEMENT chou ! Hein mon Zaza que ce serait chou ?
- Wif !
- Tu vois, il est d'accord ! Dis oui ! Dis oui ! Dis oui !
- D'accord, Seln, tu as gagné. On va en Arathi, et comme il faut passer par les Tarides on en profitera pour te trouver quelques habits en fourrure pour cet hiver. Et je pense qu'on devrait trouver des joailliers à Orgrimmar, vu qu'on passe à côté – les Orcs sont réputés pour ça. Et puis, une fois dans les Royaumes de l'Est, direction Arathi !
Seln courut chercher ses affaires à l'auberge, un Zaza frétillant à ses sabots. Mais avant de disparaître derrière une tente, le Chasseur Infernal se retourna et regarda Llégion en secouant la tête. Puis il rejoignit sa "maman".
Abatik se rapprocha en sifflotant de son maître.
- Vous savez, Maître, c'est pas parce que c'est une Succube qu'elle est complètement cruche. Même le clebs a compris.
- Tu insinues quoi ? Elle est heureuse, c'est le principal.
- Maître… Depuis quand il y a une plage en Arathi ?
- Y'a la mer, donc y'a une plage. CQFD.
- Et on va passer par les endroits où vous avez dit qu'on n'irait pas, Maître. Elle va avoir des doutes.
- On avisera. Et Abatik ?
- Oui, Maître ?
- C'est quoi ce nouveau nœud sur ta tête ? Je t'ai dit d'enlever ça.
- Mais Maîtttrrre-eeeuuuhhh…
Moustaches revint vers le groupe en trottinant. Il avait eu peur un instant à cause de la remarque du Diablotin, mais finalement personne ne s'était intéressé à l'homme. Et celui-ci lui avait appris beaucoup…
Puis le rat se mordilla frénétiquement une côte.
***
Chapitre 59 : Le messager
- Le salopard ! Un peu que je me souviens de lui ! Il a pas intérêt à me tomber entre les mains, sinon je vous jure que j'en fait du hachis !
Vimayre grimaça devant la véhémence du Tauren posté à la Grande Elévation reliant les Tarides aux Milles Pointes.
- Donc, vous l'avez vu ?
- En fait, non, pas vraiment. C'est mon petit frère qui était de garde quand des Allianceux l'ont buté au passage en allant dans les Milles Pointes. Quand je suis arrivé pour le relever, j'ai trouvé son corps, avec dessus une lettre. Ouverte, en plus ! Môman, elle était furax !
- Mais vous n'avez pas vu Llégion.
- Ben si, je l'ai vu s'enfuir. Môman, elle dit que j'ai de très bons yeux, en plus.
- Et elle disait quoi, la lettre ?
- C'était pour ses congés ! Des mois qu'il l'attendait ! Même qu'on avait prévu d'aller avec Môman voir mon tonton. Sauf que la date était passée depuis des jours !
Vimayre hésita quelques secondes devant la colère "particulière" du garde. Mais bon, il n'était pas là pour ça.
- Et vous ne sauriez pas où il est allé par hasard ?
- Ben, on l'a amené au cimetière, comme on fait pour ceux qui meurent au service de la Horde. Même que Môman, elle a fait un soufflet au fromage.
Vimayre prit une profonde inspiration en se pinçant l'arête du mufle.
- Non, je parlais du Démoniste
- Ah, lui. Il est reparti vers le Nord. D'après les gardes d'Orgrimmar, il a pris un vol vers Fossoyeuse.
- Vous êtes sûr ?
- Ben oui. J'ai voulu l'attraper pour le dérouiller, alors je me suis renseigné. Mais moi, je vais pas chez les Morts-Vivants. Môman veut pas.
- Et il y avait combien de démons avec lui ?
- Ben, un seul. Un gros truc bleu. Môman, elle aime bien le bleu. Mais elle aurait pas aimé celui-là.
Vimayre laissa le garde et sa "Môman". Donc la bande n'était pas encore réunie. Il allait lui falloir vérifier à Fossoyeuse.
Foutus Morts-Vivants…
***
Chapitre 60 : Ninja !
- Moi j'vous dit, c'est dégueulasse un coup pareil. S'il revient dans le coin, je le démolis.
