Chapitre 72 : Les Déesses sont tombées sur la tête
- Alors, t'en penses quoi, Abatik ?
- Ca pue le plan foireux, Maître. Depuis le début. Et je m'y connais.
- Mouais... Moi aussi, ça me parait louche. Et par la malepeste, Seln, dis à ce foutu clébard d'arrêter d'aggro tout ce qui bouge !
- Mais laisse le jouer, mon lapin... Il ne fait rien de mal.
Comme à son habitude, Zaza s'était jeté au beau milieu d'un groupe de ces dangereuses bestioles pullulant en Arathi, en l'occurrence un assortiment de raptors et d'araignées géantes. Ceci dans l'idée de ramener à sa "maman" quelques nouveaux copains pour l'attendrir.
Llégion n'avait d'ailleurs jamais compris pourquoi la Succube s'extasiait devant les araignées que lui ramenait le Chasseur Infernal au point de leur faire des mamours, alors que d'ordinaire elle les fuyait en hurlant de peur.
En même temps, c'était Seln... Fallait pas chercher à comprendre.
Dans un magnifique mouvement à peine gâché par son caractère répétitif et systématique - trente fois par jour, ça finit par lasser - Zaza ramenait donc ses "nouveaux amis" vers le Démoniste, à savoir trois raptors et deux araignées passablement énervés et désireux de faire payer à quelqu'un - autre que Zaza, bien sûr, sans ça ce n'était pas drôle - la gêne occasionnée.
Le combat fut brutal et sanglant, surtout pour les représentants locaux du règne animal qui, tout à leur énervement, ne virent que trop tard Mezz et son désormais célèbre Code.
Le fait est que Mezz était maintenant connu et redouté dans tout Azeroth... Les mauvaises nouvelles voyagent vite, plus vite que les bonnes.
Et les bestioles étaient toutes du genre "masculin".
Llégion secoua son bâton pour le refroidir, puis se tourna vers Abatik qui, pour une fois, n'affichait pas son air railleur habituel.
- Bon... Alors ? On fait quoi ?
- Si ça ne tenait qu'à moi, Maître, je laisserais tomber de suite. On n'a jamais rien à gagner à se mêler des affaires de "déesses" soi-disant en difficultés.
- "Soi-disant" ?
- Si c'est une déesse, elle a des fidèles. Alors laissons-les se débrouiller eux-même. En plus, ils vont aimer se faire tuer, parce que pour ces pignoufs, ça signifie un aller direct dans leur foutu paradis.
Llégion haussa un sourcil devant la véhémence du Diablotin.
- Tu n'as pas l'air d'aimer les divinités, Abatik.
- Foutus connards... Pardon, Maître. Mais franchement, ras-le-bol ! A chaque fois qu'on passe du temps à pervertir toute une population, il y a toujours un de ces foutus "sauveurs" qui vient vous ruiner tous votre boulot avec leurs histoires à la con de rédemption et de salut, tout ça au nom d'une divinité pas foutue de trouver son cul avec un plan ! Pardon du langage, Maître, mais font chier !
- Et bien...
- C'est vrai, quoi ! Ils ne peuvent pas emmerder le monde ailleurs ?! Pardon, Maître, mais franchement... Ils pensent au boulot qu'on s'est tapé, nous, à pervertir et à damner ces abrutis de mortels ?! Mais non ! Ils s'en foutent ! Tout ce qui les intéresse, c'est leur foutu bouquin débile et leurs préceptes à la mords-moi-l'noeud !
- Oui, tout ça c'est...
- En plus, vous verriez leurs prophètes, Maître ! On leur a jamais parlé de l'hygiène, à ces cinglés ?! Pardon, Maître, mais vous les verriez ! Même les maladies n'osent pas s'en prendre à eux, tellement ils puent !
- Bon, tu te calm...
- Et vas-y que ça vous lève des foules en extases, tout ça parce que ça transforme la flotte en pinard - tous des ivrognes, Maître, de toutes façons, c'est toujours pareil, quand ça ne picole pas, ça fume des trucs bizarres que même les Druides d'ici refusent de toucher !
- Hola, tu vas...
- Alors les divinités, vous m'excuserez, Maître, mais ras-le-bol ! Jusque là ! L'autre pétasse, elle a qu'à se démerder toute seule ! C'est vrai, quoi, je sais que vous êtes le pigeon de service à toujours vous taper le sale boulot pour toutes les feignasses du coin, mais cette fois-ci, on oublie !
- "Pigeon" ?!
- Parce que je suis sûr qu'en plus, cette... Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit, Maître ? Et respirez, vous devenez bleu.
Llégion prit une profonde inspiration.
- "PIGEON" !!!
- Euh... Oups. Ce que je disais, Maître, c'est...
- Abatik ?
- Oui, Maître ?
- Ta gueule ! Ici, celui qui s'énerve, c'est moi ! Vu ?!
- Oui, Maître. Toutes mes excuses, Maître. C'est seulement que...
- Ta gueule.
- Oui, Maître.
- On va s'occuper de cette histoire, et ça va me rapporter non seulement du fric, mais aussi une nouvelle alliée, vu qu'elle sera obligée de me remercier de l'avoir aidée.
- C'est vous le Maître, Maître.
- Et puis après, on... Ta gueule, je l'ai dit ?
- Oui, Maître. Mais ce n'est pas grave.
- Oui. Ta gueule.
- Oui, Maître.
- Bon, il vient ton plan ?
- Mon pl... ? Oui oui, Maître, je suis dessus. Si on profitait de ce que je réfléchisse pour faire une pause quelque part ? Genre une taverne ?
