Chapitre 92 : Finalement, on va le garder
Finalement, Llégion avait décidé de ne pas tenter sa chance dans Brassenoire. Il fallait traverser à la nage des tunnels inondés, et il venait de se souvenir qu'il n'aimait pas l'eau…
En plus, pour une raison inconnue, tout le monde semblait quelque peu énervé. La jalousie par rapport à l'arrivée de Buck, sûrement.
Le Démoniste en profita donc pour faire un tour à Orgrimmar, où il n'avait pas été depuis un moment.
Pendant que leur Maître campait devant l'hôtel des ventes pour récupérer du tissu, Abatik réunit les démons pour leur annoncer la mauvaise nouvelle.
- Bon, les gars...
- Je suis pas un gars !
- Seln... Les gars ET les filles...
- Et je suis la seule fille.
- Rhhhaaa ! ...Vous tous !
- (voix caverneuse) Qui t'as désigné comme notre chef, Abatik ? Nous devrions procéder à une élection, avant.
Abatik prit une profonde inspiration en se pinçant l'arête du nez.
- C'est bon ? Vous avez fini de m'emmerder ? J'avais un truc à dire, là.
- Reprenez votre propos, mon ami. Nous sommes tout ouïe.
- Merci, Buck. Bon, en fait, j'ai eu une petite discussion avec la Maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse. Apparemment, notre Maître a quelqu'un qui le poursuit.
- (voix caverneuse) Ce n'est pas surprenant. Il a le don d'énerver tout le monde.
- Vous me voyez surpris, mes nobles compagnons. Notre Maître me semble pourtant des plus aimable.
- On te racontera, Buck. Mais bref, là, c'est du sérieux. C'est un Tauren du nom de Vimayre. Un Chasseur. Et il bosse pour la Confrérie des Collecteurs.
Un silence se fit après les paroles d'Abatik. Tous avaient entendu parler de la Confrérie. Et tous savaient le danger que représentait une telle nouvelle pour leur Maître.
- (voix caverneuse) On les dit sans la moindre pitié. Puissant ou misérable, riche ou pauvre, leurs clients ne s'en relèvent jamais.
- La Confrérie... J'en frissonne à la seule mention de leur nom honni. J'ai connu un mien parent qui a subi un redressement. En êtes-vous sûr, mon ami ?
- Sûr et certain, Buck.
- C'est quoi la Confrérie, les garçons ? On me dit jamais rien à moi !
- C'est une chose terrible, Seln. Il s'agit...
- Wof !
Zaza interrompit le Diablotin.
- Wof ! Wouf waf waf wof. Waouf wif wouf... Grrr... Waf ! Waf ! Waf ! *gémit* Wouf. Wif waf, wouf wof. Wouf. Waf ! Waouf wif. Wif ?
Les démons restèrent quelques instants à méditer les explications du Chasseur Infernal.
Seln était devenue blême.
- Mais... c'est horrible ! Tu te moques de toi, hein, Zaza ? Hein que tu te moques de ta maman ?
- Wof.
- Le clebs a raison, Zaza. Même si je trouve qu'il est encore assez optimiste, là.
- Waf !
- Si tu le dis...
- (voix caverneuse) Mais où est le problème, Abatik ? Un créancier de plus pour notre Maître. Et s'il y reste, nous retrouverons un nouveau Maître.
- Ah, non !
Tous se retournèrent vers Seln qui avait l'air en colère.
- Moi, je garde mon Llégion ! Pas question que j'en change ! Ah, non !
- (voix caverneuse) Tu ne sembles pourtant pas l'apprécier...
- Mais si !
- Seln, tu n'arrêtes pas de râler, de te plaindre de tout, voire de fuguer... Il ne fait jamais rien comme tu veux.
- Oui, mais ce n'est pas pareil.
Les autres démons restèrent interloqués devant la Succube. Même Zaza levait des yeux étonnés, et Buck essayait manifestement avec difficultés de suivre une conversation dont il n'avait pas tous les éléments.
Seln poussa un soupir d'énervement.
- Vous comprenez rien ! C'est bien les garçons, ça.
- Il faut reconnaître, Seln, on a du mal à suivre, là.
- Essayez de vous mettre à ma place. Moi, au départ, j'aimais bien l'idée d'être Succube. Embêter les hommes, se conduire en fille, je sais pas si vous avez remarqué, mais c'est plutôt mon truc.
- Rassurez-vous, charmante enfant, cela ne nous avait guère échappé.
- Gnagnagna... Sauf qu'on m'avait pas dit pour... enfin, vous voyez... les trucs que les Succubes font avec leurs Maîtres.