- La ferme, Edualk, tu saoules tout le monde avec tes histoires, et en plus tu l'es aussi.
La salle de l'auberge d'Elwyn rit du bon mot du Démoniste.
Edualk rota et, un sourire mauvais aux lèvres, répliqua :
- Les Démos, c'est tous des pédales. Des tapettes avec des robes, c'est tout.
Le Démoniste se leva brusquement tandis que son Gangregarde se jetait sur le Paladin.
Celui-ci, moins saoul qu'il n'y paraissait, esquiva l'attaque qui, néanmoins, frappa dans le dos un Guerrier tranquillement assis à côté, une jeune Draeneie en face de lui.
Le Guerrier se retourna fou de rage, sortit deux épées flamboyantes et se jeta sur le démon, tandis que le Démoniste entreprenait de lancer une malédiction sur la nouvelle menace.
- Eh, les gars, y'a une bagarre ! Géronimo !
En à peine vingt secondes, tous les aventuriers présents dans l'auberge étaient en train de se battre allégrement, sous le regard affligé de la Draeneie restée seule devant son verre.
Edualk, l'air de rien, en profita pour s'asseoir à sa table, ignorant ostensiblement le chaos général.
- Ouaip, mademoiselle, ça ne devrait pas être permis de voler le coffre d'une Guilde. Il est tellement plus agréable de voler le cœur d'une charmante demoiselle esseulée…
La Draeneie sourit timidement devant le compliment. Edualk sourit lui aussi, surpris que ce genre de plan puisse encore marcher. Mais bon, autant en profiter, c'était tellement rare…
- En fait, j'ai découvert l'arnaque pendant la nuit. En voulant jeter un œil dans le coffre de ma Guilde, j'ai vu qu'il n'y avait plus rien. Ni or ni équipement ! Et le registre de la banque n'indiquait que "Inconnu" comme nom du "nettoyeur".
La Draeneie sourit à nouveau, encourageant du regard le Paladin à continuer, tandis que l'aubergiste tentait de décrocher le miroir mural.
- Au fait, j'appartiens à l'Equipe Relax. Bon, c'est vrai que comme nom de guilde, il y a mieux, mais l'ambiance est sympa, et on me fout la paix. Tout ce que j'aime, en somme !
La Draeneie remit en place une mèche de cheveux. Un bruit de verre brisé et un gémissement de douleur confirmèrent l'échec de la démarche de l'aubergiste.
- J'ai parlé à notre chef peu après. Fortunate, qu'elle s'appelle. Je ne la connais pas vraiment, mais je suis sûr qu'elle doit être mignonne. Moins que vous, certes, mais ça c'est une évidence…
La Draeneie rougit, tandis que derrière elle deux combattants s'écrasaient sur une table.
- D'après elle, il y avait un Démoniste qui avait disparu "comme par hasard" au même moment. Un Humain. Je me suis renseigné, et j'ai vu qu'il avait rejoint un autre Royaume, celui des Sentinelles. Drôle de coïncidence, non ?
La Draeneie continua de sourire sans parler. Au fond de l'auberge, un Prêtre tentait, apparemment avec quelques succès, de dévisser la tête d'un Voleur à mains nues.
- Ca a été compliqué, mais j'ai réussi à me rendre incognito dans ce Royaume. Un beau paquet de cinglés, là-bas ! Le genre qui causent bizarrement avec des "Oyez" et des "Holà, manant". J'ai eu de la chance, j'ai pu parler au Démoniste, sans qu'il ne se doute de qui j'étais.
La Draeneie s'humecta les lèvres avec sensualité. Sous la table d'à côté, un Chasseur visa soigneusement avec son arc un Guerrier occupé à essayer de toucher la panthère qui le harcelait.
- Et bien, vous n'allez pas le croire, mais il a fait l'innocent ! Qu'il ne savait pas de quoi je parlais, qu'il venait d'ailleurs et pas de Krasus, etc. Sauf que ce type, j'ai vérifié, est le seul portant ce nom dans tous les Royaumes confondus. Manifestement, il se foutait de moi.
La Draeneie se mordilla la lèvre inférieure. Un bruit sec et un cri de douleur ponctuèrent le tir du Chasseur, sauf que la flèche avait touché un autre Chasseur au lieu du Guerrier visé.
