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Chapitre 82 : Ghostriders in the sky

 

 

Llégion s'arrêta à l'entrée des ruines sous lesquelles les Réprouvés avaient bâti Fossoyeuse. Il sorti de sa poche les rênes données par la Démoniste, et entreprit de déchiffrer le rituel inscrit dessus.

 

Les rênes étaient légèrement chaudes au toucher, et les inscriptions gravées dessus semblaient être faites en lettres de flamme.

 

- Bon, vous tous, il semblerait que, POUR UNE FOIS, cette invocation soit simple. Pas de démon à tuer, pas d'innocent à égorger à l'autre bout du monde, et pas de truc bizarre dont on ne sait que faire. D'ailleurs, tu as compris, toi, Seln, à quoi sert ce satané goupillon ? Il est où, d'ailleurs ?

- Et bien, mon Llélé... Zaza ! Reviens ici !

 

Zaza, qui s'était couché aux pieds de sa "maman" et n'avait absolument pas envie de la quitter, leva la tête d'un air surpris en l'entendant l'appeler.

 

Il lui lança un regard du type "mais qu'est-ce que tu racontes ?", auquel elle répondit par un regard "je t'en prie, aide-moi à faire diversion !".

Zaza lui répondit par un regard "c'est quoi encore cette histoire ? Je faisais la sieste, là". Ce à quoi la Succube lui rétorqua par le regard "arrête de discuter et fais-le, sinon je te prive de caresses".

Zaza, pas naïf, répondit par le regard "bien sûr, je te crois, de toutes façons tu ne tiendras pas 2 minutes, vu que c'est toi qui n'arrête pas de me faire des mamours", s'attirant en réponse un regard "bon sang, je te demande juste de faire comme si, c'est pas compliqué, non ?!"

Zaza râla encore une fois avec le regard "franchement, la prochaine fois, préviens moi avant, parce que j'allais m'endormir et que j'ai mal aux pattes". Ce à quoi Seln répondit par le regard "merci, mon Zazounet d'amour ! Ta maman t'adore ! Hein que ta maman t'adore, mon Zaza !"

 

Puis Zaza se leva péniblement et partit en trottinant quelques mètres plus loin, se retournant de temps en temps pour voir si la Succube approuvait.

 

- Zaza ! Je t'ai dit de revenir ! Et plus vite que ça !

 

Observant le petit manège avec étonnement, Llégion allait lancer son fameux regard "Rhhhaaa ! Par la malepeste ! Ces quoi ces fichus regards ! Et tu ne m'as pas répondu sur ce satané goupillon !" quand Abatik intervint.

 

- Maître, vous oubliez l'invocation.

- Ah, oui, heureusement que tu es là, Abatik. Bon, voyons voir ce truc...

 

Llégion commença à lire les étranges symboles gravés sur les rênes, accomplissant en même temps une série de passes avec les mains.

 

Il y eu l'habituelle déchirure dans le tissu de la réalité, donnant à apercevoir brièvement une partie des Enfers.

Puis la déchirure se mit à se troubler, tandis que dans les mains du Démoniste les rênes se mettaient à devenir de plus en plus chaudes et à fumer.

 

Une chose étrange se produisit alors.

 

Llégion eut la brève vision d'un étrange cavalier-squelette, au crâne en flammes et armé d'une chaîne d'acier en fusion, assis sur une monture métallique elle aussi en flammes.

La monture ne ressemblait à rien de connu, et tenait plus de la carriole que du cheval, mais en plus étroit et avec moins de roues.

Le cavalier le regarda dans les yeux, faisant se glacer le sang du Démoniste.

 

Enfin, c'était l'idée, mais vu que Llégion n'avait plus une goutte de sang depuis plus de 50 ans... il ressentit juste un léger picotement sur la nuque.

 

Puis il tendit un doigt squelettique et enflammé vers le Démoniste. Dans sa tête, une voix sèche et impitoyable lui dit :

 

- Je vois tes péchés.

 

Llégion alla rétorquer "Et alors ?", vu qu'il s'en fichait complètement, mais le cavalier fit un geste des mains sur les "rênes" de sa monture qui se mit à rugir avec des accents métalliques.

Puis, faiblement, il entendit comme une étrange mélopée venue du fond des Enfers. Ses paroles étaient incompréhensibles, mais le rythme envoûtant.

 

- Yippie yi ohhhhh, Yippie yi yaaaaay, Ghooooost Ridersssss in... the skyyyy...

 

Un coup de tonnerre ébranla alors le ciel, faisant s'évanouir la vision et la mélopée. Un éclair jaillit de la déchirure, éblouissant Llégion et ses démons.

 

Puis le silence se fit.

 

Llégion mit quelques secondes à reprendre ses esprits et à recouvrer la vue. Il les mit à profit pour exprimer son agacement - Par la malepeste ! - et pour souffler sur ses mains endolories par la chaleur dégagée par les rênes.

 

Puis il leva la tête et se trouva nez à museau avec...

 

 

***

 

 

Chapitre 83 : Un coin tranquille

 

 

Vimayre venait d'apprendre un nouvel élément sur sa cible. Llégion était bordélique.

Dommage que cela soit totalement inutile comme information...

 

Le Tauren soupira, et entreprit de fouiller ce qui restait du campement vide. Il l'avait trouvé près du cercle nord d'Arathi, entouré d'un tas d'animaux morts ainsi que de quelques cadavres d'Ogres - pourtant absents de cette zone normalement.

