Chapitre 44 : Trente millions d'amis plus un
- Tu ne le trouves pas TELLEMENT mignon, mon doudou ? Et puis il est TELLEMENT affectueux. Hein que c'est le toutou à sa maman, hein… regarde-le, mamour, il sourit !
Llégion lança un regard noir au… à la… au "truc" dans les bras de Seln.
Les deux derniers jours avaient été plutôt agités. Le Démoniste avait dû garder la chambre sur ordre de l'apothicaire, qui lui avait aussi imposé de lever le pied sur la conquête du monde s'il ne voulait pas passer du stade "Génie du Mal" à celui de "Fou Démoniaque".
Et sa crise avait effectivement été violente. Même les caresses de Seln n'avaient pas réussi à le calmer, et Abatik avait dû se résoudre à contacter un alchimiste pour lui faire une potion de guérison – en réalité un purgatif, mais tous les témoins avaient juré solennellement de garder le silence…
Seln était revenue, et si elle avait retrouvé sa bonne humeur et son enthousiasme, elle continuait à lancer des regards noirs au Démoniste.
Néanmoins, la nouvelle garde-robe qu'elle s'était offerte à Hurlevent lui avait remonté le moral. Abatik avait juste insisté auprès d'elle pour qu'elle évite d'évoquer le sujet des factures, payées grâce à l'or que la Succube avait "emprunté" à son Maître… Celle-ci n'avait pas eu besoin que l'on insiste sur ce point.
Le Diablotin et la Succube avaient aussi inventé une histoire pour justifier leur absence et la garde-robe neuve, sans parler de Hurlevent ni d'Edualk.
Abatik avait parlé pendant une heure, racontant une histoire abracadabrante où intervenaient des pirates, des Trolls et une pelle, mais Llégion s'était contenté de l'écouter en hochant la tête et n'avait pas insisté.
Abatik commençait donc à s'inquiéter de l'humeur de son Maître…
De plus, Seln n'était pas revenue les mains vides. Elle avait récupéré… un Chasseur Corrompu.
Le démon que Llégion était sensé récupérer auprès de "l'ivrogne" de Cabestan.
Celui-ci était une sorte de gros chien écailleux et griffu, du nom de Czaajhom, rebaptisé Zaza par la Succube.
Llégion avait imaginé une sorte de hachoir à viande sur pattes, capable de massacrer les monstres les plus puissants.
Il se retrouvait avec l'équivalent démoniaque du brave toutou, sautillant gaiement partout en remuant la queue et refusant de lâcher Seln d'un pas.
Bien entendu, la sale bête avait essayé de lui arracher la main quand il avait voulu la caresser…
Llégion aurait dû s'énerver, tempêter, hurler, mais il sentait comme une lassitude et après tout, il avait déjà bien à s'occuper avec les trois autres démons… Et puis Seln en était gaga, donc…
- Bon, écoutez tous.
Abatik, Mezz et Seln levèrent la tête – et Zaza la patte, en l'occurrence sur les bottes du Démoniste…
- J'avais prévu de retourner aux Serres Rocheuses…
- Mais mon doudou, c'est TELLEMENT désert là-bas, et en plus…
- … mais on va attendre un peu. On a tous besoin de vacances, moi le premier. Comme j'ai quelques économies, on va en profiter pour faire quelques achats à Lune d'Argent…
Llégion dut s'interrompre à cause des cris de joie de Seln, qui se mit à danser avec un Mezz médusé, tandis que Zaza leur courrait autour en jappant.
Seul Abatik garda le silence, pensant à tout l'or que Seln avait déjà dépensé. Heureusement, Edualk lui avait donné de quoi le rembourser quand il l'avait surpris en train de lui faire les poches…
Vraiment moins bête qu'il en avait l'air, ce Paladin.
Llégion soupira. Oui, il avait vraiment besoin de vacances. Loin de tous ces ploucs qui n'arrêtaient pas de l'utiliser comme larbin. Loin de cette satanée Lizaa qui n'arrêtait pas de le harceler par courrier pour avoir de l'or – " Di, torai pa 1PO ?" – Rhhhaaa !
Et puis qui sait, peut-être Seln serait-elle reconnaissante…
…
- Salutations, ami cadavérique. Comment te débrouilles-tu depuis notre petite expédition à Ombrecroc ?
Llégion mis quelques secondes pour reconnaître l'Elfe de Sang qui l'interpellait à l'hôtel des ventes de Lune d'Argent.
- Oh, seigneur Mercät. Comment allez-vous ?
- A merveille, ami cadavérique. Tu tombes bien, j'ai trouvé une super blague, celle de la dame-pipi et du pianiste de vingt centimètres, tu vas voir, elle est mortelle…
- Je la connais ! Je la connais… Gardez-la plutôt pour un public plus digne de votre talent…
- Je reconnais bien là ta noblesse, mon ami. Et je veux te remercier. Que dirais-tu de rejoindre ma Guilde, les Anges Déchus. Tous de nobles combattants, courageux et sans peur. Mes frères d'arme.
Llégion eut soudain une vision d'horreur. Toute une guilde d'Elfes de Sang amateurs de blagues minables et pédants à l'excès…
- Respirez, Maître, vous devenez …blanc ? (Tiens, je la connaissais pas cette couleur).
- C'est-à-dire, je ne sais pas…
- Je te présenterai à notre chef, Astarod, un Chaman sage et expérimenté – quoique manquant un peu d'humour, à chaque fois que je veux lui raconter une blague, il me donne un coup de poing.
Llégion modifia son opinion. Après tout, les Anges Déchus formaient une des Guildes les plus célèbres et les plus redoutables d'Azeroth. Il risquait même d'y faire tache, vu son niveau encore faible.
Mais au moins, il serait débarrassé des débutants des "Kostos d'Hazerot" – et de la pénible Lizza…
- Par la malepeste, c'est d'accord ! Je suis impatient de rencontrer cet Astarod !
- Et puis ce qui est génial, c'est que ce soir, on fait notre soirée "Bière-foot" hebdomadaire ! Et en plus, cette fois-ci, on a des déguisements !
- Oh. Super…
Moustaches souffla enfin. Jusqu'à ce moment-là, tout pouvait encore rater, mais finalement ses prévisions s'étaient avérées exactes. Comme d'habitude.
Puis le rat fit une culbute sur lui-même.