- Je suis revenu plusieurs fois le voir, histoire de maintenir la pression. Et au bout de quelques jours, surprise ! Je n'ai plus trouvé trace de son nom ! Là, j'avoue que j'ai eu quelque inquiétude. Mais la chance a été avec moi.
La Draeneie soupira, et sourit à nouveau pour s'excuser. Un peu plus loin, les deux Chasseurs avaient entrepris de se tirer dessus à bonne distance, blessant au passage un certain nombre de combattants qui n'apprécièrent pas du tout.
- La chance… et le talent quand même un peu ! En fait, j'avais noté son nom dans ma liste d'amis, même si ce type était une crapule. Et le truc drôle, c'est qu'il avait changé de nom, mais que ma liste s'est mise à jour ! Il ne devait pas le savoir, à mon avis. Quel idiot !
La Draeneie rit avec Edualk, tandis que devant le comptoir, un groupe de Guerriers hérissés de flèches était en train d'attaquer les deux Chasseurs subitement obligés de faire front commun.
- J'ai voulu lui parler à nouveau, mais il a fui. Voleur, idiot et lâche ! Un parfait spécimen de Démoniste ! En plus, il avait rejoint une nouvelle Guilde. Vous pensez bien que je me suis fait un devoir de prévenir leur Maître, qui a particulièrement apprécié ma démarche… Soi-dit en toute modestie, bien sûr !
La Draeneie secoua la tête en souriant à nouveau de la plaisanterie. Dans la cuisine, deux Paladins énervés se tapaient dessus et se soignaient en alternance, faisant s'éterniser leur combat.
- Au fait, charmante demoiselle, ça vous dirait qu'on se raconte nos aventures dans un endroit plus confortable ? Je suis sûr que vous avez pleins d'histoires passionnantes à raconter…
La Draeneie continua de sourire sans parler, puis fronça les sourcils devant le visage engageant du Paladin. Dans la cuisine, les deux Paladins avaient lancé leur bulle de protection, histoire de reprendre des forces.
Le sourire d'Edualk commença à se figer.
- Euh… Mademoiselle ?
La Draeneie sembla soudain reprendre ses esprits, alors que la bagarre commençait à se calmer, faute de combattants encore valides.
- Was ? Sprechen Sie mir ? Ich entschuldige mich. Ich spreche nur Deutsch. Traurig.
Edualk resta quelques longues secondes silencieux, le sourire figé aux lèvres. Puis il secoua la tête d'un air las.
- Décidemment, quand ça veut pas, ça veut pas. Tigrou va encore se foutre de moi. Pour une fois que j'avais une opportunité, fallait que ça tombe sur une étrangère qui parle pas la langue.
- Was ?
- Non, non, rien.
Edualk s'affala sur sa chaise et reprit le cours de sa cuite, abandonnée un peu plus tôt.
De la cuisine, les deux Paladins, sans la moindre blessure mais épuisés, jetèrent un œil dans l'auberge dévastée et revenue au calme, tous les combattants étant hors de combat.
Puis ils se regardèrent d'un air gêné.
- Bon, on a qu'à dire que j'ai gagné, vu qu'il me reste de la mana à moi.
- T'es pas bien ! Pas question ! C'est moi qu'allait gagner !
- OK, on règle ça dehors.
Les deux Paladins sortirent donc, enjambant les corps épars et saluant de la tête Edualk plongé dans son verre.
- Was ? Ich verstehe nicht.
- Oh, ta gueule…
Loin de là, Moustaches se permit un sourire satisfait. Le Paladin s'était montré plus tenace que prévu, mais n'avait finalement rien pu faire. Tout pouvait donc continuer comme prévu.
Puis le rat se nettoya le museau.
***
Chapitre 61 : L'apothicaire
- Laissez moi me rappeler… Ah oui, un GCAC ! Je m'en souviens, parce que c'est peu courant chez les Démonistes. Scalpel.
- Un "GCAC" ?
- Oui. "Grand Chauve Air Con" dans notre jargon. Tenez-moi ça.
L'apothicaire tendit à Vimayre le paquet d'entrailles sanglantes qu'il venait d'enlever du corps de son patient. Le Tauren réussit à les prendre sans vomir son déjeuner.