Vimayre avait du mal à comprendre. C'était comme si une partie de la faune locale - des araignées et des raptors essentiellement - s'était retrouvé à cet endroit pour s'entretuer, avec au milieu les Ogres en question.

 

Il y avait aussi un énorme tas de journaux près d'un rocher.

 

Et rien d'autre. Aucune trace de Llégion ou de ses démons.

 

Vimayre sourit. Enfin un défi à sa sagacité !

Il observa la scène, et remarqua alors qu'en fait, il y avait deux tas de journaux : un rangé en pile, et l'autre désordonné, comme s'ils avaient été jetés par terre après lecture.

Contrairement au premier tas, qui lui n'avait pas dû être lu.

Donc quelque chose - ou quelqu'un - avait interrompu le lecteur.

Le combat des bestioles ? Peut-être. Ou alors... le journal trainant seul entre les deux tas.

 

Vimayre le ramassa et grimaça. La première page manquait, arrachée avec violence apparemment.

Donc... Une information qui aurait provoqué une réaction. Mais laquelle ?

 

Le Tauren jeta un oeil sur les autres journaux : "L'Echo des Enfers". Logique. Mais pour retrouver la page manquante...

Par acquis de conscience, il parcourut quelques journaux avant et après celui à la page arrachée, mais ne trouva rien pouvant l'aider. "L'Echo des Enfers", manifestement, ne croyait pas au suivi des informations…

 

Vimayre pesta et sortit de son sac un carnet. La seule option, maintenant, était de trouver un autre exemplaire de ce numéro. En espérant qu'il ne soit pas obligé d'aller trop loin pour ça…

 

- Lune d'Argent. Tiens, c'est sur le même continent. Etonnant.

 

Rangeant son carnet, Vimayre se dirigea vers le Trépas d'Orgrim pour prendre le prochain vol de wyverne.

 

 

***

 

 

Chapitre 84 : L'Enfer, c'est les autres

 

 

Nous allons maintenant faire un petit aparté, qui remplira le quota culturel normalement obligatoire mais quelque peu délaissé depuis le début de notre récit…

 

 

Il existe une multitude d'Enfers et de démons dans l'univers. Techniquement, il en existe même une infinité, sans parler de ceux que les mortels se fabriquent eux-mêmes.

Une source traditionnelle d'inspiration pour les habitants d'"en-bas".

 

A une époque, les démons les plus puissants avaient même établi un programme de stages de perfectionnement dans un certain nombre d'univers, pour voir ce qui existait et ce qu'ils pouvaient en retirer.

 

Ils en étaient revenus avec deux constats : 1/ les mortels ont une imagination extrêmement fertile concernant la vie après la mort, surtout les passages avec des ustensiles étranges et des flammes éternelles, et 2/ jamais les Enfers ne pourraient rattraper leur retard dans ce domaine.

 

Le service créé pour programmer les stages avait donc été dissout, ses démons avaient été mutés au Service Après-vente - où jamais personne ne mettait les pieds - et il ne fut plus jamais question d'aller voir ailleurs si les autres faisaient mieux.

On a sa fierté, même chez les démons.

SURTOUT chez les démons, en fait.

 

Il est à noter que le problème de l'infinité d'Enfers existants gênait considérablement la communication autour d'eux.

En effet, comment convaincre les mortels de rejoindre l'Enfer où on découpe les gens en rondelles, quand ils ne connaissent que celui où on épluche les gens tous vifs - tout ça grâce à un budget com' conséquent qui avait permis la création d'une secte d'éplucheurs fanatiques dans un monde passablement peuplé - moins d'ailleurs depuis la création de ladite secte.

 

De fait, tous les mortels se ruaient sur les Enfers les plus à la mode, délaissant ceux trop pointus ou sans suffisamment de moyens pour se faire connaître.

 

Ainsi, l'Enfer où on brûle dans une éternité de tourments ne désemplissait pas, obligeant les responsables à racheter à prix d'or des Enfers mitoyens pour tout raser et construire de nouveaux bûchers.

Alors qu'à côté, l'Enfer où on souffle sur les gens n'avait jamais réellement réussi à percer. Pour être honnête, il ne comprenait qu'un seul damné, l'unique membre d'une religion autoproclamée détestant le moindre mouvement d'air.

Un cas très rare d'aérophobie.

 

Le problème, c'est que ces Enfers n'arrivaient pas à tenir leurs budgets, et il fallait utiliser les excédents de ceux bénéficiaires pour compenser les déficitaires.

L'Enfer où on brûle dans une éternité de tourments, pour ne citer que celui-là, permettait de financer environ 753 millions d'Enfers peu fréquentés.

Dont celui où on souffle sur les gens, qui employait quand même 45 démons assermentés à temps plein. Un véritable gouffre financier, donc.

 

Un démon avait bien essayé de mettre de l'ordre là-dedans, en supprimant les services inutiles, en regroupant les Enfers semblables - ainsi, on aurait fusionné l'Enfer où on brûle la plante des pieds avec celui où on brûle les talons - et en établissant un roulement chez les damnés, pour diminuer l'affluence dans les Enfers les plus populaires au profit de ceux moins connus.

 

Sauf que les démons sont par essence très traditionalistes, et attachés à un service au client personnalisé et de type artisanal.

Et surtout, ils détestent recevoir des ordres.