***
Chapitre 45 : Les Tarides
Les Tarides étaient entièrement bloquées par un mouvement général quoique désordonné de grève. Le plus original, c'est que cela ne touchait pas seulement les humanoïdes, comme les agents de la Kapitalrisk au nord ou la garnison de l'Alliance près de Cabestan, mais aussi la faune locale.
Vimayre avait déjà subi une bonne vingtaine d'attaques de lions rien qu'entre Durotar et la Croisée, alors qu'il était pourtant sur la route. Manifestement, les fauves étaient très énervés et avaient besoin de passer leurs nerfs sur quelque chose.
Et couchées sous les arbres, les lionnes lézardaient sous la chaleur. Elles semblaient même sourire d'une façon ironique, tandis que leurs mâles tournaient autour d'elles sans oser s'approcher.
- "L'alliance, t'es foutue, les Hordeux sont dans la rue !"
- Plus de rage, camarades ! Il faut qu'on vous entende jusqu'à Orgrimmar !
- Excusez-moi…
Les gardes de la Croisée, regroupés autour d'une banderole – "La garde, oui. La mort, non" – se retournèrent vers Vimayre.
- Soutiens notre mouvement, camarade. Pour l'interdiction des raids de l'Alliance sur la Croisée. Signe ici.
- En fait, je cherche un Démoniste du nom de Llégion. Apparemment…
- Ah oui, le grand chauve à l'air con ! Il suit le Délégué Mezznagma ! Celui qui nous a libéré de l'oppression du patronat. Hein, camarades ?
Les gardes approuvèrent chaleureusement en agitant leur banderole. Vu l'ambiance, Vimayre décida de ne pas révéler son identité.
- En fait, je représente plusieurs Chasseurs Taurens, et je voudrais parler à ce Mezznagma pour notre section.
- T'as raison, camarade ! A bas l'oppression !
- "La garde, oui. La mort, non"
- "Garde, pas gardien"
- "Mangez cinq fruits et légumes par jour"
- Momo, on avait dit pas la nourriture. On se concentre sur nos conditions de travail.
- Et il est où, ce Mezz ?
- Va voir à Cabestan, camarade. Et à bas l'oppression !
Vimayre soupira. Si c'était comme ça à Cabestan, ça n'allait pas être simple.
***
Chapitre 46 : Les vacances de monsieur Llégion
Cela faisait une semaine que Llégion et sa suite passablement encombrante s'étaient installés à l'auberge de Lune d'Argent.
Le Démoniste avait repris du poil de la bête, et savourait tranquillement sa nouvelle situation.
Il arborait maintenant un magnifique tabard où trônait une tête de mort d'or sur fond rouge-sang – le redoutable et redouté emblème des Anges Déchus d'Azeroth.
Comme il l'avait espéré, Astarod n'avait rien à voir avec ce plouc de Mercät. C'était un Chaman Orc expérimenté et dont le sérieux faisait la qualité de la guilde.
Certes, il n'avait pas accordé assez d'importance, aux yeux de Llégion, à sa demande d'abdication en sa faveur. Il avait même eu un petit sourire quand le Démoniste lui avait fait part de ses légitimes ambitions de conquête du monde.
Mais l'ambiance semblait maléfique à souhait, et surtout personne n'avait manifestement l'intention de fourrer son nez dans ses affaires.
Toute la compagnie savourait donc ce repos étonnamment long venant de la part de Llégion.
Abatik avait entrepris de plumer systématiquement tous les Paladins de la ville, ce qui n'avait rien de bien difficile étant donné le caractère des Elfes de Sang. Il suffisait de leur raconter une blague débile pour les mettre dans sa poche.
Mezz donnait des cours de droit social infernal à quelques serviteurs des notables de la ville, ce qui laissait présager un futur quelque peu conflictuel chez les Elfes de Sang.
Seln avait acheté un plan détaillé de la ville, et avait coché toutes les boutiques susceptibles de l'intéresser – et elles étaient nombreuses. Elle avait établi un programme sur dix jours pour pouvoir tout visiter, et avait pris Zaza avec elle pour lui tenir compagnie et porter ses achats.
Moustaches avait disparu, mais une rumeur commençait à courir sur de mystérieuses disparitions d'objets dans certains quartiers.
Quant à Llégion, il en profitait pour reprendre des forces, développer ses compétences en enchantement et surtout réfléchir à ses futures actions – maléfiques comme il se doit.
Malheureusement, la semaine passée, tout le monde commença en fait à s'ennuyer.
Abatik plumait ses pigeons si facilement que ça en devenait gênant. Il avait même reçu un avertissement de sa hiérarchie infernale pour qu'il mette la barre un peu plus haut.
Non, en fait, haut tout court.
Il faut dire que même les chats de la ville, pourtant pas très futés, se débrouillaient mieux que les Elfes devant les bonneteaux du Diablotin.
Les "formations syndicales" de Mezz avaient produit des effets rapides, et au bout de trois jours les serviteurs de l'aristocratie de Lune d'Argent formaient leur syndicat et se mettaient en grève.
Le lendemain, la première manifestation jamais faite dans la ville était dispersée en dix minutes. Les notables firent empaler la moitié des manifestants, et obligèrent l'autre moitié à se rendre au nouveau spectacle de l'humoriste Dany Noob à titre d'édification.
Beaucoup de ces derniers préférèrent le pal, mais cela leur fut refusé – ce qui en dit long sur le fameux humour des Elfes de Sang…
Heureusement, Mezz avait eu la sagesse d'utiliser un faux nez et de fausses moustaches pendant ses cours, et la garde fut incapable de le retrouver…
Seln se montra fidèle à elle-même et se lassa de ses emplettes au bout d'à peine deux jours. Il faut dire qu'elle avait pillé la moitié de la ville et, fait notable, réussi à ne payer qu'un dixième des factures. Elle avait l'art d'embrouiller les vendeurs, art qui hélas ne se manifestait qu'en situation d'achat…
Même si les victimes de la Succube étaient des Elfes – et donc pas très malins – Abatik avait reconnu que sa consoeur se débrouillait bien.
Zaza ne quittait pas Seln d'une semelle – ou d'un sabot. Toujours fourré dans ses jambes, bavant partout, levant la patte sur tous les lampadaires de la ville – qu'il fallut remplacer quand ils commencèrent à fondre – le Chasseur tenait plus du canin que du démoniaque.