- Tu veux dire le sexe ?
Seln rougit.
- Oui, bref, ben "ça", c'est pas trop mon truc. Moi, j'ai toujours rêvé de rencontrer un beau démon, de tomber amoureuse, et qu'on se marierait avec une belle robe et une belle cérémonie.
- Mais, jeune Succube, votre destin est de forniquer avec les mâles, d'user de vos charmes et de vos perversions dans le domaine érotique pour damner les âmes des mortels. Vous me voyez surpris de votre réaction.
Seln devint cramoisie.
- Ben, moi, c'est pas mon truc. Voilà.
- Vous disposez pourtant de tous les appâts pour accomplir cette tache, ma charmante enfant. Comme toute Succube, tout en vous respire le stupre et la luxure...
Seln commençant à fumer légèrement tellement elle rougissait, Abatik vint à son secours en interrompant le destrier.
- Bon, on va pas faire la liste non plus. Et ?
- Llélé ne m'a pas touché une seule fois depuis que je suis là ! Je connais les Démonistes, toujours à vouloir faire... des trucs. Même les femmes. On m'a raconté. Et lui, non.
- Tu l'as rembarré, Seln.
- Oui, mais il a pas insisté ! Et comme le... enfin, la "chose", c'est pas mon truc, c'est génial ! Et en plus, je trouve ça TELLEMENT chou... Alors je ne change pas de Maître. Ah, non !
Les démons méditèrent les paroles de Seln.
- (voix caverneuse) Je dois effectivement avouer que notre Maître est le plus compréhensif que j'ai eu depuis longtemps. Il me laisse pratiquer mes activités syndicales sans trouver à redire, alors qu'il pourrait me soumettre complètement à ses ordres.
- Je ne connais point encore bien notre auguste seigneur, mais pour ma part, mon agent m'a explicitement laissé entendre que plus mon Démoniste sera "original", plus le public sera content. Et ma carrière s'en ressentira favorablement. Je vote donc pour lui.
Abatik exprima alors tout haut ce que tout le monde pensait.
- En fait, les gars...
- Je suis pas un gars !
- ... les gars et Seln, le truc bien avec notre Maître, c'est qu'il ignore totalement qu'il a le pouvoir de nous contrôler totalement, sans qu'on puisse s'y opposer. Quand on y réfléchit, c'est rare comme cas. Ce serait idiot de passer à côté.
Seln eut un petit rire de triomphe.
- Alors on est tous d'accord pour garder mon Llélé. Même Zaza ! Hein, mon Zaza, que tu l'aimes ton papa ?
- Bwof...
- Mais si, tu l'aimes !
- Wif !
Abatik poussa un profond soupir.
- Bon, maintenant, la question est : que fait-on pour le Tauren ?
Moustaches était satisfait. Les démons avaient joué la partie comme il fallait, même si la Succube s'était révélée plus qu'utile pour les pousser dans le bon sens. Maintenant, il allait falloir attendre et observer...
Puis le rat fit une culbute sur lui-même.
***
- Bon sang, et je fais quoi maintenant ?
Vimayre continua de chercher autour de lui, par acquis de conscience, mais c'était inutile.
Certes, il y avait des traces de l'invocation d'un destrier infernal au sol – les sabots de feu ont tendance à faire du dégât – mais manifestement, les Démonistes étaient nombreux dans les parages, et les traces innombrables et confuses.
Et bien sûr, personne pour le renseigner.
A moins que…
Vimayre se dirigea vers la tour des dirigeables un peu plus loin. Certes il faisait nuit, mais avec un peu de chance, un des Gobelins en faction aurait vu quelque chose.
Par chance, le Tauren n'eut aucune difficulté à trouver un témoin – d'autant que les Gobelins respectaient profondément la Confrérie.
- J'ai tout vu, Monsieur le Contrôleur Principal. Faut dire qu'avec tout le chambard que ça a fait ! Je me suis même dit : ça, ça mériterait un rapport.
- Je vois. Et qu'avez-vous vu exactement ?
- Un grand type, un Mort-Vivant, l'air minable, qui a invoqué un de ces destrier des Enfers. Vous savez, a ce poste, on en voit des dizaines tous les jours, de ces canassons. Et bien celui-là, entre nous, il avait une classe folle.
- Une classe folle ?
- Oui, carrément le genre de bestiaux qui n'a rien à faire avec le grand con qui l'avait invoqué. Enfin moi, ce que j'en dis…
- Certes. Et vous savez où ils sont allés ensuite ?