 

Le démon, un certain Physkal, fut remercié et envoyé en mission en Azeroth, où son intérêt envers l'argent et l'efficacité lui permit de créer une certaine société secrète dont vous avez peut-être entendu parler, la Confrérie des Collecteurs.

Comme quoi, tout se rejoint...

 

 

Un autre problème criant dans cette "organisation" des Enfers tenait à la multitude des interlocuteurs. Les démons étaient encore plus nombreux que les Enfers.

Or tout bon communicant sait qu'un produit a besoin d'une identité forte propre à fédérer les consommateurs. Et quoi de mieux qu'un démon charismatique à souhait ?

Problème : comment se distinguer, et donc distinguer son Enfer, quand on a des milliards de milliards de concurrents tout aussi charismatiques ?

 

Le problème n'avait jamais été résolu. Certains avaient eu la chance de bénéficier d'un environnement favorable, comme le vieux Satan, qui avait eu la chance dans son univers d'être honni par trois religions différentes et toutes adversaires, sans parler des scissions internes et des rivalités.

D'autres, comme Soufflard le Souffleur, traînaient leur anonymat auprès d'une poignée de damnés - un seul en l'occurrence pour ce pauvre Soufflard et son aérophobique.

 

Il y avait aussi des petits malins qui avaient réussi à trouver une niche hyper-spécialisée qui, si elle ne leur permettait pas forcément d'alimenter un Enfer, leur assurer des revenus confortables tout en leur permettant de rester indépendant.

 

Le Père Fouettard, par exemple, s'était spécialisé - malgré les mises en gardes de ses amis - dans la répression des enfants désobeissants, ce qui était totalement idiot étant donné que les enfants n'ont pas le sens du bien et du mal. Ni d'âme, bien entendu.

Mais il avait gagné une renommée conséquente qu'il exploitait tranquillement depuis plusieurs siècles en faisant des conférences et en travaillant comme consultant.

De nombreux démons avaient suivi son exemple, comme le Père Noël dans plusieurs univers qui sous couvert de...

Oups.

Oubliez cela. On va dire que vous n'avez rien entendu.

 

Bref, l'existence d'un démon n'avait rien d'une partie de plaisir, même si beaucoup, comme partout, étaient très satisfaits de leur quotidien morne et banal.

 

 

Pourquoi je vous raconte tout cela ?

 

Parce que le nouveau protagoniste de notre histoire, qui dans un instant va apparaître sous nos yeux émerveillés - oui, oui, émerveillés, vous allez voir, il en vaut la peine - faisait partie des rares démons à avoir réussi faire son trou, et pas qu'un peu.

 

Il est donc maintenant temps de vous présenter celui que des générations de Démonistes ont eu l'honneur et le privilège d'avoir comme serviteur ;

Celui qui commença son extraordinaire carrière au service du plus grand conquérant d'une obscure petite planète ;

La première monture à avoir accédé au statut de monture épique, et par la même occasion à avoir créé ce statut ;

 

J'ai nommé :

la Monture du Diable, le Destrier des Enfers, le Cheval du Tourment, le Grand Galopeur du Destin, le Fléau de Flammes ;

Le seul,

L'unique,

Le célébrissime,

 

BUCEPHALE

 

(laissons passer une minute de silence respectueux pour le plus noble destrier que les Enfers aient jamais connu)

 

C'est bon, nous pouvons continuer.

 

Comment ? Qu'est-ce que le plus formidable cheval des Enfers a à voir avec notre histoire ?

Vous ne devinez pas ?

Si, vous devinez, je le vois à votre regard effaré.

Vous avez mis dans le mille.

 

Aussi surprenant que cela paraisse, Bucéphale est la nouvelle monture de Llégion.

 

Je sens confusément que ça risque d'être folklorique…

 

 

***

 

 

Chapitre 85 : Les archives

 

 

- Ben qwoi, tu cwois waiment qwe ces tawlouzes d'Ewlfes s'intéwessent aux wieux pwapiers ?

 

Vimayre lança un regard affligé à l'archiviste de Lune d'Argent – qui se trouvait être un Troll. Puis son regard revint sur les archives de la villes.

Une salle où s'entassaient pêle-mêle des monceaux de papiers divers et variés.

Sans le moindre classement.

 

- Mais si vous êtes archivistes, vous ne devriez pas ranger ?

- Monw pote, tu cwois qwe j'ai qwe ça à faiwe ? Et qwe ces tawlouzes d'Ewlfes wiennent ici wégulièwement ? Alows casse paws la tête, mec, et pwends une taffe.

 

Vimayre refusa la "cigarette" que lui tendait le Troll en secouant la tête.

 

- Et, par hasard, vous ne sauriez pas où se trouvent vos archives de "L'Echo des Enfers" ?

- Je suis un Twoll, mec. Paws un Démoniste. Auwcune idée. Je ne sais même paws si on a ce twuc.

- Ca ne m'awwange… m'arrange pas, ça.

 

Le Troll tira une bouffée de sa "cigarette" avec un air d'extase.

 

- Pouwqwoi tu was paws woir un de ces pwutains de Démonistes, mon pote ?

 

Le visage de Vimayre devint livide.

 

- Allez voir un… un Elfe ?

- Ouaiws, c'est duw, mec, mais si tu weux ton jouwnal, je wois qwe ça. Maiws t'inqwuiète, y'en a plein la wille de ces salopewies.

 

Le Tauren secoua la tête. Allez voir un Elfe de Sang… Foutu boulot.

 

***

 

 

Chapitre 86 : Le cavalier de l'Apocalypse

 

 

... avec un cheval.