Il avait aussi réussi à traumatiser tous les chats de la cité dont la population, étrangement, diminua fortement le temps du séjour de Llégion et de ses démons…
Néanmoins, fait notable, un Troll qui avait voulu faire le malin avec la Succube fut retrouvé les habits en lambeaux au sommet d'une des tours, un Zaza rigolard couché aux pieds. Et le Troll était un vétéran…
Quant à Moustaches… Il était réapparu au bout de quatre jours, l'air manifestement satisfait et le museau frétillant. Llégion ne pouvait s'empêcher de sentir un frisson sur son échine en le regardant, mais il l'attribua à un mauvais rhume.
C'est à ce moment-là que commença une série d'évènements apparemment sans liens, mais qui devait aboutir à… Mais n'allons pas trop vite.
Llégion convoqua donc un matin toute la compagnie.
- Mais minou, je suis TELLEMENT fatiguée ! Tu m'as fait lever TELLEMENT tôt !
- Par la malepeste, laisse moi parler, Seln ! Bon, j'ai décidé de quitter la ville. Faut qu'on bouge, sinon on va rouiller. Et puis, la conquête du monde ne va pas se faire toute seule.
- Mais mon roudoudou, ne me dis pas qu'on va retourner dans ces endroits TELLEMENT déserts ! Avec tous ces monstres TELLEMENT dangereux ! Et cette poussière TELLEMENT…
- … poussiéreuse, je sais Seln. Non, on va aux Pérégrins. C'est à côté de Tranquillien, et avant de vous plaindre, je précise qu'il y a des arbres, de mignons animaux, Seln, et un lac pour se baigner.
- (voix caverneuse) Puis-je vous rappeler, Maître, la réglementation en vigueur sur les déplacements en zone inondable ? Notre règlement ne prévoit pas ce genre de situations.
- Seln ? T'en penses quoi ?
- Un lac !? Oh oui, on y va mamour ! Ce sera TELLEMENT bien ! Et puis Zaza ADORE l'eau, hein Zaza ?
- Wif !
- Zaza est d'accord ! On y va, chouchou ? Aller, dis oui !
- C'est décidé, on y va.
Llégion et Seln commencèrent à prendre leurs affaires, Zaza sautillant autour d'eux en aboyant et en bavant copieusement.
Abatik et Mezz se regardèrent.
- Soit on nous l'a changé, Mezz, soit il mijote un mauvais coup.
- (voix caverneuse) Je préfèrerais le mauvais coup, Abatik. Je trouve qu'il commence à baisser, ces temps-ci.
- Et puis, cet endroit, les Pérégrins… Le nom me dit quelque chose… En plus, à côté de Tranquillien, qui n'est pas un endroit du genre paisible…
- (voix caverneuse) Nous aviserons, Abatik. Nous aviserons…
Moustaches était plus que satisfait. Cela n'avait pas été sans mal, il avait bien souvent failli y rester, mais il avait obtenu ce qu'il voulait. Et maintenant, les Pérégrins… autant dire que le Démoniste lisait dans ses pensées !
Puis le rat entreprit de se laver le museau.
***
Chapitre 47 : Cabestan
- Approchez, mesdemoiselles, approchez ! Grand choix de maillots ! Paréos et crème solaire ! Approchez !
Vimayre s'approcha du Gobelin et de son stand. Installé à côté de la banque, il tentait d'accrocher les quelques aventurières de passage avec son étal rempli d'objets divers mais ayant tous en commun d'être très, comment dire… "visibles". De mauvais goût, quoi.
Manifestement, les affaires ne marchaient pas, mais le Gobelin ne se désespérait pas.
- Alors, noble seigneur ! Un bikini pour madame Tauren ?
- Je cherche un Démoniste Mort-Vivant. Il est accompagné, entre autres, d'une Succube. Genre "décorative". Selneri.
- Ah oui, la petite Seln ! Gentille gamine, c'est elle qui m'a donné l'idée de ce stand. La pauvrette, elle était tellement malheureuse de ne pas trouver les derniers articles à la mode ici, alors qu'on a une plage si magnifique.
Vimayre jeta un œil sur le bout de sable pollué qualifié par le Gobelin de "plage", passa sur le stand toujours aussi désespérément rempli et revint sur le Gobelin au sourire plein d'espoir.
- Son Démoniste, vous l'avez vu ? Il s'appelle Llégion.
- Attendez que je me souvienne… Oui ! Pas marrant le gars, pas comme la petite Seln. Plutôt grand – taille XXL je dirais – chauve – je lui conseillerais la crème que j'ai là – et franchement pas l'air futé. Mais j'ai rien pour ça !
Le marchand rit de son bon mot en se tapant sur les cuisses.
- Et ils sont partis où ?
- Ca, m'est avis que la petite s'est faite avoir. Elle voulait aller à Lune d'Argent, mais j'ai entendu le grand con parler d'un autre coin… Attendez que je me souvienne…
- Fossoyeuse peut-être ?
- Non, mais pas loin… Hautebrande, c'est ça ! Même que j'ai pensé à la pauvre petite qui allait s'ennuyer là-bas, sans rien pour s'amuser.
Vimayre hocha la tête et réfléchit tout en laissant le Gobelin lui expliquer abondamment ce qu'il pensait de la " pauvre petite".
Hautebrande. Une région disputée entre l'Alliance et la Horde. Et sur l'autre continent. Ca commençait à devenir pénible cette manie de voyager…
***
Chapitre 48 : La nuit des morts-vivants
- (voix caverneuse) Je te l'avais bien dis, Abatik. Il mijotait bien quelque chose.
- JE SUIS PAS MORT ! JE SUIS PAS MORT !
- En même temps, dans cette région, c'était évident, Mezz.
- EH ! LES PLOUCS ! JE SUIS PAS MORT !
- (voix caverneuse) Il faut reconnaître qu'il se débrouille de mieux en mieux, notre Maître.
- JE SUIS PAS MORT ! EUX ILS SONT MORTS, MAIS PAS MOI !
- A un contre six, et c'étaient pas des minables, Mezz.
- JE T'AI EU, MINABLE ! T'AS EU LES DEUX AUTRES, MAIS MOI JE SUIS PAS MORT.
- (voix caverneuse) Les deux autres ont beaucoup aidé... je crois. Avec tout ce mouvement et ces éclairs, j'ai eu du mal à voir...
- JE SUIS LE MEILLEUR ! JE SUIS LLEGION ! JE SUIS PAS MORT !