- Et il allait comment quand vous l'avez vu ?
- Ca, il avait pas l'air vaillant. Une crise de nerf. Faites gaffe, y'a un bout d'intestin qu'est tombé par terre.
- Désolé. Il serait coutumier du fait, d'après ce que je sais.
- Ce coup ci, ça a été sérieux. C'est son Diablotin qui est venu me chercher, et il avait l'air inquiet. Vous pouvez me passer le foie ? Non, le truc violet. Merci.
- Effectivement, ça devait être grave. Et il s'en est sorti ?
L'apothicaire farfouilla dans le ventre de son patient en jurant.
- Bordel ! Je crois que ma chevalière a glissé dedans. Faut que je ressorte tout ! Passez-moi la grosse cuillère derrière vous.
Vimayre sentit son déjeuner remonter dans sa gorge.
- Et donc, Llégion ? *glups*
- Je lui ai filé un laxatif. Ca l'a remis d'aplomb. Bingo ! Je l'ai retrouvé ! Vous pouvez fourrer ces machins dedans, je m'en occuperai plus tard.
Vimayre déposa le tas d'entrailles dans le ventre béant du patient, et se sentit soudain très mal.
- *burp* Désolé…
- Pas grave. Vous êtes pas le premier à vomir dans un patient. Suffira de nettoyer, les infirmières ont l'habitude. Surtout quand je suis bourré !
- Et *burp* il est parti où ensuite ? *eurk*
- La gamine l'a tanné pour aller à Lune d'Argent. Et comme il avait l'air fatigué, il a dit oui. Tiens, vous avez mangé des carottes ce midi ?
Vimayre s'enfuit à toutes jambes, les mains sur la bouche. Encore des Elfes de Sang… C'était un cauchemar…
***
Chapitre 62 : C'est le plus grand des voleurs…
- C'est bon, je n'ai pas besoin de vous ! Je n'ai jamais eu besoin de personne, moi ! Minables…
Ce dernier mot avait été prononcé à voix basse. Même s'il était de taille à tous les affronter, étant donné son talent reconnu de tous, il n'avait pas envie de partir sur une mauvaise impression.
- Van Cleef t'a dit de dégager, alors tu dégages ! Et ne t'avises plus de remettre les pieds ici !
Arrsène épousseta la poussière sur son pantalon, brossa son magnifique pourpoint et fusilla les Défias du regard. Puis il sortit un peigne de sa poche revolver et remit sa chevelure en ordre.
Enfin, ayant repris apparence humaine, il salua bien bas ses anciens collègues et prit la route de l'est en sifflotant.
C'était bien la peine de se donner tant de mal, tiens. Autant d'ingratitude lui faisait mal au cœur, mais après tout, c'était la rançon du succès.
Et puis, peut-être était-ce mieux ainsi. Ce Van Cleef se la jouait avec son costume de cuir moulant et son air sombre, mais sans ses hommes de main, ce n'était qu'un chef de bande comme les autres.
Il n'y avait qu'à voir le nombre d'aventuriers qui venaient lui faire la peau régulièrement, et repartaient tranquillement après lui avoir mis une dérouillée, sans même prendre la peine de jeter un œil sur la décoration.
Pourtant, Arrsène s'était donné du mal pour faire du repaire des Défias un endroit classieux et digne de sa présence. Il lui avait fallu des heures pour convaincre les Défias méfiants de se mettre au travail.
Et malgré tout, ses coreligionnaires continuaient à cracher sur les tapis, à utiliser les tapisseries pour jouer aux fléchettes et à pisser dans les vases précieux.
Sans parler bien sûr des aventuriers qui cassaient tout, salissaient les murs avec le sang des Défias et ne s'essuyaient même pas les bottes sur les paillassons.
Pourtant, ils étaient bien visibles, ces foutus paillassons ! Arrsène avait même fait mettre des panneaux partout pour les signaler.
Mais rien à faire. Aucun respect pour le travail des autres. Quelle misère…
Arrsène secoua la tête de dépit, tandis qu'il passait devant la tour des Sentinelles des Marches de l'Ouest.
Foutus Défias… Même leurs femmes s'étaient révélées inintéressantes au possible. Pourtant, avec leur physique attrayant, leurs tenues moulantes et leur décolleté profond, on aurait pu penser qu'un gentleman élégant et séduisant comme lui n'aurait eu aucun problème.