 

Enfin, seulement au premier coup d'oeil. Car le représentant de l'espèce équine apparu devant le Démoniste n'était pas tout à fait semblable aux autres chevaux.

Cela se remarquait à de petits détails.

 

En particulier les flammes à la place des sabots. Et de la crinière. Et des naseaux. Et des yeux.

En fait, il fallait être complètement ignorant des chevaux pour confondre l'"animal" apparu avec un banal cheval.

 

Llégion n'y connaissait pas grand-chose, mais il en avait déjà vu autrefois et remarqua les petits détails.

En plus, c'est lui qui avait fait l'invocation, donc il était au courant. Quand même.

 

Par contre, Abatik et Mezz restèrent abasourdis devant l'apparition.

 

- La vache !

- (voix caverneuse) Incroyable !

- Mais c'est...

- (voix caverneuse) Ce ne peut être que...

 

La flamme dans les yeux du destrier se mit soudain à brûler violemment tandis qu'il foudroyait les deux démons du regard.

Qui se turent, passablement impressionnés.

 

Puis le cheval se tourna vers Llégion qui était resté coi devant l'apparition, et s'inclina devant lui.

 

- Mes respectueuses salutations, Monseigneur. Je suis dorénavant à vos ordres.

 

Llégion secoua la tête pour reprendre ses esprits. Mais il n'en revenait toujours pas de ce qu'il avait devant lui.

Habitué à se colleter tous les minables des Enfers, Llégion s'était attendu à voir apparaître quelque chose de plus... ben, minable, quoi.

Voire un poney. Ca ne l'aurait même pas surpris.

 

Mais celui qu'il avait devant lui avait une classe folle. Une musculature impressionnante se devinait sous sa robe, qui avait des reflets de sang sous la lueur des flammes l'enveloppant.

Son port de tête était altier et empreint de noblesse. Son élocution posée et élégante indiquait une intelligence et une culture supérieure à la moyenne.

 

Bref, Llégion était soufflé.

Et agacé.

 

- C'est bon, j'ai compris, tu t'es trompé de Démoniste, c'est ça ?

- Nullement, Monseigneur. Je suis bien le démon qui vous a été attribué. A moins que vous ne soyez pas le noble Llégion, puissant Démoniste Réprouvé ?

- "Noble" ? Donc c'est une mauvaise plaisanterie ? Je te préviens, je ne suis pas d'humeur.

- Qu'il me soit permis de vous rassurer, Monseigneur. Je n'ai guère coutume de me livrer à de sordides plaisanteries à l'encontre des manipulateurs des forces démoniaques. Je suis bien à votre service dorénavant.

 

Llégion se gratta pensivement le menton.

 

- Ce n'est pas une erreur ?

- Non point, Monseigneur.

- Ni une plaisanterie ?

- Nullement, Monseigneur.

- Et tu es à mon service ? A moi, Llégion ?

- Effectivement, Monseigneur.

- Et bien... c'est bien la première fois que je reçois un démon aussi impressionnant.

- J'avoue ne point comprendre, Monseigneur. Je ne suis qu'un simple cheval des Enfers, un parmi tant d'autres.

- J'ai déjà vu des chevaux des Enfers. Tu les surpasses tous en allure. Tu es quoi, en réalité ?

- Il est éventuellement possible que la nature m'ait légèrement avantagé, Monseigneur, mais pas tant que cela. Il est absolument inenvisageable que je sois autre chose qu'une monture de Démoniste basique.

- Pourtant...

- Soyez certain, Monseigneur, que je ne suis en aucune manière une de ces montures épiques ayant combattu aux côtés des plus puissants Démonistes que ce monde ait jamais porté. Rien ne peut le prouver.

- Mouais... Au fait, tu t'appelles comment ?

- Je porte le patronyme de Bucéph... de Buck, Monseigneur. C'est ça, Buck. Pas Bucéphale. Rien à voir avec ce noble et puissant destrier. Aucun rapport.

 

Le cheval regarda le Démoniste avec un air légèrement gêné. Llégion n'était pas franchement convaincu, mais comme dit le proverbe, à cheval donné, on ne regarde pas la peau de l'ours. Ou quelque chose dans ce genre.

Et puis, on ne savait jamais... De là à ce quelqu'un se rende compte qu'il y avait bien une erreur...

 

- Bon, Buck, bienvenue dans le monde merveilleux de mes serviteurs.

- C'est pour moi un honneur et un privilège, Monseigneur. A ce propos, préférez-vous que je m'adresse à votre personne par la qualificatif de "Monseigneur", ou de "Maître" qui, dit-on, est en usage chez les démons du commun. Ce que je suis, d'ailleurs. Pas un aristocrate. Nullement.

- "Monseigneur", c'est bien. Alors, le petit excité là-bas, c'est Abatik.

- Mes respectueuses salutations, ami Abatik.

- Salut, ..."Buck".

- Le gros bleu s'appelle Mezz.

- Un honneur que de vous rencontrer, puissant Mezznagma.

- (voix caverneuse) Moi de même, ..."Buck".

- La Succube, c'est Seln.

- Je vous présente mes hommages, charmante Selneri.

- Bonjour le cheval ! J'aime TELLEMENT les chevaux ! Hein qu'elle les aime maman, mon Zaza ?

- Et le truc qui la colle, on l'appelle Zaza.

- Ravi de te connaître, fidèle Czaajhom.

- Wif ! ..."Wucf".