- Par contre, là, il devient un peu lourd, Mezz.
- JE SUIS PAS MORT !
Les deux démons regardèrent le Démoniste. Il s'était mis à danser une... enfin, à danser au milieu du tas de cadavres jonchant le sol de la tour.
Le combat avait été chaud, mais à la surprise générale, Llégion s'en était sorti vivant et vainqueur.
Tout avait commencé aux Pérégrins, le poste avancé des Elfes de Sang, que Llégion avait présenté comme un endroit calme et reposant.
En voyant le lac, Seln avait poussé des cris de joie et avait sorti ses affaires de plage – en particulier un bikini à faire rougir un Elémentaire de Feu. Puis elle était partie s'installer sur la petite île au milieu du lac, histoire de bronzer tranquillement.
Connaissant la région, Llégion avait grimacé et effectivement, dix minutes plus tard, des cris avaient commencé à se faire entendre, bien que fortement masqués par de formidables rugissements.
Seln était revenue folle de rage peu après la disparition des cris et rugissements, la chevelure en désordre, Zaza gambadant autour d'elle. Des filaments vaporeux recouvraient le Chasseur Infernal, ainsi que de multiples traces de coups qui ne semblaient pas du tout indisposer le démon.
En fait, le lac était rempli de fantômes plutôt énervés, et la petite île où Seln voulait se reposer n'était autre que leur principal lieu de hantise.
Zaza les avait facilement dévoré, mais Seln n'avait pas du tout apprécié de ne pas avoir été avertie.
Après avoir fait une scène à Llégion, elle s'était installée devant la cheminée des Pérégrins, enveloppée d'une couverture et avec une boîte de chocolats fourrés au soufre.
Llégion avait cette fois-ci eut la présence d'esprit de laisser Abatik avec elle et Zaza, histoire de ne pas la voir repartir en fugue, et avait filé en douce vers Tranquillien avec Mezz.
Les Elfes de Sang qui traînaient leur ennui dans les ruines du bourg étaient heureusement soutenus par une petite délégation de morts-vivants envoyée au titre de l'effort de guerre commun.
Ceux-ci vivaient – si l'on peut dire… - cette mission comme un exil, et se vengeaient en envoyant tous les aventuriers de passage réaliser des missions quasi-suicidaires dans la sombre cité de Mortholme, ancien repaire du Roi-Liche.
C'est là que le Démoniste reçut l'ordre d'aller tuer un puissant invocateur du nom de Dar'Khan, installé dans la tour centrale de la ville et protégé par une garde nombreuse et vindicative de fantômes et de morts-vivants.
Par chance, cette fois-ci, Llégion avait deux atouts majeurs.
D'une part, le fait est qu'il était nettement plus puissant que sa future victime.
D'autre part, il avait rencontré deux Elfes de Sang, une Voleuse et un Chasseur avec le même but. La Voleuse plutôt maligne pour sa race, et très efficace avec une dague et une gorge découverte.
Le Chasseur était accompagné d'un puma qui avait le même air déterminé et froid que son Maître.
L'assaut de la cité noyée dans les ténèbres avait été violent et efficace. Les quelques esprits gardant les portes avaient été mis en pièce pas les assauts conjugués de Mezz et du puma, la Voleuse ayant à peine le temps de donner un coup de dague ou deux.
Les trois compères s'étaient ensuite rués vers la tour, se frayant un chemin à coup de sorts et de fusils.
Malheureusement, la suite avait été beaucoup plus confuse. Llégion n'en faisait qu'à sa tête, la Voleuse passait son temps à se camoufler pour attaquer en douce des cibles déjà mises en pièces par Mezz et le puma, et le Chasseur avait à peine le temps de viser avec son fusil que d'autres ennemis l'attaquaient par derrière.
Bref, ce fut plus une ruée désordonnée vers l'invocateur qu'un assaut en règle, et bien évidemment, le combat se transforma en mêlée violente et d'autant plus confuse que les couloirs menant au sous-sol de la tour n'avaient pas été nettoyés.
La mêlée vit s'affronter les trois aventuriers avec l'invocateur, quatre des ses disciples et trois fantômes, dans des couloirs étroits et au milieu des explosions des sorts envoyés n'importe comment sur n'importe qui.
Llégion était complètement perdu et frappait de son épée – récupérée il y a longtemps dans le donjon d'Ombrecroc – sur tout ce qui passait à sa portée.
Et dix minutes plus tard…
- JE SUIS PAS MORT ! JE SUIS PAS MORT ! LE PLOUC EST MORT ET PAS MOI !
- Remarque, Mezz, au moins, j'ai pas eu de mal à vous retrouver, vu qu'on doit l'entendre jusqu'à Lune d'Argent.
- JE SUIS PAS MORT !
- (voix caverneuse) Moi, par contre, j'y suis resté, Abatik. Ainsi que le puma, le Chasseur et la Voleuse.
- ILS SONT MORTS ET PAS MOI !
- C'est drôle, le visage de la Voleuse, elle a l'air surprise. Peut-être à cause du tranchoir de notre Maître dans sa tête…
- JE SUIS LLEGION ! JE SUIS LE MEILLEUR ! JE SUIS PAS MORT !
- (voix caverneuse) Le principal, c'est d'avoir la tête de cet invocateur… enfin, je crois.
- JE SUIS PAS MORT !
- N'empêche, j'espère qu'il va arrêter, parce que là, il devient lourd…
- JE SUIS LE MEILLEUR ! JE SUIS PAS MORT !
Moustaches revint vers le Démoniste qui dansait au milieu des corps. Personne n'avait rien vu, heureusement, mais de toutes façons, personne n'aurait pu deviner ou même comprendre…
Puis le rat commença à tourner sur lui-même en poursuivant sa queue.
***
Chapitre 49 : L'alchimiste
- Vous êtes de la police ?
Vimayre sentit immédiatement l'hostilité de l'alchimiste. Et eut le temps de remarquer qu'il cachait plusieurs cahiers derrière lui.
Son attitude, ainsi que l'odeur persistante et caractéristique enbaumant son atelier, lui fit immédiatement comprendre à qui il avait affaire.
- Non, je suis de la Confrérie des Collecteurs.
L'alchimiste se détendit légèrement et sortit une liasse de documents.
- Je suis en règle sur ce point. Et je n'aime pas les fouineurs.