- C'est ton plan, ça ?
- Euh... Oui... Oui ! Le début, au moins, Maître.
- On retourne au Trépas d'Orgrim, alors. Et Abatik... ?
- Ta gueule, je sais Maître.
- Tu vois quand tu veux.
Llégion reprit la route vers le fortin de la Horde, suivi par les démons et notamment Abatik qui se creusait la tête pour trouver un plan.
En réalité, le plan était déjà tout trouvé. La déesse en question - une géante plutôt vulgaire selon l'avis d'Abatik qui était pourtant bon public - avait donné des consignes étonnament claires pour une fois.
Trop claires, même, au point que le Diablotin sentait le coup fourré depuis le début de cette histoire. D'habitude, les divinités lâchaient des morceaux de phrases sans queue ni tête, laissant au pigeon de service le soin de déméler tout ça et de comprendre le but de la manoeuvre.
Là, rien de tout ça. Les étapes étaient simples, limpides et expliquées avec force détails.
En plus, Abatik n'avait jamais entendu parler de cette grognasse.
Non, le plan dont devait s'occuper le Diablotin portait plus sur le rattrapage du ratage que n'allait pas manquait de provoquer cette histoire. Tout ça en ramassant du butin, en restant en vie et en évitant d'énerver Llégion - la partie la moins simple.
Heureusement, Abatik se vantait - après tout, c'était un démon - de toujours trouver quelque chose. Lorsqu'ils arrivèrent dans la grange servant d'auberge au fortin hordeux, le Diablotin avait mis au point un moyen de limiter la casse.
Il attendit quand même le lendemain pour l'expliquer à Llégion : pour une fois qu'ils pouvaient dormir dans un vrai lit...
Moustaches suivait en trottinant, l'air blasé. Encore du temps perdu, car après tout, ce n'était pas comme si… Mais tant pis, il avait encore le temps.
Puis le rat fit un écart pour croquer une blatte.
***
Chapitre 73 : Le Nain
- Vous voulez tâter de ma hache, Tauren ?
Vimayre se déplaça discrètement pour mettre le banc entre lui et le Nain.
- Je cherche juste un Mort-Vivant, un Démoniste. A Bois-Brisé, on m'a dit qu'il serait venu par ici.
- Et alors ? C'est pas votre papier de la Confrérie qui va m'empêcher de vous raser vos longues jambes ! Moi aussi j'en suis !
Le Nain agita sa hache d'un air menaçant. Il portait effectivement l'insigne des Vigiles de la Confrérie, chargés de garder les fonds collectés. Et il était lourdement équipé du meilleur matériel existant.
- C'est un Hordeux, et c'est un YZO-17…
- Un YZO-17 ? Fallait le dire de suite, l'ami ! A quoi il ressemblait ?
Vimayre retint une grimace. A tous les coups, le Nain allait réclamer un pourcentage des sommes perçues. Et vu la rapacité des Nains…
- Haute taille, le front… Non, on va dire un grand chauve à l'air con.
- Oui ! Il a voulu tailler en pièces des Elfes là-bas. Normalement, j'interviens pas parce que je hais les Elfes, mais j'avais mon arbalète à la main, mon doigt a glissé… bref, j'ai fini par lui taper dessus.
- Et vous l'avez eu ?
- Même pas ! Il a foutu le camp avec ses démons, mais je les ai bien dérouillés quand même. J'ai pas insisté parce que j'aime pas les Elfes.
- Et il est parti où ?
- Je ne sais pas, mais j'ai ramassé ça par terre.
Le nain tendit à Vimayre un bout de papier gluant de sa poche. Manifestement, il s'en était servi comme mouchoir… Il réussit quand même à distinguer quelques mots, dont "Cabestan", et une signature, "Menera".
- Cabestan, donc. Cette fois-ci, on reste en Kalimdor… Etonnant.
- Au fait, il doit combien ?
Vimayre sentit le piège et, honteux mais soulagé, disparut dans un éclair vert. Il avait eu la présence d'esprit d'activer sa pierre de foyer qui l'envoya à…
- Rhhhaaa ! C'est pas vrai ! Pas Fossoyeuse !
***
Chapitre 74 : Elle avait un corps de déesse
- PAUVRES MORTELS ! PAUVRES FOUS !
- Eh ! Doucement sur les insultes, la grosse ! N'oublie pas qui t'a sortie de ta prison !
Llégion avait reculé d'un pas devant l'apparition de la déesse, gigantesque et très énervée. Tout s'était déroulé comme prévu - des combats, Mezz qui meure, Seln qui ne suit pas, bref la routine - et Llégion avait alors pu lancer le rituel permettant de libérer la déesse de sa prison.
Et le moins qu'on puisse dire, c'était qu'elle n'était guère reconnaissante.
- JE SUIS UNE DEESSE ! ET JE SUIS LIBRE !
- Je vous l'avez dit, Maître : c'était foireux.
- Abatik, ta gueule. Et toi, la grosse, tu me dois un service. Alors comme...
- UN SERVICE ?! TU OSES EXIGER DE MOI UN SERVICE ?!
- Je vais me gêner... Donc, comme je veux...
- JE SUIS OMNIPOTENTE ! ET JE SUIS ENFIN LIBRE !
- Oui, j'ai compris. Donc, je veux conq...
- OUI ! JE VAIS POUVOIR ACCOMPLIR MON DESTIN !
- Par la malepeste ! Jamais elle écoute, la grosse ?! Eh ! J'te cause !