- Ils ont pris le dirigeable pour Orgrimmar. Je les ai entendu parler d'un endroit… Comment c'était déjà… Une histoire de natation et d'obscurité…
- De natation et d'obscurité… ? Brassenoire ?
- Bingo ! Dites, vous êtes forts pour deviner des trucs, vous ! Ca vous dirait de venir à notre kermesse ce dimanche ? On fait des concours de devinettes, et…
- Non merci j'ai du travail ! Et puis… Le dirigeable ! Je dois y aller ! Adieu !
Le Gobelin fit un vague signe de la main au Tauren qui embarquait sur le dirigeable venant d'arriver.
Puis il lança un regard affligé à son camarade.
- Me regarde pas comme ça. Au moins, j'aurais essayé !
***
Chapitre 94 : Que faire d'un Tauren ?
La discussion entre les démons avait duré une grande partie de la nuit et les avait fait aborder toutes les options, sans pouvoir en choisir une seule.
Tous, sauf Seln bien entendu qui en profita pour se faire les ongles.
Mais alors qu'Abatik s'apprétait à laisser tomber, Seln mit les pieds dans le plat en disant tout haut l'idée que le Diablotin n'osait proposer.
- Et le mignon petit Paladin ? Tu sais, Abatik, le barbu qui était avec toi à Hurlevent quand vous êtes venu me chercher ?
- Edualk ?
- Oui ! Il était gentil, même s'il n'a pas arrêté de me reluquer en douce. Il m'a fait pensé à mon Llélé. C'est drôle, hein ?
- Je t'ai déjà expliqué, Seln. Edualk est l'arrière petit-neveu de notre Maître. Et il sert l'Alliance.
- Un instant, mes nobles compagnons. Notre puissant seigneur aurait un descendant indirect qui aurait suivi la voie du Paladin ? Pour l'Alliance ?
Abatik prit quelques minutes pour expliquer rapidement à Buck les liens familiaux de leur Maître. Buck posa beaucoup de questions, auquelles Abatik répondit patiemment.
Buck resta enfin silencieux quelques minutes, méditant les explications, les sourcils froncés.
- Je m'interroge, mes nobles compagnons... Ce serviteur de la Lumière tolérera-t-il que nous usions de son influence pour aider un suppôt des Enfers ?
- On voit que tu ne le connais pas, Buck. Edualk n'est pas du genre à foncer dans le tas en massacrant tout ce qui ressemble de près ou de loin à un démon. Il est même plutôt sympa, et surtout, il est moins bête qu'il n'en a l'air.
- Et il porterait assistance à notre Maître ?
- Je crois qu'il s'ennuie comme un rat mort, et qu'il ne déteste pas Llégion. Si on lui propose d'intervenir, ça devrait l'amuser. Et puis, au pire, il pourra peut-être nous tuyauter.
- (voix caverneuse) Le problème, Abatik, c'est que nous ne savons pas où il se trouve. C'est grand, Azeroth, sans parler de l'Outreterre. Et des instances.
- On n'a qu'à faire le tour des tavernes, Mezz. Je parie qu'il en squatte une.
- (voix caverneuse) Il y en a beaucoup, Abatik, et nous n'avons qu'une nuit pour nous en occuper, pendant que Llégion dort.
- Mouais, c'est vrai... Quelqu'un a une idée ? Mezz ?
- (voix caverneuse) Non, désolé.
- Buck ?
- Je dois avouer que mon esprit n'est point en situation de...
- On a compris, vieux.
- "Vieux" ? Mon cher ami, je...
- Ouais, ouais... Seln ? On sait jamais, après tout...
- Qu'est-ce qu'il y a, Aba ? Tu as vu, j'ai peint mes sabots en rose, cette fois-ci !
- Seln... Tu pourrais suivre, de temps en temps... Bon, faut que je réfléchisse à tout ç...
- Waf !
- Mais oui, tu es joli avec ton beau collier, mon Zazounet ! Fais-moi un bisou !
- Wif ! Wof !
- Je crois que le clebs...
- Grrr...
- ... veut dire un truc.
- Waf ! Wouf wof wouf, waf wof. Bwouf ? *geint* Wof ? *grogne* Waf wof wouf, wouf wif. Waf wouf ? Wof ! Wf waf wouf. Wif ? *halète*
Tous restèrent silencieux devant Zaza remuant la queue et les regardant avec espoir. Puis Abatik, après s'être longuement caressé le menton en réfléchissant, finit par sourire.
- C'est loin d'être idiot, dis-donc. Pas mal, pour un clébard.
- Waf ! Grrr...
- J'ai pas compris les garçons...