- Et moi je n'aime pas les trafiquants de drogue, même à jour de leurs taxes.
- Je…
- Et je sais qu'en haut lieu, ceux de votre espèce ne sont tolérés qu'à condition de ne s'en prendre qu'à l'Alliance.
- Vous…
- Et sauf erreur de ma part, et je n'en fait jamais, c'est le tampon des douanes de Fossoyeuse que j'ai vu sur les papiers que vous venez de cacher.
- Dites…
- Et je pense qu'en haut lieu, on détesterait savoir qu'un alchimiste Mort-Vivant envoie de la drogue à Fossoyeuse.
- Jamais…
- Et je sais que certains agents de notre Confrérie adorent se charger des affaires impliquant des Morts-Vivants, parce qu'ils sont très lents à mourir.
- Sauf…
- Et on prend vite de l'avancement dans la Confrérie quand on réussit à attraper un Mort-Vivant, surtout haut placé.
- Mais…
- Alors à votre place, j'éviterais de faire le malin et je répondrais aux questions.
- …
- Donc : Llégion, un Démoniste Mort-Vivant. Je veux savoir où il est. Et vite.
L'alchimiste se révéla très loquace. Il avait tenté d'utiliser Llégion, qui l'avait assez mal pris et avait accepté de passer l'éponge en échange d'une part des bénéfices.
Puis il était reparti sur Orgrimmar. Une envie de passer ses nerfs sur quelque chose, ou quelqu'un.
Décidemment, ce Démoniste n'avait absolument aucun sens de l'efficacité…
***
Chapitre 50 : C'est l'amour à la plage, ahou tcha tcha tcha
- Par la malepeste, Abatik, je t'avais dit de la surveiller !
- Désolé, Maître, mais je lui avait donné une nouvelle boîte de chocolats, ça devait la faire tenir tranquille.
- Maintenant, il faut que j'aille jusqu'à cette foutue plage. Je hais les plages ! C'est plein de sable, y'a de l'eau, des saloperies de gosses qui jouent quand c'est pas ces foutus Murlocks !
- Voyez le bon côté des choses, Maître. L'autre type de Tranquillien nous a dit qu'il y a des Elfes par là-bas. On va pouvoir s'amuser…
- Mouais… C'est sûr que c'est un argument. J'ai jamais pu encadrer ces satanés m'as-tu-vu, avec leurs tatouages et leurs foutus "communion avec la nature"… Encore un truc dégueulasse avec des animaux, j'en mettrais ma main au feu.
- Hem… Bref, Maître, on va faire d'une pierre deux coups : on retrouve Seln et on tue des Elfes. C'est chouette, hein ?
- En tout cas, elle a intérêt à être là-bas, sinon elle va se prendre un de ces savons !
Llégion et sa petite suite prirent donc la direction du rivage des Terres Fantômes, où Seln s'était probablement réfugiée en compagnie de Zaza.
La traversée de la Malbrêche fut rapide et violente. Les esprits dégénérés qui y traînaient ne faisaient pas le poids contre un Démoniste en colère, et le monstre bouffi qui croisa sa route et voulut en faire du hachis fut proprement – ou plutôt salement, très salement – mis en pièces par les malédictions de Llégion et les coups de Mezz.
Le Marcheur du Vide avait en effet découvert une nouvelle utilisation pour son Code du Travail Démoniaque, dont il venait de recevoir la nouvelle édition (5.700 pages en un volume relié, sans compter les annexes).
Il s'en servait maintenant pour taper sur les ennemis, tout en leur récitant les passages les plus intéressants. C'était la première fois de sa longue existence qu'Abatik voyait des créatures mourir à la fois tuées et suicidées…
La plage des Terres Fantômes n'avait rien de touristique. Comme Llégion l'avait supposé, des Murlocks s'étaient installés un peu partout, faisant fuir jusqu'aux mouettes par leurs gargouillis irritant.
Il y avait néanmoins une zone entièrement laissée à l'abandon, comme par hasard près du camp des Elfes.
C'est là que Llégion retrouva Seln, qui avait pris ses aises avec…
- Par la malepeste ! C'est quoi ça, Seln !?
- Oh, mon chouchou, tu es venu ! Zaza, dis bonjour à Papounet !
- Grrr…
- Gentil, Zaza.
- Wif !
- Seln, ça fait une heure qu'on te cherche partout. Et que font ces Elfes ici ?
- Les Elfes ? Ils sont TELLEMENT gentils, mamour ! Et TELLEMENT serviables ! Tu as vu ? Ils m'ont fait une petite cabane. Ce sont TELLEMENT des amours, ces petits Elfes…
- Seln, ils sont de l'Alliance ! Et nous de la Horde ! Nous sommes en guerre ! Par la malepeste, je hais les Elfes !
- Oh non, mon choubichou ! Regarde, ils t'ont même fait un chapeau pour te protéger du soleil. Ils sont TELLEMENT gentils.
Llégion lança un regard noir à l'Elfe qui lui tendait un chapeau de paille avec un sourire timide.
Tout autour de la Succube, une dizaine de guerriers Elfes s'agitaient à son service. Tandis que deux d'entre eux la ventilaient avec une feuille, un autre pressait des oranges tout en lui lançant des œillades gênées.
Assis sur le sable, un orchestre improvisé jouait une quelconque ballade sur laquelle un Elfe à la coupe de cheveux ridicule chantait une chanson sirupeuse sur un "bateau de l'amour".
La fière expédition de l'Alliance envoyée pour espionner la région était devenue, du fait de sa rencontre avec Seln, une bande de touristes idiots à son service exclusif.
Certains avaient même troqué leurs armures pour une sorte de costume blanc avec des épaulettes ridicules.
Llégion ouvrit la bouche, puis la referma et poussa un profond soupir. Il se sentit soudain très vieux et très las, et se mit à songer à son repaire secret, à son bossu et à son armée de séides, tous disparus après sa mort.
Il poussa un second soupir, et l'Elfe qui lui avait tendu le chapeau de paille lui prit la main délicatement en la tapotant.
Abatik et Mezz se regardèrent d'un air inquiet.
- Euh…. Maître, je pense que…
- RHHHAAA !!! PAR LA MALEPESTE !!!
Llégion poussa soudain un hurlement de rage et fracassa le crâne de l'Elfe avec son bâton, puis se rua sur le chanteur.
Le premier coup au ventre le fit taire et se plier en deux, le second lui fracassa la mâchoire et le dernier lui embrocha le cœur.