- J'espère que tu es aussi efficace et rapide que tu en as l'air, Buck.

- Soyez assuré que je suis capable d'atteindre des vitesses considérables, Monseigneur, et de porter des charges importantes. Enfin, aussi rapide et aussi importantes que tout autre cheval des Enfers. Ce que je suis. Pas une monture épique. Pas du tout.

- Euh... oui. De toutes façons, que ferait une monture épique avec moi ? Ca voudrait dire qu'elle aurait abandonné son statut. Il faudrait être complètement stupide !

- Certes, Monseigneur. Ou bien désireux de parfaire ses connaissances et de découvrir une nouvelle vie pour mieux connaître l'environnement dans lequel il évolue. Ce qui serait fort pertinent pour un cheval des Enfers sérieux et consciencieux.

- Non. Complètement stupide, je te dis.

- Certes... Au fait, Monseigneur, vous ne m'avez pas présenté notre dernier compagnon ? Pourtant si essentiel dans notre compagnie, il me semble.

- Ah bon ? Lequel ?

- Le rat, Monseigneur.

- Le rat ? Il s'appelle Moustaches. Mais il n'a aucune importance. Ce n'est qu'un rat.

- Vous me voyez surpris, Monseigneur, car...

 

Buck croisa alors le regard de Moustaches et arrêta de parler. Il hésita quelques secondes, puis se reprit.

 

- Euh... Effectivement, ce n'est qu'un rat, Monseigneur. Rien à voir avec... Non. Rien qu'un rat. Tout comme moi je ne suis qu'un cheval des Enfers. En aucune manière... Non. Aucun rapport.

 

 

Moustaches soupira intérieurement. Alors ça, c'était le bouquet ! Tomber sur lui, ici, à ce moment précis... Heureusement, le cheval ne dirait rien. Il avait ses propres mystères à taire. Mais il allait falloir se méfier.

Puis le rat pissa sur l'un des sabots du cheval.

 

 

***

 

 

Chapitre 87 : Encore des Elfes

 

 

- Vous savez, vous auriez aussi pu simplement me demander, je vous aurais renseigné avec joie.

 

L'Elfe tenta un pâle sourire, malgré le fait que Vimayre le tenait par le col de sa robe et à un bon mètre du sol.

 

- Ecoute-moi bien, l'Elfe. Je vais te poser des questions, et tu vas y répondre directement, sans faire d'humour, sans blague foireuse, sinon je t'arrache un bras. Reçu ?

 

L'Elfe hocha la tête frénétiquement.

 

- Il n'y a aucun problème, monsieur. Je ne comprends pas pourquoi vous usez d'une telle…

- La ferme. Tu es Démoniste, correct ?

- Oui.

 

Vimayre foudroya du regard l'Elfe, mais celui-ci semblait avoir compris et n'ajouta aucun commentaire.

 

- Il y a un journal, qui s'appelle "L'Echo des Enfers". Je cherche un ancien numéro. Est-ce que tu en as ?

- Mon Diablotin est abonné et très soigneux. Ce sera avec plaisir que je vous fournirais ce numéro, monsieur.

- Il est où ?

- A mon laboratoire, monsieur. Si vous voulez bien me lâcher, je me ferais un plaisir de vous y emmener.

 

Vimayre lâcha l'Elfe qui s'effondra au sol et se releva en époussetant sa robe, l'air pas plus gêné que cela. Il indiqua du menton un passage au bout de la rue.

 

- C'est juste en face, monsieur.

 

Toujours méfiant, le Tauren suivit l'Elfe dans son laboratoire…

 

***

 

 

Chapitre 88 : Hiiiii !!! C'est Bucéphale !!!

 

 

Après de vifs débats avec ses démons, Llégion avait finalement imposé sa volonté - Par la malepeste ! Vous la fermez et vous obéissez ! - et choisi d'aller faire un tour dans les souterrains de Brassenoire.

 

Il se trouvait présentement dans le petit camp de la Horde installé sur la grève de Zoram, à essayer de convaincre un marchand dubitatif d'acheter les quelques habits qu'il avait fabriqué un peu plus tôt.

 

Abatik en profita pour discuter discrètement avec Mezz.

 

- Il se passe des trucs bizarres, Mezz. Le cheval...

- (voix caverneuse) Bucéphale. Le plus célèbre des Enfers. Il a participé à toutes les aventures, à tous les combats.

- Par la malepeste ! Vous savez le temps que ça m'a pris pour faire ces machins !

 

Les hurlements de Llégion indiquaient qu'il avait commencé la phase de négociation proprement dite. Ca risquait de durer un moment.

 

- Et plus encore, Mezz. Ce qui est sûr, c'est que ce n'est pas une monture de base. Jamais Llégion n'aurait dû l'avoir.

- (voix caverneuse) Je l'ai déjà rencontré, un jour. Il était venu visiter l'usine de damnation où je travaillais quand j'ai débuté. Il avait l'air d'une saleté de canasson pédant et orgueilleux. Un oppresseur.

- RHHHAAA !!! Vous me prenez pour un pigeon ?!

- C'est vrai, on a toujours dit que c'était le meilleur. Mais qu'est-ce qu'il fiche ici ?

- (voix caverneuse) En plus, il n'est pas crédible. Il veut faire populaire, mais ça sonne faux. C'est un fichu aristocrate.

- Non ! Hors de question de vous le laisser à ce prix !