Sauf que ces paysannes n'avaient que le combat en tête. Et pas le genre auquel Arrsène pouvait penser…
Bien sûr, il y avait Elvira Van Cleef. Ahhh… Elvira… La sœur du chef. Arrsène eut un sourire rêveur en songeant à cette beauté magnifique.
Un corps de rêve, des jambes interminables, une poitrine à damner un saint, des lèvres pulpeuses, bref, tout ce dont un homme pouvait rêver.
Arrsène n'avait eu aucun problème à séduire la belle. Après tout, ce n'est pas comme si les Défias pouvait le concurrencer dans ce domaine. Et puis, quand on passe sa vie enfermée dans des grottes éloignées de tout, l'arrivée d'un bel homme distingué et élégant comme Arrsène était une chance à ne pas rater.
Et la gourgandine ne l'avait pas ratée. Oh que non. Elle en avait même largement profité.
Bien sûr, rustique comme elle était, il avait dû prendre un peu de temps pour lui apprendre quelques trucs basiques. Histoire qu'elle soit un minimum digne de lui.
Déjà, prendre un bain pour commencer. Apprendre à s'habiller. A se tenir. A se maquiller. A ne pas cracher par terre. A ne pas roter toutes les dix secondes.
Mais elle s'était révélée une élève plutôt douée… si on oubliait sa manie de lui mettre des coups de tête dans le feu de l'action, ou d'essayer de lui briser les bras.
Arrsène continua de songer un moment à la belle Elvira tout en traversant le pont reliant les Marches de l'Ouest à la Forêt d'Elwyn.
Puis son visage s'assombrit quand il se souvint de la réaction de Van Cleef.
Van Cleef ! Comment un minable pareil pouvait-il régner sur les Mortemines ? Arrsène lui avait posé la question, quand il l'avait surpris en train de lutiner sa sœur dans un coin sombre.
Ce barbare ne lui avait même pas répondu ! Et il l'avait frappé ! Soi-disant que personne ne touchait à sa sœur sans sa permission…
L'ingrat… Avec tout ce qu'il avait fait pour lui ! Et pour donner à sa mocheté de sœur un peu de vernis de civilisation ! Quelle ingratitude !
Arrsène était écoeuré. Il avait cru trouver chez les Défias un public réceptif à son immense talent, et il n'avait trouvé que des ploucs pour qui le summum de l'élégance consistait à ne pas faire de gosses à leur propre sœur…
Bien la peine d'essayer de relever le niveau, tiens…
Bref, Van Cleef avait prétendu le mettre à la porte à cause de cette histoire. Bien sûr, il n'en était rien : c'est lui, Arrsène, qui avait choisit de partir de ce trou infect et puant.
Oui, tout ceci était beaucoup mieux. Il était temps de partir. De retrouver la civilisation.
Il redevenait indépendant, comme il n'aurait jamais dû cesser de l'être. On n'enferme pas un aussi magnifique spécimen de charme et d'élégance comme lui. Quelle folie…
Enfin, la leçon avait été divertissante et il était à nouveau libre comme l'air, et autonome.
Par contre, ces pouilleux de Défias ne lui avaient même pas laissé le temps de récupérer son argent ou son matériel.
Etre libre, c'était une chose. Etre pauvre, c'en était une autre. Et c'était absolument inenvisageable. Comment assurer son train de vie quand on n'a pas le sou ?
Arrsène sourit en arrivant aux portes de Hurlevent. Après tout, il avait encore de la famille. Et le devoir des enfants n'est-il pas de subvenir aux besoins de leurs parents ? Avec tout ce qu'il avait fait pour lui, c'était un peu normal…
Arrsène entra dans Hurlevent en sifflotant. Oui, Edualk était un fils respectueux. Il aiderait son vieux père.
Le Voleur eut quand même un léger doute en dirigeant ses pas vers l'hôtel des ventes. Edualk était assez proche de son grand-père, et celui-ci n'avait jamais accepté le choix de vie de son propre fils.
De là à ce que ce vieux sénile lui ai mis de mauvaises idées dans la tête…
Moustaches remit de l'ordre dans ses idées. Encore un évènement non prévu… Cela devenait pénible, cette manie qu'avaient certains de réapparaître comme cela sans prévenir.