Puis il se tourna vers les autres Elfes qui le regardaient d'un air sidéré, et leva les mains en l'air.
D'un seul geste, Abatik, Mezz et même Seln se jetèrent au sol, tandis que Zaza poussait un gémissement de peur.
La malédiction du Démoniste transforma les Elfes en torches vivantes, tandis qu'une pluie de feu s'abattait sur eux.
Délaissant les restes fumants des Elfes, Llégion se retourna en direction des cahutes des Murlocks, les yeux brillant d'une lueur rougeoyante et un sourire sadique sur le visage.
[La suite aurait mérité d'être racontée, mais la Commission pour la Protection de la Jeunesse ne cautionnant pas la représentation de ce genre d'actions, nous nous contenterons de dire que ce fut violent, bruyant et rapide. Et rouge. Très très rouge.]
Dix minutes plus tard, la plage était vide de toute forme de vie, et seules de légères taches graisseuses et rougeâtres sur le sable prouvaient que des Murlocks avaient vécu à cet endroit.
Après un conciliabule animé, les démons décidèrent d'envoyer Abatik – "Vous me le payerez, ingrats !" – parler à leur Maître.
Celui-ci fumait encore, et la lueur dans ses yeux n'avait pas totalement disparue.
- Euh… Maître ? C'est moi, Abatik. Vous vous souvenez ? Votre Diablotin et serviteur fidèle…
- Abatik ?
- Oui, Maître ?
Le Diablotin regarda Llégion d'un air inquiet.
- Prends note qu'à partir d'aujourd'hui, je pars à la conquête du monde. Tremble, Azeroth ! Bientôt tu seras mienne ! Mouahahahahahahah !
- Maître ! Attention, vous allez marcher sur… trop tard.
- Rhaaa ! Par la malepeste ! Marre de cette robe !
Abatik se retourna vers les autres et leur fit un grand sourire, le pouce levé en l'air. Tout était revenu dans l'ordre. Leur Maître était redevenu lui-même.
Mezz commençait déjà à improviser un discours sur la "libération des masses opprimées" devant la mer, tandis que Seln était déjà en train de se plaindre du vent, du sel dans la mer et de l'obsolescence de son maillot de bain, devant un Zaza qui était en train de lever la patte sur la jambe de Llégion.
Oui, tout était bien redevenu normal.
Mais Abatik ne put s'empêcher d'éprouver une légère inquiétude au souvenir des pouvoirs du Démoniste. Heureusement qu'il était sensé être nul, parce que sinon…
Moustaches dût se retenir de sauter de joie. C'était encore mieux qu'il ne le pensait. Il pourrait peut-être même éviter de… mais cela restait à voir. Il devait rester patient, et attendre.
Puis le rat entreprit de creuser un trou dans le sable.
***
Chapitre 51 : Ragefeu
- Essaie de nous attaquer, qu'on rigole ! Marcel et moi, on adore la rigolade ! Hein, Marcel, qu'on adore ça ?
Vimayre soupira. Il avait découvert que Llégion s'était rendu à Orgrimmar pour nettoyer le Gouffre de Ragefeu. Et devant l'entrée du Gouffre, deux Elfes de la Nuit en vadrouille le narguaient, un tas de cadavres de gardes à leurs pieds.
- Du calme, les gars. Je suis en mission pour la Confrérie des Collecteurs. Je cherche un Démoniste Mort-Vivant qui a dû venir ici il y a quelques temps.
- Marcel et moi, on zone ici depuis pas mal de temps. Hein, Marcel, que ça fait pas mal de temps ? Il ressemble à quoi votre sac d'os ?
Vimayre hésita, mais il n'allait pas débiner un Hordeux devant l'ennemi !
- De haute taille, dégarni, peut-être un peu fatigué.
- Ouais, un grand con chauve, quoi. Marcel et moi on l'a vu avec son démon. Hein, Marcel, qu'on l'a vu ? Il est entré ici. Plusieurs fois, vu qu'il a pas arrêté de mourir.
- Je vois…
- Qu'est-ce qu'on s'est marré Marcel et moi à le voir passer et repasser. Quel con ! Hein, Marcel, qu'il avait l'air con ?
- C'est bien lui. Mais vous avez dit "son" démon. Normalement, il en a trois.
- Naan, il est entré qu'avec le gros bleu. La petite crotte est restée dehors et est parti de son côté ensuite. Marcel et moi on l'a vu poser des questions autour de lui sur une Succube. Hein, Marcel, qu'on l'a vu poser des questions ?
- Voilà qui est nouveau… Et le Démoniste, il est ressorti ?
- J'sais pas. Marcel et moi on a dû s'absenter un moment pour aller pisser, et vu qu'on peut seulement utiliser les gogues de l'Alliance, ça nous a pris trois jours pour faire l'aller-retour à pince sur Theramore. Même que Marcel a failli se pisser dessus. Hein, Marcel, que t'as failli te pisser dessus ?
Vimayre grimaça. Il se trouvait maintenant devant un dilemme : qui suivre ?
- Faute d'informations pertinentes, il vous serait des plus profitables de concentrer vos efforts sur la poursuite du susdit Diablotin. Je gage qu'il sera à même de fournir les éléments nécessaires à l'accomplissement de votre mission.
- Ce Marcel ! Toujours à déconner ! Hein, Marcel, que t'adores déconner ?
- Indubitablement.
***
Chapitre 52 : Retour à la nature
Orneval. L'une des plus belles forêts d'Azeroth, sous la protection des Elfes de la Nuit de Darnassus depuis toujours.
Mais la corruption avait gagné son cœur. Au plus profond des bois, dans les lacs et les rivières, le Mal s'était répandu et avec lui le malheur et le danger.
La Horde en avait profité pour établir un avant-poste à partir des Tarides, d'où de fiers combattants attaquaient les positions de l'Alliance et faisaient avancer leur cause.
A l'ouest, sur la côte, les profondeurs de Brassenoire attendaient les aventuriers trop fous pour vouloir rester en vie, et les Nagas qui occupaient ses ruines se repaissaient tous les jours de leur chair.
Et la nuit, malgré la beauté de la lune dans le ciel étoilé, la menace restait toujours présente…
- Seln ! Rappelle ce foutu clébard !
- Mais mon chéri, Zaza s'amuse TELLEMENT avec ses nouveaux amis. Et ils sont TELLEMENT choux ensembles !