- AZEROTH PLIERA DEVANT MOI ! LE MONDE M'APPARTIENT MAINTENANT !
- Tu vas... QUOI ?!
- JE... TU ES ENCORE LA, MORTEL ?
- Qu'est-ce que tu viens de dire ?!
- SUR QUOI ?
- Sur le monde ! Qu'est-ce que tu viens de dire ?!
- QUE LE MONDE M'APPARTIENT. DEPUIS TOUTE PETITE, JE RÊVE DE CONQUERIR LE MONDE, ET MAINTENANT QUE JE SUIS LIBRE, JE VAIS POUVOIR...
- Non non non.
- COMMENT CA, "NON NON NON" ?
- Le monde, c'est moi qui le conqué... conqui... conq... Rhhhaaa ! Qui vais le conquérir. Pas toi. Reçu ?
- TU AS DU CULOT, TOI. JE SUIS UNE DEESSE, JE TE RAPPELLE.
- Et moi Llégion le Maléfique, Génie du Mal, plus grand cerveau criminel d'Azeroth et futur Maître d'Azeroth !
- MAITRE D'AZEROTH ? PAS POSSIBLE. SEUL UN DIEU - OU UNE DEESSE BIEN SUR - PEUT L'ÊTRE. PAS UN SIMPLE MORTEL.
- Ca me ferait mal. En plus, je ne suis plus vraiment mortel, vu que je suis un Mort-Vivant. Donc je disais...
- ET BIEN, CA A BIEN CHANGE DEPUIS QUE J'AI ETE EMPRISONNEE... DE MON TEMPS, ON N'AURAIT PAS LAISSE UN MINABLE MORTEL SE LANCER DANS LE BUSINESS DE LA CONQUETE DU MONDE...
- Minable, minable... Quand même pas, hein ! Bon, sinon, comme je t'ai libérée, tu vas me filer un coup de main.
- UN COUP DE MAIN ? CA AUSSI, C'EST UN TRUC NOUVEAU ?
- Nouveau ?
- UNE DEESSE N'AIDE PAS LES MORTELS. SAUF CEUX QUI SONT DANS LE BUSINESS DU DIEU BIENVEILLANT, ET ENCORE, J'EN AI CONNU QUI AVAIENT LA MAIN LOURDE SUR LES CALAMITES QUAND ON S'AVISAIT DE LEUR DEMANDER QUELQUE CHOSE.
- Les autres, je ne sais pas, et je m'en fous.
- BONNE MENTALITE, CA. TRES DIVIN, DE S'EN FOUTRE.
- Tant mieux. Donc, tu sais faire quoi ? Foudroyer mes ennemis ? Détruire des villes ? Histoire que je sache quoi te demander.
La déeese secoua la tête.
- ECOUTE, PETIT. JE T'AI DIT QUE LES DIVINITES S'EN FOUTAIENT DES MORTELS. TU CROIS QUE JE VAIS FAIRE UNE EXCEPTION POUR TOI ? ET PUIS, J'AI LE MONDE A CONQUERIR.
- Mais je t'ai libérée, par la malepeste ! Tu me dois un service !
- PFFF... LE BOULET... TU N'AS PAS COMPRIS QUE JE T'AI PIGEONNE ?
- Pigeonné ?!
- OUI. D'AILLEURS, J'Y PENSE TOUT JUSTE, IL ME RESTE UN TRUC A FAIRE.
- Un truc ? Quel truc ?
- CA VA TE PLAIRE. C'EST LA PARTIE OU JE T'ECRABOUILLE ET OU TU REJOINS TES ANCÊTRES.
- Que... Abatik ! Elle a le droit de faire ça ?
- Je vous l'avais dit, Maître : foireux.
Abatik soupira, et fit un geste fatigué à Mezz qui attendait un peu plus loin.
- Mezz ! Ramène-toi ! Et tu me dois 10PO, au passage...
- MEURS, MORTEL ! JE VAIS TE... JE... PAR LA MALP... FOUTUE ROBE !
Llégion, bien qu'estomaqué par le manque de reconnaissance de la déesse, réussit à l'esquiver quand elle se prit les pieds dans sa robe et s'effondra au sol en pestant.
Mezz se jeta sur elle, profitant de ce qu'elle soit empêtrée dans sa robe, tandis que Llégion incantait ses malédictions.
Abatik poussa un nouveau soupir et se mit à discuter avec Zaza qui s'était assis à ses côtés.
- C'est toujours pareil, avec ces fichues divinités. On se casse le cul à les aider, et elles vous envoient paître.
- Wif !
- Ou alors, c'est le coup des calamités. Remarque, moi j'aime bien, les fidèles se tournent souvent vers les forces du Mal ensuite...
- Wof !
- Ouais, c'est vrai, seulement les survivants... Mais ils sont durs et du genre énervés, ce qui, l'un dans l'autre, est plutôt sympa.
- Wouf ?
- Un certain nombre, oui. J'ai pas mal roulé ma bosse, tu sais.
- Wof.
- Bof. Je dirais que celle-là, elle est dans la moyenne.
- Wif !
- C'est normal. Ils sont tellement occupés à pourrir la vie des mortels et à soigner leur look qu'ils oublient les petits détails du genre "savoir se battre".
- Wouf wof.
- Je ne sais pas... Il se débrouille bien, avec ses malédictions... Et Mezz est encore en vie.
- Bwouf ?
- Il progresse, il progresse... En plus, je le trouve louche, ces temps-ci... Je sens comme un coup fourré en cours...
- Wif !
- C'est bien toi qui a raison, tiens. Au fait, elle est passée où, Seln ?