Puis le rat pissa sur les bottes du Démoniste.
***
Chapitre 63 : Encore Mercät…
- Vous connaissez celle de la vache et du prisonnier ? Elle est tordante !
Vimayre était vert de rage, et seul la présence de nombreux Elfes de Sang de haut niveau dans l'auberge l'empêchait de massacrer Mercät.
- Vous vous foutez de moi !? Alors comme ça, môssieur le Mage a rencontré Llégion plusieurs fois, et môssieur le Mage ne m'en dit rien ?! Il se tait ?!
- … iére. Théière ! Vous avez compris ? Qu'est-ce que je suis drôle, moi, aujourd'hui !
- RHHHAAA !
- Tiens, c'est marrant, l'autre sac d'os, il dit la même chose que vous. Sauf qu'il rajoute "par la malepeste" après. Vous êtes parents ?
Le Mage se frappa la cuisse en riant aux éclats.
- Un Tauren Mort-Vivant ! La crise !
- Sanguina ! Attaque !
Le raptor, qui somnolait aux pieds de son maître, leva la tête vers lui, puis vers le Mage. Considérant son propre niveau – 27 – et celui du Mage – 70 -, Sanguina bailla et… se rendormit. Sous le regard éberlué de Vimayre.
- Rhhhaaa ! C'est pas vrai ! Jamais tu obéis, saleté !
- Ah ouais, vous lui ressemblez vachement… "Vachement" ! Et vous êtes un Tauren ! Elle est géniale ! Faut que je la note…
Vimayre attrapa le Mage par le devant de sa robe et le secoua violemment.
- Tu vas me dire où il est, par la malepeste, ou je te mets en pièces, saloperie d'Elfe à la con !
Normalement, Vimayre aurait dû être instantanément vaporisé par les sorts du Mage qui, s'il était doté d'un humour abominable comme la plupart de ses congénères, n'en restait pas moins un vétéran.
Mais Mercät était tellement secoué de rire qu'il n'y pensa même pas.
- Je l'ai pris dans ma Guilde, les Anges Déchus. Puis il est parti visiter la ville…
Vimayre lâcha le Mage et sortit de l'auberge à grands pas. Ca allait barder.
***
Chapitre 64 : Non mais quelle famille !
Edualk prit une profonde inspiration avant de franchir le pas de porte de la Prison de Hurlevent.
Ce n'était pas la première fois qu'il y allait, bien sûr. Il aimait bien y faire un tour de temps en temps, histoire de se détendre en tuant quelques dizaines de Défias mutinés. En plus, c'était toujours moins loin que les Mortemines.
Le plus surprenant, c'était que ces satanés Défias continuaient à se mutiner. On aurait pu penser que depuis le temps, ils auraient compris, mais non. En plus, la garnison de Hurlevent n'avait rien trouvé de mieux que de continuer à y enfermer tous les bandits du continent.
A se demander si tout ceci avait une logique…
Mais cette fois-ci, Edualk n'y allait pas pour le travail ou la détente, mais pour une raison personnelle.
Et ça le gonflait prodigieusement…
- Salutations, capitaine. Comment est la Prison aujourd'hui ?
- Salutations, Paladin. Toujours aussi mutinée. Toujours aussi encombrée d'aventuriers. Et toujours aussi incontrôlable. Mais pourquoi ça changerait ?
Edualk sourit. Il aimait bien le capitaine de la garde de la Prison. Celui-ci avait compris l'imbécilité de sa tache, mais la faisait quand même, conscient que de toutes façons sa désertion n'y changerait rien.
Mais ça ne l'empêchait pas de râler et de se plaindre.
- Ca va vous surprendre, mais vous avez dû recevoir un Défias hier. Un Voleur. Suffisamment rare pour que vous vous en souveniez.
Les deux hommes se regardèrent en silence pendant plusieurs secondes, puis éclatèrent de rire en même temps.
- Non, sérieusement, celui-là est particulier. Il s'appelle Arrsène.
- Un Défias avec un nom ? Effectivement, c'est original. C'est un chef ?
- Non, je ne pense pas. J'en suis même sûr.
- Bon, je vais vérifier.