- Seln ! Ce sont des bêtes fauves, pas des "mignons petits animaux de la forêt". On doit les tuer pour…
- Mais mon poupougnet ! Tu ne vas pas leur faire de mal ? Ils sont TELLEMENT a-do-ra-bles avec leur petites papattes et leur petit museau tout mi-mi.
Llégion leva les mains au ciel en râlant. L'Orc des Tarides lui avait dit qu'Orneval n'était pas une partie de plaisir, mais personne n'avait prévu la réaction de la Succube.
Elle s'était mise à pousser de petits cris de joie et à danser au milieu des ours et des loups de la forêt, un Zaza jappant et baveux sautillant autour d'elle.
Lesdits ours et loups l'avaient regardée d'un air interloqué et, après avoir échangé un bref regard, avaient collectivement décidé de l'ignorer.
Et de s'en prendre à Llégion.
Le Démoniste était tellement occupé à discuter avec Abatik de leurs prochains plans qu'il ne fit pas attention et que l'attaque faillit mal tourner.
Heureusement, Mezz apparut juste à ce moment-là et tant les ours que les loups, ainsi qu'une araignée qui passait par là et avait entendu du bruit, s'arrêtèrent net et firent demi-tour d'un air faussement innocent.
Manifestement, la réputation du Marcheur du Vide avait franchi les Tarides.
Une seul loup resta néanmoins sur place, intimidé, loup qui se révéla être en réalité une louve.
Des années plus tard, la louve, devenue vieille et respectée, devait raconter aux siens la légende que devint son histoire : celle de la rencontre entre "Louve Michel" et son mentor, qui émancipa et libéra les louves de l'oppression des mâles et fut à l'origine de la première communauté interraciale purement féminine d'Orneval.
Il est dommage que la légende mourut peu après le massacre général perpétré par un Chasseur Elfe de la Nuit désireux de se faire de nouveaux gants en peau de loup.
Comme quoi, le Destin a parfois un sens de l'humour plutôt original…
Mais, pour revenir au fil de notre récit, la présence de Mezz évita à la petite compagnie de se faire attaquer toutes les deux minutes par la faune locale.
- Par la malepeste ! J'en ai marre ! C'est quoi ce pays où il faut des heures pour aller chercher un satané messager ! Et ces arbres ! Rhaaa !
- C'est une forêt, Maître. Ca explique les arbres. Mais vous devriez voir le bon côté des choses : il y a plein de trucs à tuer.
- Ah oui ? J'ai l'air de m'amuser, là ? Et ils sont où les trucs à tuer, Abatik ? Entre le gros bleu qui fait fuir tous les mâles et refuse qu'on tape sur les femelles…
- (voix caverneuse) Je ne peux laisser ces exploitées dans l'oppression, Maître.
- … Seln qui pique une crise dès que je fais mine de lancer une malédiction…
- Mais mon minou, tu ne vas pas leur faire de mal ? Ils TELLEMENT mignons !
- … sans parler de l'autre soi-disant "chien des Enfers" qui n'a toujours pas assimilé le concept de "l'attaque"…
- Wif !
- … je vois mal ce que je pourrais "tuer", comme tu dis. Par la malepeste ! Si seulement j'avais un de ces satanés Elfes sous la main !
- Euh… Maître ? Regardez là-bas.
Llégion et ses démons avaient atteint une chaussée surélevée sur la route menant, loin vers le nord, au port d'Auberdine.
De cette chaussée, on pouvait voir quelques bâtiments elfiques et une poignée d'Elfes de la Nuit occupés à surveiller la route.
Et leur tournant le dos.
Le Démoniste lança un regard en coin vers Abatik, et les deux complices eurent un sourire cruel.
- Mezz ? Tu penses quoi des Elfes de la Nuit ?
- (voix caverneuse) Des suppôts du Grand Capital, Maître. Irrécupérables.
- Seln ?
- Mmmm ? Leurs habits sont d'un goût ! Ca jure avec mon bustier. Je les déteste. Hein qu'on les déteste, mon Zaza ?
- Wif ! Grrr…
- Bon, si on est tous d'accord… Abatik ?
- On attaque et on les tue, Maître ?
- T'as tout compris.
- On est obligé de faire ça proprement, Maître ?
- Arrête avec ces blagues douteuses, Abatik.
- Je sens qu'on va s'amuser, Maître.
- Moi aussi. Bon, vous tous !
- Oui, Maître ?
- (voix caverneuse) Oui, Maître ?
- Oui mon loulou ?
- Wif ?
- A MORT LES ELFES !!! ET PAS DE … Rhaaa ! Par la malepeste ! Foutue robe ! Eh ! Attendez moi !
Moustaches regarda avec inquiétude la charge désordonnée mais néanmoins mortelle des démons sur le petit groupe d'Elfes. L'autre n'était toujours pas arrivé, et sans lui…
Il sourit en voyant quelque chose apparaître au loin sur la route. Non, tout allait bien. Il pouvait continuer.
Puis le rat se gratta l'oreille frénétiquement.
***
Chapitre 53 : Sur la piste de Selneri
- Quelle garce, cette Succube ! Elle vous allume, et ensuite elle vous fouette ! Vivement qu'elle repasse par ici… Enfin, non ! Si ! Je sais plus…
Vimayre avait remonté la piste du Diablotin, et par la même occasion celle de la Succube, assez vite. Il suffisait en fait d'interroger les gardes présentant des coupures de fouet sur le corps.
Apparemment, aussi surprenant que cela puisse paraître, la Succube s'était fâchée avec son maître et avait fait une fugue. Et le Diablotin était parti à sa recherche.
Drôle d'histoire, mais ce Llégion semblait décidemment un drôle de Démoniste…
- Et donc, elle est passée ici et vous a… agressé… "sans raison valable".
Vimayre réussit à faire sentir les guillemets, ce qui troubla le garde Orc.
- Bon, p'têt que ma main a, comment dire, touché son dos. Mais elle avait pas à me fouetter ! Même si c'était assez chaud… Enfin, non ! Si ! Je sais plus…
- Bref, vous lui avez mis la main aux fesses et elle vous a dérouillé. Et le Diablotin ?
- J'ai failli lui en coller une, quand je l'ai vu avec son foutu sourire ! Je lui ai dit tout ce que je savais, vu qu'ils ont le même maître.