Abatik leva les yeux au ciel et entreprit d'expliquer à Seln le plan astucieux de Zaza. Ce qui prit moins de temps, finalement, que ce que pensait le Diablotin.
- C'est pour ça qu'il nous faut une canne à pêche ! J'ai compris ! Tu vois, Abatik, que quand on m'explique je comprends.
- On va dire ça, oui...
- Mais pourquoi on le cherche, Edualk ?
Abatik se mordit les lèvres pour ne pas crier contre la Succube et décida de laisser tomber.
- Oublie ça, de toutes façons, toi, tu restes ici avec le clebs. Il faut quelqu'un pour surveiller Llégion pendant notre escapade.
- Il y a des boutiques là où vous allez ? *air innocent*
- Oui, plein...
- Chouette !
- ... mais seulement des trucs pour Guerriers. Tu veux qu'on te ramène une hache, Seln ?
- Pouah ! Ben en fait, moi, je vais rester avec mon Llélé. Peut-être qu'on pourra retourner à Lune d'Argent, s'il est de bonne humeur ?
- Faut voir. Bon, Mezz, Buck et moi, on y va. On a du boulot, et la nuit est déjà bien avancée. On sera de retour avant l'aube, Seln. Eh ! Seln !
La Succube avait sorti un épais catalogue et commençait à cocher des pages sans se préoccuper du reste, tandis que Zaza lançait à Abatik un regard du genre "Ne vous inquiétez pas, je reste avec elle, mais ne trainez pas en route quand même, j'ai vu qu'elle avait acheté tout un stock de rubans multicolores, et pas pour elle, si vous voyez ce que je veux dire".
Nos trois démons partirent donc à la recherche d'Edualk, selon le plan astucieux imaginé par Zaza.
- Notre aimable compagnon à quatre pattes se révèle plein de surprises, mes nobles compagnons. Et cette éloquence !
- Ouais, on lui dira... Bon, faut d'abord trouver une pelle...
Moustaches n'aimait pas ça. Il avait l'impression que tout allait de travers depuis que la chasse avait commencé. Il devait se reprendre, et garder son calme. Après tout, il l'avait prévu depuis longtemps.
Puis le rat entreprit de grignoter les restes du bâton du Démoniste.
***
- Eh ! Eh ! Le gros, là ! Ca vous dit, une p'tite instance, rapide ? Eh !
Vimayre se retint de se mettre en colère. C'était le quatrième aventurier à l'aborder pour lui proposer d'explorer Brassenoire, et ça commençait à doucement le courir.
Aucun d'entre eux n'aurait l'idée de se regrouper ?!
Néanmoins, il lui fallait des témoins, donc…
- Une instance, non, je suis déjà pris.
- Merde ! Fais chier ! Trois jours que j'attends ici !
- Trois jours, vous dites ?
- Foutus aventuriers de mes deux ! Y'en a pas un pour filer un coup de main à un Orc ! Génération de feignasses !
- Pas de chance. Dites, vous n'auriez pas vu traîner dans les parages un Mort-Vivant, grand, chauve, l'air con ?
- J'ai une tête à faire attention à ça ?
- Effectivement… Il avait un destrier infernal, assez classe apparemment.
Les yeux de l'Orc se mirent soudain à briller.
- Ah oui, ça, pour en jeter, il en jetait ! Foutus crevards de Démos ! Toujours pour eux les bons plans !
- Oui, oui. Vous l'avez vu alors ?
- L'est pas resté longtemps. Et entre nous, un aristo de son calibre, sur une plage pouilleuse comme celle-ci, ça faisait tâche.
- Je m'en doute. Vous savez où ils sont allés ?
- Ca… Je sais que ça gueulait beaucoup du côté du camp, mais à part ça… Par contre, il ne sont pas entré dans Brassenoire, sinon je les aurais vu.
- Le camp… Merci de l'information.
- Et vous êtes sûrs que ça ne vous tente pas, un p'tit coup d'instance, vite fait ?
Vimayre ne répondit même pas et se dirigea à grandes enjambées vers le petit camp de la Horde.
***
Chapitre 96 : Et la lumière fut…
- La pelle est sympa, mais non. Hors de question que je me mêle de ça.
- Mais...
- J'ai mes propres emmerdements. Donc : non.
Edualk se resservit un verre de vin qu'il avala cul-sec. Puis il fit signe à la serveuse Draeneie qui se contenta de hocher la tête devant les tentatives maladroites du Paladin de la séduire.
Abatik quêta du regard une aide auprès de ses compagnons, mais Mezz se contenta de hausser les épaules, et Buck, comme d'habitude, était planqué dans un coin sombre de la taverne, inquiet d'être reconnu par les aventuriers de haut niveau arpentant les lieux.