Le Capitaine ouvrit un lourd registre posé sur un tonneau, et le parcourut soigneusement. Divisées en colonnes, ses pages étaient remplies du nom des prisonniers amenés dans la Prison.
Il y avait donc beaucoup de "//" dans les colonnes, les Défias ayant l'habitude de ne pas avoir de nom mais uniquement un titre, et tous les mêmes.
- Donc : "Prisonnier Défias", non. "Mutin Défias", non plus. "Détenu Défias" ?
- Non plus.
- Ah ! Arrsène. Je l'ai. Arrêté à l'entrée de Hurlevent pour… vol d'une paire de chaussures à un cul de jatte ?
Le Capitaine leva un regard surpris sur Edualk, qui réussit à ne pas paraître trop blasé.
- Non, mais ne vous inquiétez pas, c'est normal.
- Il est bien là-dessous. Et vous lui voulez quoi ? C'est pour une quête ?
- C'est un poil gênant…
- Une histoire de Draeneie ?
Le Capitaine fit un clin d'œil appuyé au Paladin, qui prit l'air choqué.
- Non ! Dites donc ! En plus, ça n'est arrivé qu'une seule fois… Bref, en fait, je voudrais juste le faire sortir d'ici et lui faire quitter la ville. C'est possible ?
- Vous savez, à partir du moment où on les a mis dans la Prison, la suite, on s'en fiche. S'il survit, tant mieux ; s'il meurt, tant pis. Si vous êtes prêt à y aller le récupérer…
- Et ils sont comment aujourd'hui ?
- Comme d'habitude. Teigneux et pénibles. Vous y descendez ? Il vous doit du fric ?
- Non. Enfin, si, beaucoup même, mais ça fait longtemps que j'ai laissé tomber. Bon, je crois que je vais aller faire un tour dans la prison, alors.
- Bonne chance. Mais vous connaissez les lieux. Au fait…
- Oui ?
- Si vous croisez quatre Prêtres, des niveaux 15, vous pouvez me les ramener ?
- Des niveaux 15 ? Sans tank ? Ils avaient bu ?
- Même pas. Mais l'un d'entre eux est le père d'un copain du fils du Roi, et ça fait deux jours qu'ils sont partis…
Edualk leva les yeux au ciel.
- Bon, je promets rien, mais si je tombe sur eux, je les sors de là. En même temps, deux jours…
Edualk descendit donc les escaliers, laissant le Capitaine à ses états d'âme.
…
- Edualk ! Mon fils chéri ! Tu es venu chercher ton pauvre vieux père ! Et tu as bravé ces abominables Défias rien que pour moi ! Je suis tellement ému…
- Papa… T'as encore le masque de ces crapules sur le visage. Et l'autre là bas m'a dit que tu étais envoyé par Van Cleef…
Edualk nettoya sa masse et son bouclier, légèrement aspergés du sang des mutins.
- Et tu vas croire un bandit ?
- Non. C'est pour ça que je ne te crois pas. Bon, j'ai des trucs à faire, alors tu me suis et on sort d'ici.
- Tu sais, fils, je suis vraiment très touché que tu sois venu. Sérieusement.
Edualk se retourna vers son père.
- Et il est hors de question de te donner du fric.
Arrsène prit un air choqué.
- Tu me vois te demander de l'argent ?
- C'est vrai, d'habitude tu te sers directement, ou tu donnes mon nom sur les factures. Tiens, j'allais oublier, tu n'aurais pas vu des Prêtres dans les parages ?
- Tu crois que je fais attention à ces trucs-là ?
- Ce sont pas des chevalières de Prêtre de la Lumière à tes doigts ?
Arrsène eut l'air vexé.
- Un tel manque de confiance… Et puis, ils me les ont offertes.
- Les quatre t'ont donné leur chevalière ?
- C'est ça le charisme, fils ! Au fait, tu vas rire, mais tu n'aurais pas un peu d'argent à me prêter ? Les Défias m'ont tout volé quand je les ai quitté…
Loin de là, Moustaches était dubitatif. Qu'allait-il bien pouvoir faire de ce Voleur ? Et n'allait-il pas gêner le Paladin ? Tant pis, l'avenir le dira…
Puis le rat se gratta le côté.
***