- C'est-à-dire ?
- Elle est partie vers l'est, vers Cabestan.
- Cabestan ? Vous êtes sûr ? Je ne l'imagine pas retourner là-bas volontairement pourtant…
- Excusez la question, mais vous êtes pas marié, non ?
- Non, mais je ne vois pas le rapport.
- Moi je suis marié. Et quand la Succube est passée, c'était l'ouverture de la Quinzaine Commerciale à Hurlevent.
- … ?
- Quinze jours de soldes monstres. Vu le genre de la Succube, c'est là qu'elle est allée. Et par Cabestan et Baie du Butin, c'est le plus simple.
- Je vois. Merci du renseignement. Vous donnerez le bonjour à votre femme.
- Au fait, ça m'arrangerait si vous ne lui en parliez pas. Les coupures, je lui ai dit que c'était en me rasant…
- Et elle a avalé ça ?
Vimayre laissa l'Orc et ses angoisses matrimoniales. Il avait maintenant les siennes, et elles étaient lourdes. Hurlevent… De mieux en mieux…
***
Chapitre 54 : Run away !
Llégion regarda ses démons l'un après l'autre. Abatik s'était réfugié dans la capuche de sa robe et tremblait encore.
Mezz avait une teinte très pâle et tenait à la main quelques feuilles déchirées de son Code.
Seln avait la chevelure en désordre, et le rouge de ses sabots s'était écaillé, preuve de la violence du combat.
Zaza était collé à la jambe de la Succube et tremblait tellement qu'il faisait presque pitié. Presque.
Quant à Llégion lui-même, un bref état des lieux lui apprit qu'il ne valait guère mieux. Sa robe était en loques, son bâton était cassé et ses gants tenaient plus de la pelote de ficelle que du travail de couturier.
Bref, un désastre. Mais au moins, ils étaient encore en vie.
Tout ça à cause de ce satané Guerrier…
L'assaut contre les Elfes avait pourtant bien commencé, si on oubliait la chute de Llégion et le côté désordonné de la chose.
Abatik lançait des éclairs de feu en ricanant, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps.
Mezz avait sorti son édition intégrale du Code des Assurances Infernales et tapait avec sur ses adversaires.
A la surprise générale, Seln avait sorti son fouet et s'en était servi, ce qui avait provoqué un moment de flottement tellement le geste était exceptionnel. Tous, y compris les Elfes, étaient restés la regarder bouche bée.
L'un des Elfes lui avait alors donné un faible coup de bâton, mettant ainsi fin à ce moment de grâce.
Fronçant les sourcils, la Succube avait porté deux doigts aux lèvres, provoquant une syncope chez l'un des Elfes, et avait poussé un sifflement strident pour appeler Zaza.
- Zaza ! Le méchant Elfe a voulu faire du mal à ta maman. Alors soit un amour et…
La suite de la phrase avait été couverte par les rugissements de rage du Chasseur Infernal, les cris de l'Elfe et un certain nombre de bruits qu'on n'entendait normalement que dans certains cauchemars particulièrement traumatisants.
Vous savez, ceux avec les trucs pleins de dents. Oui, ceux-là.
Bref, tout se passait pour le mieux jusqu'à ce qu'apparaisse sur la route un Guerrier Nain monté sur un bélier.
Llégion l'avait à peine regardé et avait repris ses incantations et ses lancers de sorts. Sa seule inquiétude avait été que le rase-bitume ne se joigne à la fête et ne lui vole son combat.
Celui-ci était alors descendu de sa monture, avait sorti sa hache et… avait attaqué Mezz !
Devant un Guerrier d'un niveau si élevé, Llégion avait prudemment choisi la retraite et avait fui ventre à terre. Le Nain les avait heureusement laissés en paix et avait repris sa route, mais l'alerte avait été chaude.
- Par la malepeste ! Depuis quand les rase-bitumes aident-ils les zoophiles ?! Satanée forêt ! Foutu pays ! Rhaaa !
- Au-au mo-moins on es-n'est en vi-vie, Maî-maître.
- Arrête de trembler, Abatik. Il est parti.
- (voix caverneuse) La dernière édition, dédicacée par l'auteur avant son suicide. Je suis sûr qu'il y a une loi contre ça, Maître.
- Ouinnn !!!
Tous se retournèrent vers la Succube qui s'était mise à pleurer, assise par terre.
- Bouhouhouh… Je me suis cassé un ongle ! Bouhouhouh…
- Wouinf…
- Fais un câlin à maman, mon Zazounet…
Llégion resta quelques secondes silencieux, puis tourna la tête vers le Diablotin toujours caché dans sa capuche.
- Abatik ? Il te reste des chocolats ?
- Ou-oui Maî-maître. Voi-voilà.
- Snif… Tu es TELLEMENT gentil avec moi, mon choupinet. Snif… Ils sont au soufre ?
- Seln, tu…
- Regarde mon bustier, Llélé. Il est tout déchiré et couvert de poussière. Je suis TELLEMENT horrible comme ça !
- Argh… Je veux dire : c'est vrai, il est vraiment déchiré. On voit même… argh.
- Tu va m'en acheter un neuf, hein, mamour ? S'il te plaît… Tu serais TELLEMENT chou. Et Lune d'Argent est TELLEMENT jolie à cette époque ! Hein ? Dis oui ! - Dis oui ! - Dis oui !
Le Démoniste ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois de suite sans pouvoir prononcer un mot. Puis il réussit à détourner son regard des restes du bustier de la Succube – argh – et secoua la tête pour reprendre ses esprits.
- Bon, je crois que moi aussi j'ai besoin d'un nouvel équipement plus efficace que celui-ci.
- Et aussi moins cassé, Maître.
- Puisque tu as repris ton calme, Abatik, dis-moi une chose. J'ai pas entendu parler d'une histoire de robe de Démoniste, à récupérer je ne sais où ?
- A Cabestan, Maître. Mais il me semble que ça n'a rien d'une histoire simple…
- Le contraire m'aurait étonné. Bon, on va d'abord se renseigner à Cabestan et ensuite – inutile de crier, Seln – on part sur Lune d'Argent récupérer du matériel.
Moustaches leva la tête et poussa un soupir de soulagement. Personne ne l'avait remarqué, et avec le combat le risque était faible, mais quand même… Restait à vérifier maintenant si cela suffirait.
Puis le rat entreprit de se nettoyer le museau.
***