Le plan de Zaza avait été un succès complet, même si la partie avec les Défias avait failli échouer à cause d'un dysfonctionnement de la fusée. Grace à ça, Abatik avait pu retrouver Edualk qui, à ce moment-là, s'était installé à la Taverne du Bout du Monde à Shattrah où il reprenait des forces entre deux raids sur l'île de Quel Danas.
Heureusement, sans la présence de leur Maître en train de dormir à Orgrimmar, les démons pouvaient utiliser pleinement leurs pouvoirs et se transporter dans la capitale de l'Outreterre.
- Mais m'sieur, cette histoire d'impôts risque de créer des ennuis à notre Maître. Et c'est votre famille.
Edualk soupira.
- Ecoute, petit, en temps normal, j'aurais été ravi de t'aider. Surtout contre un Hordeux d'un niveau largement plus faible que le mien. Sauf que là, je suis coincé. Si je n'arrive pas à prouver ma valeur auprès du Soleil Brisé avant la fin du mois, le Grand Maître des Paladins de Hurlevent va me tomber dessus comme une tonne de brique. Et j'aime pas les briques.
- Pfff... Vous n'êtes pas très coopératif, m'sieur. Ca a le droit de faire ça, un palouf ?
Abatik avait pris un air innocent qui, malheureusement, fit un bide complet.
- Bien essayé, petit, mais ça ne marchera pas. On me fiche une paix royale, mais à la seule condition de bosser pour le Soleil Brisé. En plus, tu es du côté Hordeux, je te signale.
Abatik rumina sa déception en fusillant du regard le Paladin. Puis celui-ci poussa un soupir et se redressa sur sa chaise.
- Bon, écoute petit, j'ai peut-être une idée pour toi.
- Normalement, c'est plutôt mon truc les idées, m'sieur. J'y ai sûrement déjà pensé.
- Pas sûr, petit... Dis-moi, Llégion, il veut toujours devenir maître du monde ?
- "Maître du monde", m'sieur. Avec une majuscule. Il y tient. Et oui, il ne lâche pas le morceau, même si ça n'avance pas beaucoup.
- Alors voilà, il y a peut-être un truc qui pourrait marcher. Tu n'aurais pas un spécialiste en droit dans ton entourage ?
- (voix caverneuse) J'ai quelques connaissances dans ce domaine, monsieur.
- Et en droit fiscal ?
Mezz se rengorgea, au grand étonnement d'Abatik.
- (voix caverneuse) Sans vouloir me flatter, monsieur, j'oserais dire que je m'y connais. J'ai commencé ma carrière en droit fiscal infernal.
- Tu ne m'avais pas dit ça, Mezz !
- (voix caverneuse) J'ai eu l'honneur de suivre l'enseignement de l'honorable Physkal, Abatik.
Le Diablotin siffla d'admiration.
- Ah oui, quand même. Un sacré numéro, à ce qu'on m'a dit.
- C'est qui, ce Physkal ?
Edualk avait l'air intéressé.
- Un démon de l'ancien temps, m'sieur, qui a pratiquement créé le concept d'impôt aux Enfers et l'a exporté ensuite en Azeroth.
- (voix caverneuse) Une sordide histoire qui a mené à un exil injustifié. Mais il s'en est bien sorti, monsieur.
- Et le droit fiscal infernal, il s'applique en Azeroth ?
Mezz hocha la tête.
- (voix caverneuse) Privilège du primus creationis, monsieur. Pour la Guilde des Collecteurs chargée du recouvrement des créances - et ce Vimayre travaille pour eux - ce droit est supérieur aux autres. D'autant que la Guilde fut créée par Physkal lui-même.
Edualk plissa les yeux en hochant la tête.
- C'est bon, ça. Dis-moi, le gros bleu, il y a un chapitre sur les religions dans tes bouquins ?
- (voix caverneuse) Un aspect passionnant du sujet, monsieur. Une jurisprudence approfondie depuis des siècles.
- Dis-moi, j'ai remarqué qu'en général, les Prêtres sont souvent pleins aux as.
- (voix caverneuse) Techniquement, non, monsieur. Ce sont leurs temples... qui sont... riches...
- Toi, tu penses à un truc, Mezz.
- (voix caverneuse) Peut-être...
- En plus, j'ai entendu dire que les religions sont...
- (voix caverneuse) ... exemptées d'impôts, monsieur. Pour éviter un affrontement entre le temporel et le spirituel. Mais les temples font régulièrement des "dons gratuits" aux autorités histoire de rester en bons termes...