Le Chasseur Infernal haussa les épaules d'un air éloquent et fit un signe de tête vers un rocher où la Succube avait installé une serviette et prenait le soleil.
Abatik grimaça.
- Notre Maître a raison : elle pourrait suivre, de temps en temps...
Zaza haussa à nouveau les épaules avec son air "Elle est comme ça, on ne la changera pas, en plus, ça fait partie de son charme".
Abatik fit une petite tape sur la tête du démon et sursauta légérement quand un dernier sortilège acheva la déesse et la fit s'abattre au sol dans un grondement de tonnerre.
- NON !!! PAR LA MALP... !!!
Llégion leva les poings au ciel.
- Rhaaa ! Par la malepeste ! Pour une fois que je tenais une déesse en mon pouvoir, elle veut me tuer ! Ras-le-bol !
- Dommage, Maître. Et puis, je ne sais pas... Elle avait comme un petit quelque chose de... comment dire... de familier. Vous n'avez pas remarqué ?
- Remarqué quoi ? Qu'elle voulait conquérir le monde ? Qu'elle était même pas foutue de tenir sur ses jambes sans se prendre les pieds dans le bas de sa robe ? Moi, j'appelle ça une naze. Bon, Mezz, fouille-la. J'espère qu'elle a des trucs de bien, au moins...
Abatik et Zaza se lancèrent un regard éloquent, puis haussèrent en même temps les épaules.
Moustaches souffla discrétement de soulagement. Heureusement que cette déesse n'était pas de taille, sinon elle aurait pu... Mais maintenant, il allait pouvoir reprendre là où il en était.
Puis le rat pissa sur un caillou qui passait par là.
***
Chapitre 75 : La robe
- K'ek k'y gveulent les bœufs ? *hips*
Vimayre fronça les narines. Comme tous les Taurens, il avait l'odorat sensible, et la Démoniste affalée sous un arbre devant lui puait l'alcool à cent mètres.
- C'est vous, Menera ? Je cherche un Démoniste du nom de Llégion.
- Gparlez pas tous en gmême temps… *hips*
- Llégion. Mort-Vivant. Grand, chauve, con. Démoniste.
- *blurp*
Menera vomit sur les sabots de Vimayre et s'écroula en riant bêtement.
Cinq minutes plus tard, Vimayre souleva une Menera trempée et légèrement plus sobre, après l'avoir plongée plusieurs fois dans l'abreuvoir.
- J'ai besoin de réponses ! Llégion !
- P'rquoi zavez fait za ?
- Vous êtes ivre !
- Pas touchée une goutte depuis ma cure… *hips*
- Llégion ! Par la malepeste, vous allez me dire où il est !
- Z'ai connu un type qui gparlait com' vous. Tenait pas en plaze… *hips*
- Et… ?
- Voulais une robe. Moi j'ai dit, une robe, c'est pour les filles, mais lui y voulait sa robe… *hips*.
- Il est parti où ?!
- J'y ai donné le… le truc, là, avec des dessins, pour faire la… bidule.
- Où ?!
- Même que c'est quand les… les meumeuhs, là, *hips* m'ont dit que l'alcococococococool c'était… nifi pour gmoi ! *hips*
- Pitons du Tonnerre ? Il était à Pitons du Tonnerre ?
- Hein ?
- En hauteur ! Beaucoup de vent !
- Ah, ouais… *hips* Même que quand j'ai gvomi, le type en dessous il était vert… *burp*
Vimayre lâcha Menera qui s'effondra par terre, secouée d'un rire d'ivrogne. Puis elle essaya de se lever, échoua et finit par s'allonger et par s'endormir en ronflant copieusement.
Pitons du Tonnerre. Au moins, un coin civilisé. Et sur le même continent…
***
Chapitre 76 : Cinq colonnes à la Une !
Abatik était tranquillement installé sur un rocher, assis en tailleur, et lisait "L'Echo des Enfers", le quotidien de référence concernant l'actualité d'en-bas.
Mezz tenait comme tous les jours son atelier syndical. Abatik avait cru comprendre que le thème du jour portait sur la question des griffes et serres, d'où la présence de nombreux raptors et araignées, et même quelques Ogres venus discrètement de leur repaire au sud d'Arathi.
L'atelier était régulièrement troublé par Zaza qui ne comprenait pas, malgré les rappels à l'ordre de Mezz, que les raptors ne veuillent pas jouer avec lui. Abatik avait mis un moment avant de comprendre que le Marcheur du Vide utilisait en réalité les interruptions du Chasseur Infernal pour déstabiliser et manipuler son auditoire.
Somnolant au pied de son rocher, Moustaches paraissait indifférent à son environnement, et s'agitait de temps en temps pour se gratter le flanc ou pour se nettoyer le museau. Abatik l'observait en douce, toujours aussi intrigué.
Un jour, il va falloir que je m'intéresse de plus près à ce rat, pensa le Diablotin. Il est quand même sacrément bizarre...
Enfin, au milieu des pierres du cercle druidique, dans un calme et un silence impressionnant étant donné les personnalités des deux protagonistes, Llégion et Seln étaient assis en tailleur, les yeux clos, respirant profondément et sereinement.
Abatik devait bien avouer que son Maître avait changé, et en mieux. Certes, il s'énervait toujours autant, râlait, tempêtait, etc. Mais depuis quelques temps, ses résultats étaient de plus en plus impressionnants, et ses réussites nombreuses.
Non seulement il progressait et apprenait, mais surtout, Seln l'avait converti au yoga...