- Ah ! Mes valeureux compères ! Puis-je me joindre à vous ? Et discuter de... de choses dont discutent les démons du commun. Ce que je suis. Evidemment.

 

Abatik et Mezz lancèrent un regard noir au cheval, qui les regardait avec un air qui se voulait sûrement engageant mais que gâchait la formidable flamme dans ses yeux, ainsi que son port aristocratique.

 

- Ah, salut... "Buck".

- (voix caverneuse) Nous ne sommes pas dupe, "monsieur l'aristocrate". Ce n'est pas en essayant de vous immiscer auprès du peuple des démons que vous nous ferez oublier l'oppression des masses dont vous et vos semblables tirez vos richesses et votre pouvoir.

- Par la malepeste ! Vous vous fichez de moi ?!

- Du calme, Mezz. Et toi, explique. Qu'est-ce qu'une monture épique comme toi fabrique avec notre maître ?

- Mais je vous assure, mes vaillants compagnons ! Je ne suis qu'un humble démon comme vous. Avec les mêmes problèmes des démons du commun. Comme… Comme… Comme les problèmes que vous… que nous rencontrons tous, dans notre vie de tous les jours.

- Ca y est ! Je t'ai reconnu ! Tu avais raison, Zaza ! C'est Bucéphale ! Bucéphale ! J'arrive pas à y croire ! Bucéphale !

 

Seln s'était mise à pousser des cris délirants, heureusement inaudibles pour Llégion trop occupé à essayer de convaincre le vendeur.

Elle se précipita en sautillant d'excitation vers Buck et se planta en trépignant devant lui.

 

- C'est Bucéphale ! C'est Bucéphale ! J'avais un poster de toi dans ma chambre ! C'est Bucéphale !

- Euh... Ah ah ! Certes non, jeune Succube. Je ne suis qu'un démon du commun du nom de Bucéph... de Buck. Rien à voir. Ah ah.

- C'est Bucéphale ! J'y crois pas ! C'est Bucéphale ! Quand j'étais petite, j'avais même la poupée avec tous les accessoires ! Celle avec la panoplie du Roi-Liche ! Et le petit peigne ! Et les rubans !

- Ah, la poupée... Je l'avais oubliée... Je veux dire, si j'étais ce "Bucéphale", ce que je ne suis pas, j'aurais pu l'oublier. Mais ce n'est pas moi. Ah ah.

- M'sieur Bucéphale... ! J'arrive pas à y croire ! Je peux avoir un autographe ! S'il te plait ! Juste un ! S'il te plait !

 

Buck chercha ses mots en regardant la Succube qui trépignait en rougissant, un Zaza passablement perdu à ses pieds - pardon, à ses sabots.

Puis il se tourna vers Abatik, qui l'observait avec une moue dubitative. Puis vers Mezz, qui avait pris une teinte violette tellement il était énervé contre l'"oppresseur".

 

Derrière lui, Llégion avait empoigné le col du vendeur et le secouait violemment.

 

Buck soupira.

 

- Soit. Je capitule. Je suis bien le célèbre Bucéphale. Le plus grand...

- Je le savais ! Je le savais ! C'est Bucéphale ! Hiiiiii !!!

- Certes. Mais j'aimerais que vous conserviez mon secret par devers vous.

- (voix caverneuse) Vous êtes venu espionner nos actions, oppresseur.

- Mollo, Mezz... Après tout, il est dans la même galère que nous maintenant. Parce que je connais bien les règles : en acceptant de venir ici, tu t'es mis, quelles que soient tes raisons, au service Llégion. Et tu risques de le regretter.

- Ami Abatik, croyez-vous vraiment que je l'ignore ? Et rassurez-vous, puissant Mezznagma, je n'en veut point à vos luttes ô combien honorables. Je donne d'ailleurs régulièrement aux gueux lors des galas de bienfaisance organisés par la bonne société des Enfers.

- (voix caverneuse) Votre mépris des classes laborieuses...

- Du calme, Mezz. Alors ? C'est quoi l'arnaque ?

 

Buck - alias Bucéphale - soupira. Puis il se tourna vers la mer, prenant garde à ce que la lune qui venait de se lever soit placée juste derrière lui et illumine son pelage de reflets d'argent.

 

Les démons restèrent muets. Il n'y avait pas photo, comme on disait "en-bas". Ce Bucéphale avait vraiment une classe folle.

 

- Eh bien, mes vaillants compagnons…

 

 

Moustaches s'assit pour observer les Nagas sur la grève. Il allait devoir jouer finement, s'il ne voulait pas se faire prendre.

Puis le rat cracha une boulette de poils

 

 

***

 

 

Chapitre 89 : Le laboratoire

 

 

- C'est par ici. Physik est très soigneux, alors si vous pouviez ne pas trop mettre de bazar…

 

Vimayre passa en revue le laboratoire de l'Elfe avec méfiance. Des bocaux au contenu étrange un peu partout, des signes cabalistiques, de vieux grimoires… Un laboratoire classique d'un spécialiste des arts occultes.

Et dans un coin du laboratoire, derrière un paravent – avec des petits chats ?! – se trouvait le coin du Diablotin de l'Elfe.

 

- C'est… particulier. Pour un démon, j'entends.

- Oui, Physik est quelqu'un de très soigneux. Il n'aime pas le désordre. Ce serait même un maniaque du rangement.