Mezz resta silencieux, sous le regard intéressé d'Abatik et d'Edualk.
- (voix caverneuse) Il va me falloir faire des vérifications, mais je crois que vous tenez quelque chose, monsieur.
- Genre, Mezz ?
- (voix caverneuse) Si notre Maître créait une religion, Abatik, il pourrait être exempté d'impôts, et même bénéficier de restitutions par le systême du don gratuit - qu'il se ferait à lui même en tant que futur Maître du monde.
- Un genre de circuit fermé.
- (voix caverneuse) En effet. Ce serait tordu, mais...
- ... assez dans le genre de notre Maître. Par contre, Mezz, ça ne règle pas la question de ses dettes. C'est ça son problème actuel.
Edualk se servit un nouveau verre.
- Vous n'allez pas me faire croire que des démons aussi futés que vous ne peuvent pas trouver un truc à ce sujet ?
- La pommade, c'est notre spécialité, m'sieur. N'essayez pas ça avec nous.
- (voix caverneuse) De plus, les lois et réglements fiscaux sont conçus pour toujours être au bénéfice de l'administration.
- Sauf erreur de ma part, Llégion était déjà dans le business de la conquête du monde du temps où il était en vie.
- (voix caverneuse) Conquérir le monde n'est pas la même chose que de devenir un dieu, monsieur.
- Mais le lien existe ?
Mezz réfléchit.
- (voix caverneuse) C'est tiré par les cheveux, monsieur, et techniquement difficile à faire passer.
- Difficile, pas impossible.
- (voix caverneuse) Rien n'est impossible, monsieur. Il suffit de connaître les textes et de savoir les utiliser.
- Et toi, tu ne les connais pas assez...
Mezz se redressa.
- (voix caverneuse) Ne me mettez pas au défi, monsieur. J'ai traité des cas plus complexes.
- Donc... ?
Le Marcheur du Vide échangea un regard avec Abatik, qui poussa un soupir.
- Fais-le, Mezz. Même si notre Maître va devenir insupportable, au moins, on sera débarassé du Tauren.
- (voix caverneuse) D'un autre côté, il est toujours insupportable, Abatik. Et puis, de toutes façons, déclarer une religion n'implique pas automatiquement de devenir un dieu. Il faut des fidèles ensuite pour concrétiser l'affaire.
- Ouais... Autant dire qu'on n'a pas fini d'en entendre parler...
Abatik se tourna vers le Paladin qui se grattait négligemment la barbe.
- Merci du coup de main, m'sieur. Je savais qu'on pouvait compter sur vous pour trouver des idées.
- T'es un vrai faux-cul, toi.
- Ouaip, m'sieur ! Je suis connu pour ça !
Edualk et les deux démons éclatèrent de rire tandis que la serveuse Draeneie retenait une grimace. Elle aimait bien son travail, mais parfois, elle en avait assez de se farcir tous les tarés d'Azeroth.
Loin de là, dans un recoin sombre, Moustaches poussa un soupir de soulagement. Ils avaient enfin compris ! Mais que de temps perdu... Au moins, maintenant, il allait pouvoir passer à l'étape suivante.
Puis le rat éternua.
***
- Un rude négociateur, ce Réprouvé. Dur en affaires. Mais j'en ai tiré un bon prix.
Vimayre hocha la tête en écoutant les explications du vendeur. Effectivement, tout le monde dans le petit camp de la Horde installé sur la grève de Zoram se souvenait de Llégion, et surtout de Buck, qui manifestement faisait forte impression.
- Et il faisait quoi ?
- Il voulait aller dans Brassenoire, à ce qu'il disait. Sauf que quand quelqu'un a parlé de flotte – c'est un poil humide là-dedans – il a changé d'avis.
- On m'a confirmé qu'il n'est effectivement pas allé dans ces cavernes. Et ensuite ?
- Ensuite ? Il est parti.
Vimayre attendit la suite quelques secondes puis poussa un soupir de rage contenue.
- … D'accord. Mais où ?!
- Ben, à Orgrimmar. En vous dépéchant, vous pourrez l'intercepter, il est parti il y a quelques heures seulement.
Vimayre sourit. Enfin ! Enfin il le rattrapait ! Enfin il allait l'avoir ! Enfin il…
- S'cusez. M'sieur… Vimayre ? Chasseur ?
Le Tauren se retourna brusquement et attrapa par le col le Gobelin en uniforme qui venait d'apparaître devant lui.
- Quoi encore ?!
- Eh ! Je n'suis qu'le facteur, moi ! J'ai un courrier pour vous. De Fossoyeuse. Ca a l'air important.