Abatik avait parié avec Mezz que leur Maître ne tiendrait pas une heure. Et il avait perdu. Cela avait tellement surpris le gros bleu lui-même qu'il avait oublié de réclamer le pari.
Ainsi, Llégion et Seln, régulièrement, se trouvaient un coin tranquille et pratiquaient leurs exercices et leurs méditations.
Ca n'était pas le premier Démoniste s'installant dans un coin tranquille pour faire des "exercices" avec sa Succube. Abatik avait beaucoup connu de Maîtres, et avait l'habitude.
Mais de ce genre-là, c'était bien la première fois ! C'était finalement assez reposant, et ça permettait au Diablotin de faire une pause, et de rattraper son retard de lecture.
Abatik termina son journal et le jeta négligemment à sa gauche, où un tas gigantesque menaçait déjà de s'effondrer. Puis il prit le journal suivant sur la pile à sa droite.
Abatik croyait aux vertus du recyclage des vieux papiers, mais en ce qui le concernait, c'était aux autres de se taper le sale boulot.
Il jeta un oeil sur la Une, puis se figea à la vue du titre principal. Au même moment, quelque chose attira son attention à la limite de son champ visuel.
Moustaches avait levé la tête et regardait lui aussi le journal, mais la dernière page. Puis, sentant qu'Abatik le regardait, il éternua bruyamment et prit l'air de rien.
Abatik n'était pas un débutant, loin de là, mais ce rat... On aurait pu jurer que rien ne s'était passé, mais il se connaissait suffisamment bien pour ne pas ignorer son soupçon.
Précautionneusement, tout en continuant à regarder le rat du coin de l'oeil, Abatik retourna le journal et commença à regarder les articles. De son côté, le rat se mit à se gratter.
Il fut déçu. Aucun article ne paraissait suffisamment intéressant pour qui que ce soit :
* résultats des sports - les Damnés de la Terre battus 1500 à 0 par les Diables de Tasmanie ;
* les petites annonces - jeune Succube esseulée cherche vieux démon luxuriant pour pervertir royaume décadent et plus si affinités ;
* la météo - immensément chaud et sec, comme d'habitude ;
* les faire-part - M. et Mme Cthulhu ont la douleur de vous faire part du mariage de leur fils Nyarlatotep, Abomination des Abysses, avec Sophie Petibidon, coiffeuse – ni condoléances ni quolibets, merci ;
* ainsi que l'inévitable strip de quatre cases narrant les aventures de Pim, Pam et Belzébuth - l'histoire du jour narrait comment Pim écorchait vif le Capitaine et dévorait son foie.
Abatik regarda à nouveau le rat, qui avait replongé dans le sommeil. Oui, vraiment bizarre ce rat... Un de ces jours...
Mais là, Abatik avait autre chose à faire. Concernant la Une du journal datant du mois précédent. Comment avait-il pu rater ça ?! Maintenant, il allait falloir l'annoncer à Llégion, et ça allait être folklorique...
- Hum... Maître ?
- Mmmmmmmmmmm...
- Maître ? Je dois vous parler.
- Chhhttt...
- Heu... Ca concerne la monture de Démoniste, Maître.
- On verra ça plus tard... Pas le niveau... Mmmmmmmmmm...
- Hem... C'est-à-dire... Maître ? Les règles ont changé. Vous n'avez plus la monture au 40e cercle.
Abatik serra les dents et ferma les yeux en attendant l'inévitable explosion de colère. A moins que le yoga ne l'ait vraiment anesthésié. Après tout, Llégion était devenu beaucoup plus calm...
- QUOI ???
En fait, non.
***
Chapitre 77 : Drag queen
- Tu pues l'alcool, frère. Ceci n'est pas digne d'un Tauren. Tu devrais rester ici un moment, et rencontrer le docteur.
Vimayre avait rejoint la capitale de son peuple par voie aérienne, et malheureusement, l'atmosphère éthylique de Menera avait déteint sur lui. Et les Taurens n'était guère tolérants envers les buveurs.
Surtout ceux du centre de désintoxication.
Il réussit à ne pas mettre son poing dans le visage du chargé d'accueil, et commença son interrogatoire.
- Je cherche un Mort-Vivant, un Démoniste, qui a dû rencontrer une alcoolique Morte-Vivante que vous avez soignée. Menera.
- Je m'en souviens. Un cas difficile, mais l'équipe médicale a appliqué une nouvelle méthode révolutionnaire. Il est certain que dorénavant, elle ne touchera plus jamais d'alcool de sa vie.
Vimayre réussit à ne pas avoir l'air trop gêné. Une nouvelle méthode révolutionnaire… Bien sûr…
- Et le Mort-Vivant ? Grand, chauve, peu fûté. Plein de démons avec lui.
- Alcoolique ?
- Pas à ma connaissance.
- Alors désolé, mais pour moi, les non-buveurs se ressemblent tous.
- Je… Probablement très énervé. Râleur.
- Ah oui ! On l'a entendu dans tout Mulgore ! Il a causé à Menera – je vous ai dit qu'elle a rejoint la Ligue Anti-Alcoolisme ? Ca fait plaisir à voir, vous savez !
- Oui, oui… Llégion ?
- Il doit être gay.
- Gay ?
- Il portait une robe de femme. Très énervé, il ne devait pas avoir l'habitude…
- Alors qu'en fait, c'est très confortable.
Vimayre et le premier garde lancèrent un regard surpris sur le second garde qui venait d'intervenir.
- ... Passons. Et vous savez où il est parti ?