- Hum… Je ne pensais pas à ça, en fait…

 

Vimayre passa en revue le petit nid douillet que le Diablotin s'était confectionné dans le coin du laboratoire. Avec le petit tapis en rotin, les rideaux vichy aux fenêtres, les fleurs sur la table et les petits napperons, on se serait plus cru chez une vieille grand-mère un peu gâteuse que dans l'antre d'un démon des Enfers.

 

Le Tauren se secoua et prit un paquet de journaux ficelés ensemble. Heureusement, ils étaient rangés par ordre de date, et trouva vite le numéro dont il avait besoin.

L'Elfe jeta un œil par en-dessous.

 

- Ah oui, je m'en souviens. On en avait beaucoup parlé entre nous quand c'est arrivé.

- La monture de Démoniste ? C'est quoi cette histoire ?

- Avant, on nous apprenait à invoquer un destrier des Enfers au 40e cercle. Mais "ils" ont décidé dernièrement d'abaisser le niveau d'accès au 30e cercle. Je vous laisse imaginer le chambard !

 

Vimayre soupira, reposa le journal et attrapa à nouveau l'Elfe par le col.

 

- Eh ! Ma robe !

- La ferme. Et pour apprendre cette invocation, on fait comment ?

- Uniquement les Démonistes, monsieur. Et les Paladins, mais c'est un destrier pour eux. Il faut aller voir son maître Démoniste.

 

Vimayre lâcha l'Elfe qui, cette fois-ci, avait anticipé et réussit à ne pas s'effondrer au sol.

Puis il sortit à grands pas du laboratoire pour aller à Fossoyeuse.

 

L'Elfe secoua la tête en soupirant. Puis se tourna d'un air désespéré vers un poney au regard bovin qui attendait dans un coin.

 

- Bon, Robert – ce nom ! - on recommence. Tu es un Destrier des Enfers, et moi je suis ton nouveau Maître. Compris ? *soupir* Si je tenais le responsable des affectations des Enfers…

 

 

***

 

 

Chapitre 90 : On a échangé nos dadas !

 

 

- Je dois vous avouer, mes nobles compagnons, que ma carrière de monture épique connaît quelques... disons, "difficultés". Mon agent a de plus en plus de soucis pour me trouver des contrats dignes de mon rang.

- Tu es pourtant célèbre dans tous les Enfers. Tu as porté les plus puissants Démonistes d'Azeroth depuis des siècles.

- Effectivement, mais voyez-vous, ma renommée est devenue une nuisance. Les temps héroïques sont passés, et les seuls Démonistes susceptibles de pouvoir m'invoquer ont trop peur de ne pas être à la hauteur, au point qu'ils préfèrent se tourner vers des destriers moins impressionnants.

- Dur d'être le meilleur, hein ?

 

Buck ignora le sarcasme.

 

- De plus, l'ouverture du portail vers l'Outreterre m'a fait beaucoup de tort. Les montures volantes, bien que dénuées de personnalité et de standing, ont dorénavant la préférence des aventuriers.

- J'ai jamais aimé les piafs, moi.

- Alors je traîne mon ennui dans mes étables du Pandémonium, passant ma morne existence en fêtes, soirées, galas de bienfaisance... Il s'agit d'une vie plaisante, mais j'ai besoin de me sentir désiré ! Je suis une monture ! Pas une bête de foire !

- La richesse, quelle plaie...

- J'en ai parlé à mon agent. Et il a fini par me trouver un contrat. Quelque chose d'original et de décalé, susceptible de séduire le public et de relancer ma carrière.

- Et donc te voilà.

 

Buck hocha la tête.

 

- Oui, ami Abatik. Mais j'avoue que j'ai beaucoup hésité avant d'accepter ce projet. Je craignais qu'il ne me rabaisse... Je suis quand même Bucéphale, morbleu ! LE Bucéphale !

- Faut faire gaffe, quand on est célèbre...

- Vous ne pourrez jamais connaître cela, mon ami. La griserie des foules en admiration... Les charges héroïques contre les armées d'ennemis terrifiés... Non, vous ne pourrez jamais comprendre... Parfois, j'en arrive à envier le sort des petites gens comme vous. Une existence morne, sans enjeu, sans utilité... *soupir*

 

Abatik réussit à retenir Mezz qui allait se ruer sur le cheval.

 

- Euh... ouais. Si tu le dis... Et le truc de ton agent... ?

- Un nouveau concept de divertissement populaire. Destiné aux démons des cercles inférieurs. Cela s'appelle "On a échangé nos montures". L'idée est simple : deux démons de classe différente échangent leur existence, et découvrent la vie de l'autre. Il semblerait que les démons du commun raffolent de ce genre de divertissements.

- Donc, tu as échangé avec le cheval destiné à Llégion, qui est...

- Hum... Je n'aime pas médire sur les autres, même d'une classe inférieure, mais force est de reconnaître que le bougre – un certain, hem, Robert - n'est pas très futé. Ni élégant. Ni cultivé. Ni...

- Bref, Llégion devait se ramasser un crétin, c'est ça ? Et toi...

- J'étais destiné au Champion de Lune d'Argent, un Démoniste promis au plus brillant avenir.

 

Abatik secoua la tête tristement.

 

- Je plains l'Elfe de Sang.

- Moi aussi, mon ami. Je crains qu'il n'apprécie guère ce petit tour. D'autant que les Démonistes ne doivent pas être prévenus. Sinon, le contrat est annulé.

- Ca ne risque pas de lui nuire, à ton vrai Maître ?