Vimayre lâcha le Gobelin et prit l'enveloppe qui portait le sceau de la Confrérie qu'il ouvrit avec rage.
Puis après l'avoir lu…
- RHHHAAA !!! FOUTUS MORTS-VIVANTS DE MERDE !!!
- Un problème, m'sieur ?
- Ta gueule !
Le Gobelin haussa les épaules et ramassa la lettre froissée que Vimayre avait jetée par terre avant de se précipiter vers les wyvernes.
- "Monsieur le Contrôleur Principal. Veuillez vous présenter toutes affaires cessantes et en urgence auprès du Conseil de la Confrérie. Signé, illisible" Où est le problème ? C'est sympa, Fossoyeuse, en cette saison…
***
Chapitre 98 : Où Llégion apprend l'existence de Vimayre
Après une bonne nuit de sommeil, et ayant pu récupérer suffisament de tissu pour reprendre son aiguille, Llégion s'installa à une table de l'auberge d'Orgrimmar et sortit son matériel de couture, jetant au passage un regard noir aux quelques guerriers traînant dans la salle pour leur faire comprendre que là, tout de suite, une remarque amusante serait très mal venue.
Les Guerriers comprirent, heureusement, et de toutes façons ils étaient trop occupés à se préparer des desserts.
Seln s'approcha de Llégion et s'assit à côté de lui.
- Tu as l'air fatigué, mon Llélé.
- Je suis occupé, Seln.
- Mais j'essaie juste d'être gentille, moi !
- On ne va pas à Lune d'Argent, Seln.
- Tu es méchant, crapaud ! Je n'y pensais même pas ! Enfin, c'est vrai que j'aimerais retourner dans quelques boutiques...
- Non.
- Bon, d'accord. C'est toi qui décides, chouchou.
Llégion continua à coudre pendant quelques secondes, puis s'arrêta et leva les yeux sur Seln.
- Euh... c'est tout ?
- Ben oui.
- Tu n'insistes pas ?
- Moi, je voulais juste être gentille. Les autres n'arrêtent pas de faire des trucs de garçon, et moi je m'ennuie à force.
Llégion soupira et reposa son ouvrage sur la table.
- Seln... Il y a un truc que tu dois me dire, c'est ça ?
- Pourquoi tu dis ça, mamour ?
- Tu n'es jamais comme ça avec moi. D'ailleurs, ça commence à m'inquiéter. Ou alors tu es malade. Un truc de Succube ? C'est grave ?
- Oh mais regardez-le ! Il s'inquiète pour sa Selneri d'amour ! Qu'il est trognon...
- Je ne suis pas trognon, je suis un cadavre desséché avec une sale tête qui ne fait jamais rien comme tu veux, et réciproquement. Alors ?
Seln se mordilla la lèvre avec un air gêné. A l'autre table, les Guerriers avaient cessé de battre leurs oeufs en neige et restaient bouche bée, les yeux rivés sur la Succube. L'un d'entre eux avait même un filet de bave coulant sur son menton.
- Ben, oui, il y a bien quelque chose, mamour, mais je ne veux pas te déranger...
- Tu m'as déjà dérangé, Seln...
- Ben voilà, les garçons...
- Quels garçons ?
- Ben les autres : Aba, Mezz, etc. Ce sont pas des filles comme moi !
Seln pouffa de rire en faisant un petit signe aux démons qui s'étaient regroupés un peu plus loin et semblaient attendre quelque chose.
Llégion leur trouva subitement l'air très louche.
- Donc, les garçons... ?
- Ben, ils m'ont dit de te dire que c'est pas grave, que tu ne t'inquiètes pas, que ça va bien aller, mais qu'en fait, la Maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse, elle a dit à Aba qu'il y avait un Tauren, un Chasseur, qui travaillait pour un truc qui s'appelle la Confrérie des Collecteurs, et qu'il était venu la voir, pour lui poser des questions sur toi, parce qu'en fait, il te recherche parce que tu aurais des impôts en retard, et que tu devrais les payer, et le Tauren il s'appelle Vimayre et il se rapproche de toi, et tu ne trouves pas qu'il me va TELLEMENT bien ce bustier, mon choubichounet ?
Llégion resta silencieux une longue minute, le temps de faire le tri dans les propos que Seln venait de débiter d'un trait sans respirer. A leur table, le groupe semblait attendre d'un air inquiet.
- Donc, si je te comprends bien, la Confrérie des Collecteurs m'a collé un Chasseur Tauren du nom de Vimayre aux trousses pour me faire payer mes arriérés d'impôts ?
- C'est ça ! Et Aba qui disait que tu ne comprendrais pas ! Mais tu es TELLEMENT intelligent, mon Llélé !