- Il a gueulé "Vers Arathi, bande de nuls !" Oui, très énervé. Vous êtes sûr que vous ne voulez pas voir le docteur ? On fait des promos sur les cures.
Vimayre tourna les talons et se dirigea vers la plate-forme des wyvernes. Il n'était même plus surpris de devoir changer de continent…
***
Chapitre 78 : Jamais content !
Llégion s'était relevé et posté devant le Diablotin réfugié derrière son journal.
- La monture, Maître. Vous ne l'avez plus au 40e cercle.
- Tu te fiches de moi ?!
Derrière, Seln commença à se plaindre.
- Mais mon roudoudou... J'allais atteindre la plénitude, là. J'étais TELLEMENT bien !
- Seln, c'est pas le moment. Alors ? Abatik ?
- C'est dans le journal, Maître. En gros titre.
- (voix caverneuse) Ca ne dit pas tout à fait cela, Maître.
Mezz avait laissé ses élèves s'entretuer, après qu'une araignée ait lâché l'air de rien que seuls les animaux avec huit pattes pouvaient prétendre à occuper le sommet de la pyramide sociale, en aucune manière des lézards.
L'un des trois raptors présents avait alors fait remarquer que cela lui ferait mal que de simples mangeurs de mouches se mettent à faire la loi dans la région.
Une araignée s'était ensuite interrogée à haute voie sur l'utilité d'avoir des moignons de mains si c'était pour ne se servir que de leur gueule, par ailleurs très grande.
Un raptor avait fait remarquer au même instant que quand on a des centaines d'yeux, et qu'on est myope, c'est qu'on est vraiment débile. Alors pour le sommet de la pyramide sociale…
L'un des Ogres, un peu plus rapide que ses congénères, avait alors demandé qu'on lui explique les mots "lézards", "mangeurs de mouche", "moignons" et "débile".
Les araignées et les raptors étaient finalement tombés d'accords pour régler ça de façon naturelle, c'est-à-dire en s'entretuant.
Les Ogres s'étaient jetés dans le combat au hasard, parce qu'il n'y avait pas de raison que ce soient toujours les mêmes qui rigolent.
- Et ça dit quoi exactement, Mezz ?
- (voix caverneuse) Et bien, Maître...
- Rhhhaaa ! Passe-moi ce journal, par la malepeste !
Llégion arracha le journal des mains du Diablotin et commença à le lire. Abatik et Mezz se regardèrent et commencèrent à reculer subrepticement.
Seln, quant à elle, toujours aussi concernée, était partie jouer avec Zaza.
Llégion relit l'article une deuxième fois puis, calmement, replia le journal et le tendit à Abatik. Lequel le prit en rentrant la tête dans les épaules.
- Donc, si je comprends bien, "ils" ont décidé de changer les règles d'accès aux montures. C'est ça ?
- Oui, Maître.
- Et ça prend effet immédiatement, c'est ça ?
- (voix caverneuse) C'est cela, Maître.
- Et donc, maintenant, les montures ne sont plus accessibles au 40e cercle, mais... Abatik, toi qui as le journal, tu peux me rappeler le niveau maintenant ?
- Euh... 30e cercle, Maître.
- Donc, si je comprends bien, j'aurais pu avoir cette monture depuis... Seln ? Histoire de t'intéresser un peu à ce qui se passe ici.
- Mais je m'intéresse, mon Llélé ! Tu es du 38e cercle ! Je le sais parce que c'est pile le double de mon âge en siècles ! Mais il parait que je fais beaucoup moins... A peine 1600 ans. Hein mon Zaza, que Maman fait toute jeune ?
- Wif !
- Même que Maman a été surprise que son Llélé n'ait pas demandé la monture avant. Hein qu'elle a été surprise, Maman ? Mais oui, c'est un adorable petit canaillou, ça !
- Wif ! Arf...
- Ben quoi, les garçons, j'ai dit une bêtise ?
Abatik et Mezz s'étaient retournés vers la Succube et la regardaient les yeux écarquillés. Llégion aussi.
- Par la malepeste ! Tu étais au courant et tu ne m'as rien dit ?!
- Respirez, Maître, vous devenez bleu.
- Mais si, je te l'ai dit, mon choubichounet. Mais tu es TELLEMENT pas attentif à ce que je dis. Tu fais "Oui, oui", mais tu n'écoutes jamais. Hein mon Zaza que Papa n'écoute jamais Maman ?
- Wif ! Grrr...
- Mais tu ne m'as jamais...
Llégion s'arrêta au milieu de sa phrase. Dans un coin de sa mémoire, un souvenir furtif lui faisait un signe timide de la main avant de s'enfuir en courant.
- Rhhhaaa ! Mais tu aurais pu me le dire que c'était important !
- Mais tu n'écoutes jamais, mamour !
- Bien sûr ! Mais si tu m'avais dit que c'était important, je t'aurais écouté !
- Je n'arrête pas de te le dire, mais tu t'en fiches ! Tu es TELLEMENT méchant avec moi ! Parfois, je me dis que j'aurais dû écouter ma mère.
- Par la malepeste ! Ne mêle pas ta mère à ça !
- Bouhouhou... je n'aime pas quand tu cries...
- Wouf ! Wouf !
- Rhhhaaa ! Par la malepeste !
Abatik et Mezz se regardèrent en soupirant. Puis, laissant Llégion et Seln refaire la grande scène du 3, Abatik se réinstalla sur son rocher et repris sa lecture, tandis que Mezz alla voir si une motion commune avait pu être trouvée entre les araignées et les raptors.