- Llégion est dorénavant mon seul Maître, mon ami. De plus, c'est quand même un Elfe... Il y a des limites à mon immense tolérance naturelle.

 

Abatik sourit.

 

- Je crois qu'on va s'entendre, Buck. Hein, Mezz ?

- (voix caverneuse) Non. Jamais je ne trahirai ma cause pour un aristocrate.

- T'inquiète pas, Buck. Ca finira par lui passer.

- Soyez assurés, mes chers compagnons, que je saurais être digne de votre amitié et de votre confiance.

- Alors, tu restes ?

 

Seln s'était figée, blème et tremblante, les yeux pleins d'espoir.

 

- Il semblerait bien, jeune Succube. Je...

- HIIIIIIII !!!!!!!

 

Le hurlement hystérique de Seln vrilla les oreilles de tous les êtres vivants à une lieue à la ronde, faisant fuir les Nagas traînant sur la grève de Zoram.

Il interrompit aussi Llégion qui s'apprêtait à lancer une malédiction sur le vendeur.

 

- Par la malepeste ! Qu'est ce qu'il t'arrive, Seln ?

- (Je vous en conjure, mes amis. Gardez mon secret. Ma carrière en dépend)

- Ce n'est rien, Maître. C'est juste Seln qui vient de réaliser que le canasson reste. Vous la connaissez...

- Il reste ! Il reste ! Je suis TELLEMENT heureuse ! Les copines vont être vertes !

 

Llégion passa en revue du regard ses démons. Abatik souriait d'un air nerveux, cachant manifestement quelque chose. Mezz leur tournait le dos, les bras croisés, et son bleu était toujours teinté de violet. Seln trépignait, au comble de l'excitation. Zaza sautillait autour de sa "maman" en aboyant comme un forcené.

Et Buck, tout en conservant son port aristocratique et son assurance, semblait retenir son souffle.

 

Llégion secoua la tête.

 

- Je ne veux rien savoir. Mais qu'est-ce que vous... Non. Je ne veux rien savoir. Et calmez-vous, on ne s'entend plus maudire avec votre boucan.

 

Le Démoniste retourna vers le vendeur en retroussant ses manches, lequel fit craquer les os de ses mains. La négociation allait atteindre sa conclusion.

 

Abatik se retourna vers les autres.

 

- Bon, on essaye de faire profil bas. Surtout qu'il y a un truc dont on doit parler.

- Je suis à votre entière disposition, ami Abatik. Juste le temps de signer un autographe à notre charmante compagne.

- HIIIIIII !!! Je vais avoir un autographe de Bucéphale ! Je vais avoir un autographe de Bucéphale ! Je vais...

- Seln, c'est Buck maintenant.

- J'y crois pas ! Je suis TELLEMENT heureuse ! Je vais avoir un autographe de Bucéphale !

 

 

Moustaches sortit précautionneusement la tête du sac du vendeur, regarda autour de lui et, constatant l'absence de réaction, en sortit discrètement et rejoignit les autres. Ce n'était pas là... Peut-être à Brassenoire, alors...

Puis le rat s'assit et regarda Buck apposer la marque de son sabot sur la feuille que lui tendait une Seln toute tremblante.

 

 

***

 

 

Chapitre 91 : Encore Fossoyeuse…

 

 

- Tiens, notre ami Tauren. Comment se passe ta traque, petit ?

 

Vimayre retint la remarque sarcastique qui lui venait et se contenta de saluer de la tête la maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse.

 

- J'ai appris que Llégion avait récemment atteint le niveau pour invoquer un destrier des Enfers, madame. Serait-il, par hasard, venu vous trouver ?

- Toujours aussi méprisant envers les Réprouvés, petit. C'est bien, tu iras loin.

- Merci madame. Et pour Llégion ?

- Il a effectivement appris qu'il avait plus que le niveau pour accéder à ce nouveau démon. Comme quoi, il sait parfois surprendre son monde.

- Je n'en doute pas, madame. Et ?

- Et quoi ?

 

Vimayre prit une profonde respiration tandis que la Démoniste le regardait en souriant avec cruauté.

 

- Il est venu vous trouver, madame ?

- Une histoire étrange, petit – mais je commence à avoir l'habitude avec lui. Je lui ai appris à utiliser les rênes démoniaques qui servent à invoquer son destrier.

- Etrange, madame ? Ce n'est pas la procédure habituelle ?

- Etrange, car ce ne sont pas des rênes ordinaires, petit. Je devine une embrouille comme nos amis d'"en-bas" en ont l'habitude.

- Ah. Et concernant mon affaire, madame, est-ce un problème ?

- Qui sait, petit… Qui sait.

- Bien bien. Et peut-être, si je peux me permettre de continuer à abuser de votre temps, savez-vous où il est allé ensuite, madame ?

 

La Démoniste sourit de toutes ses dents limées.

 

- Il a dû testé sa nouvelle invocation. D'habitude, ils font ça dehors. Sylvanas n'aime pas qu'on invoque à tour de bras dans sa cité.

- Je comprends cela, madame. Je vous remercie de votre aide, et vous souhaite une bonne journée.

- C'est la nuit, et je suis morte et infestée de vermine. Mais merci du souhait, petit.

- Ah. Oh. Je vais y aller, alors. Au revoir, madame.

 

La Démoniste regarda Vimayre tourner les talons. Puis elle grimaça soudain et se mit à se gratter frénétiquement, sous le regard amusé de son démon.

 

 

***

Publié le 05/02/2010 - Pas de modifications
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