Moustaches sourit intérieurement. Le Diablotin était futé, mais pas assez pour comprendre. Il lui manquait trop d'éléments. En tout cas, les nouvelles étaient plus que bonnes, s'il devait en croire le journal.
Puis le rat éternua.
***
Chapitre 79 : Les cavaliers de l'Apocalypse
- Repos, soldat ! Alors ! On vient rejoindre la fière armée de l'Alliance ?
Vimayre retint une grimace. Grâce à son appartenance à la Confrérie, il avait pu être reçu par le commandant de la garnison de Stormgarde, après qu'un Réprouvé rencontré sur la route lui ait appris que Llégion avait été envoyé là-bas.
- Je cherche un Mort-Vivant, qui vous aurait été envoyé en mission.
- Correct ! Cette vermine malfaisante a bien été repérée devant le Repaire de l'Ornière !
- Et ?
- L'ennemi susnommé a attaqué une de nos patrouilles ! Malgré le courage et la vaillance de nos soldats, le suppôt du Mal a vaincu !
- C'est triste. Et vous ne sauriez pas où il est allé ensuite ?
Le commandant regarda Vimayre d'un air suspicieux.
- Vous le cherchez pour quoi, mon gars ?
- Il a quelques soucis avec notre organisation.
- Excellent ! Ce salopard a éventré nos vaillants soldats après les avoir vaincu grâce à sa lâcheté ! Pas de pitié, pas de quartier !
- Euh… Certes, mais si vous avez une piste…
Le commandant se caressa le menton d'un air songeur.
- La vermine malfaisante n'a pas été repérée sur les voies d'évacuation de la zone de conflit !
- Ce qui veut dire ?
- J'en sais foutrement rien, de là où il a été ensuite ! Mais moi, à votre place, je jetterai un œil sur ces foutus cercles maléfiques qui encombrent le paysage. Vu que c'est un suppôt du Mal.
- Pas bête… Merci de l'aide, commandant.
- Pas de soucis, mon gars ! Pour l'Alliance !
Vimayre sortit des ruines de Stormgarde, sa carte à la main. Les cercles d'invocation… En espérant trouver quelqu'un qui aurait vu quelque chose, bien sûr.
***
Chapitre 80 : Hue, cocotte ! !
- Tiens donc, regardez qui voilà...
Llégion se tenait respectueusement devant la Maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse. Lucifer avait voulu l'attraper dès qu'il l'avait vu pour le plonger dans le canal, mais sa maîtresse l'en avait empêché.
Soi-disant qu'il fallait une raison...
Maintenant, il boudait dans un coin, rejoint par Seln qui n'avait pas encore décidé de mettre fin à la dispute avec son Maître.
- Bonjour, Madame. Comment allez-vous en cette belle journée ?
- Tu es si énervé que cela, petit ?
- En effet, mais... excusez-moi, Madame.
Llégion s'éloigna de quelques pas et...
- RHHHAAA !!! Par la malepeste !
... puis il revint vers la Démoniste.
- Où en étais-je... Ah, oui. Je viens m'enquérir très respectueusement de la monture démoniaque, Madame.
- Je suis impressionné. Tu progresses, petit, tu progresses... Il aura du mal avec toi, finalement.
- Merci, Madame. Et concernant la monture ? Madame ?
- Effectivement, les règles ont changé. Je peux t'apprendre à invoquer un cheval démoniaque. Mais pour cela, il te faudra accomplir une série de quêtes longues et délicates.
- Je m'en doutais, Madame.
- Bien sûr... Tu as entendu parler du Temple Englouti ?
- Ah. Oh. Le Temple Englouti. Madame. J'en ai entendu parler. Excusez-moi, Madame, mais m'autorisez-vous à aller exprimer mon irritation un peu plus loin ? Et je pense que je pleurerais un peu, aussi. Madame.
- Bien sûr, petit. Mais avant cela, j'ai une chose à te dire.
- Oui, Madame ?
- Je plaisantais. L'invocation de ta monture ne te coûtera que 80PA. Là, tu peux aller "exprimer ton irritation", petit.
- Merci, je reviens, Madame.
Llégion fit demi-tour et s'éloigna encore une fois de quelques pas…
- RHHHAAA !!! PUTAIN DE SALOPERIE DE DEMONISTE A LA CON !!! PAR LA MALEPESTE !!! RHHHAAA !!!
… puis revint vers la Démoniste.
- Merci, Madame, ça va mieux. Donc, 80PA. Tenez, Madame.
- Tiens, prends ceci. Ce sont les rênes maudites qui vont te permettre d'invoquer ton nouveau démon. Au fait, j'espère que tu sais monter à cheval...
Llégion prit solennellement les rênes des mains de la Démoniste, puis s'inclina et se dirigea vers la sortie de Fossoyeuse. Quitte à invoquer un cheval, autant le faire en extérieur.
Lucifer lui lança un regard noir au passage, et se jura de le plonger quand même dans le canal la prochaine fois. Qu'il ait une raison ou pas.
Abatik, Mezz, Seln et un Zaza toujours gambadant le suivirent. Seln continuait à faire la tête, la moue boudeuse et les bras croisés, ce qui accessoirement faisait ressortir encore plus sa poitrine.
Profitant que son Maître venait de se casser la figure - Par la malepeste ! Marre de cette fichue robe ! - Abatik se rapprocha l'air de rien de la Maîtresse des Démonistes, qui lui lança un sourire carnassier.
- Au fait, Madame, j'ai noté une phrase tout à l'heure, que mon Maître n'a pas relevée. Vous avez dit "Il aura du mal avec toi, finalement".
- Tu en es sûr, petit démon ?
- Sûr et certain, Madame. J'aimerais en savoir plus...
La Démoniste sourit à nouveau, découvrant des dents limées et pointues. Puis elle se pencha vers le Diablotin.
- Quelqu'un est venu me voir. Quelqu'un qui cherche ton Maître.
- Beaucoup de gens le cherchent en effet, Madame.
- Et il n'a pas l'air très amical.
- Cela va souvent de paire avec le fait de le chercher, Madame.
- C'est un Chasseur.
- Mon Maître les méprise assez, c'est vrai, Madame. Mais en même temps, il méprise tout le monde...
- Un Tauren.
- Effectivement, c'est étrange. Il est vrai que mon Maître fréquente peu les Taurens, Madame. A cause de l'odeur.
- Une histoire d'argent.
- Il est de notoriété publique que mon Maître a toujours des soucis d'argent, Madame. C'est même chez lui une sorte de principe philosophique.
- Datant d'avant sa mort.
- Je crois savoir qu'il avait de lourdes dettes de cette époque, Madame.
- Ce Tauren est tenace, manifestement.
- Ils le sont tous au début, Madame. Puis ils se lassent. C'est un des talents de mon Maître.
- Celui-là ne se lasse pas.
- Les Taurens sont patients, il est vrai, Madame. Mais même eux se fatiguent au bout d'un moment.
- Il appartient à la Confrérie des Collecteurs.
Abatik ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma lentement.
- La Confrérie, Madame ? Vous êtes sûre ?
- J'en suis membre, petit. Il semblerait que mes confrères aient décidé de clore le dossier de ton Maître. Je me suis laissée dire qu'il commençait à encombrer. Beaucoup.
- ...
- Ton Maître va avoir des ennuis, petit. Je l'aime bien, il me rappelle moi quand j'étais moins desséchée. Mais ce Tauren est ambitieux, et tenace. Et son retard commence à s'amenuiser.
- Je... crois... que... je vais d'abord me renseigner avant d'en parler à mon Maître, Madame.
- C'est peut-être mieux, en effet.
- Il n'a pas besoin de nouveaux soucis, Madame. Pas tout de suite.
- Peut-être.
- Bon, alors j'y vais, Madame ?
- Ce serait bien, en effet. Ton Maître t'attend.
- Au fait, vous ne m'avez pas dit son nom, Madame.
- Il s'appelle Vimayre, petit.
- Alors au revoir, Madame.
Le front soucieux, Abatik revint vers son maître qui l'attendait impatiemment mais n'avait pas osé interrompre la Démoniste.
- Alors ? On peut savoir ce que tu faisais ?
- Hum ? Oh, rien, Maître. Je voulais avoir quelques nouvelles d'en-bas.
- Tu en auras avec le canasson. Allez, amenez-vous tous.
Abatik laissa Llégion le devancer de quelques pas et, discrètement, parla à Mezz.
- On a un problème. Et il vaut mieux que notre Maître ne soit pas au courant... pour le moment.
- (voix caverneuse) Quel problème, collègue ?
- On en reparlera tout à l'heure.
Moustaches était contrarié. La nouvelle n'aurait pas dû être révélée si vite. Et en plus, ce Tauren allait beaucoup trop vite... Il allait falloir agir.
Puis le rat se mit à trottiner derrière le Démoniste.
***
Chapitre 81 : La déesse
- Vous savez le temps que ça nous a pris ? Et lui, il vient tout casser ! Bouhouhou... Méchant Mort-Vivant ! Méchant !
Vimayre avait assez vite trouvé la trace de Llégion. Il faut dire qu'un cadavre de déesse géante, ça se remarque... Surtout entouré d'une dizaine de prêtres épleurés - et en robes à paillettes...
- Je cherche un Mort-Vivant, justement. Un Démoniste, grand, chauve, l'air con.
- Oh le vilain ! C'est lui qui a tué notre gentille déesse ! Je le hais ! Hein qu'on le hait, Zéphyr ?
Le dénommé Zéphyr - un autre prêtre tout aussi "viril" - se retourna, un mouchoir de soie brodé à la main.
- Oh oui, ma chérie. Il a été très vilain ! Je l'ai vu - bouhouhou ! - invoquer notre gentille déesse et la tuer. Vilain !
- Et bien... En fait, je lui veux du mal. Vous sauriez où il serait allé ?
- Vous allez lui faire du mal ? Beaucoup ? La chance...
- Euh... Hem. *voix très grave* Si je preneur de toute piste que vous pourriez me fournir.
- Nous aussi on prend...
- Oui, mais là, non, pas le temps, tout ça, vous savez ce que c'est, hein ? Bon, pour Llégion ?
Le prêtre soupira, un petit sourire charmeur au visage.
- Dommage, beau Tauren... Il est parti, mais on ne sait pas où.
- Ca ne m'arrange pas, ça.
- Mais nous, on l'a cherché. Partout partout ! Et bien, vous n'allez pas le croire, il a campé un peu plus loin, près du cercle nord. Mais chut ! Normalement, c'est un secret, parce que nous, on veut aussi le trouver. Mais pour un beau Tauren comme vous...
Vimayre fit un pas en arrière tandis que le prêtre se rapprochait.
- Bien bien. Le cercle nord ? Excellent ! J'y vais de suite ! Adieu !
- Au revoir, beau Tauren... Et reviens nous voir !
Vimayre s'enfuit plus qu'il ne partit. Bon sang ! Quel monde de débiles !
***