- Rhhhaaa ! Par la malepeste ! Abatik ! Ramène-toi !
- Oui, Maître ? Et respirez, vous devenez bleu.
- Ce Tauren, tu es au courant depuis quand ?
- Quelques jours, Maître. Mais on avec Mezz, on a trouvé un truc.
- C'est pas d'un truc dont j'ai besoin, mais d'un moyen d'éliminer ce foutu chasseur de primes !
Abatik grimaça un sourire.
- Faites nous confiance, Maître.
- Tu rigoles ? Je vois bien comment vous me regardez, vous tous. Vous trouvez que je ne suis pas assez bien pour vous ! Je sais que vous complotez dans mon dos pour vous débarasser de moi !
- Mais, Maître...
- La ferme ! Mais si tu crois que je vais me laisser faire, tu te fourres le doigt dans l'oeil ! Je suis Llégion le Maléfique, et il est hors de question que je me laisse avoir par mes démons !
- Mais...
- Tu ne me connais pas, petite crotte ! Tu ignores mon véritable pouvoir ! Tu ignores qui je fus ! JAMAIS je ne céderai ! Vous allez rester à mon service, et vous allez en baver comme c'est pas permis !
- Nous...
- Silence ! Marre de vos remarques ! Marre de tous les emmerdements que vous provoquez ! Marre que vous vous foutiez de moi en permanence ! Marre de tes petits sourires ironiques quand je dis que je vais conquérir le monde !
- Sauf...
- Et le gros bleu ! Ras-le-bol de tes bouquins à la con ! Tu es à MON service, pas au service des bestioles de ce foutu pays !
- (voix caverneuse) Je...
- Ta gueule ! Et la soi-disant Succube, qui a autant de sex-appeal qu'un Murloc, et qui me considère UNIQUEMENT comme une banque ! Et ceinture avec ça, bien sûr !
- Mon Llélé...
- Non ! Et mets dehors ce satané clébard ! Son odeur m'insupporte ! Et surtout, espèce de vermine à quatre pattes, c'est MOI ton Maître, pas l'autre greluche !
- Wof...
- Couché ! Et puis, j'allais oublier, et comment peut-on l'oublier, cet abruti de canasson qui se la pête avec ses pseudo-manière d'aristo alors que tu n'es qu'un foutu plouc sorti de la fange !
- Monseigneur...
- La ferme ! Et le rat ! Le rat ! J'aurais dû livrer le gniard qui me l'a fourgué aux Allys ! En morceaux ! Il m'emmerde, mais il m'emmerde, cet foutu rongeur et ses plissements des yeux !
- ...
- Vous m'emmerdez tous ! TOUS ! Rhaaa ! Par la malepeste ! Je vous HAIS ! Je vous HAIS ! Mais j'ai pigé le truc, tas de cafards puants ! Personne, j'ai dit PERSONNE, ne peut quitter mon service. Vous êtes avec moi pour l'éternité ! Et je vous garantis, tas d'abrutis, que MAINTENANT, je vais vous en faire baver comme jamais !
- Maître...
- Finies les vacances ! Fini de se la couler douce ! Fini de discuter mes ordres ! Toi, la petite crotte, quand je te dis de me pondre un plan, tu le fais, et tu la fermes !
- Oh...
- Toi, le bleu, tes bouquins, tu me les fous au feu ! Quand je dis "Attaque", tu y vas, et je ne veux plus JAMAIS t'entendre !
- (voix caverneuse) Ah...
- Toi, Seln, ce soir tu passes à la casserole ! Même si je dois te casser les bras et les jambes ! Et tu as intérêt à assurer, femelle !
- Euh...
- Le clébard, au chenil ! Je veux plus le voir !
- Wouf...
- Et le canasson, je ne veux plus t'entendre ! Un cheval, ça fais tagada, tagada, ça ne raconte pas sa vie !
- Hem...
- Et le rat, tu dégages avant que je ne décide de te transformer en kebab !
- ...
- Rhhhaaa ! Par la malepeste ! A partir de maintenant, vous fermez vos gueules et vous obéissez !
- Nous...
- TA GUEULE !
Llégion resta silencieux, foudroyant d'un regard halluciné ses démons qui se tenaient serrés les uns contre les autres en tremblant. Puis Mezz essaya de pousser en avant Abatik pour parler en leur nom, mais le Diablotin avait prévu le coup et esquiva.
Enfin, après d'interminables secondes de silence géné, meublées par la respiration sifflante de Llégion, Selneri poussa un profond soupir et s'avança timidement vers le Démoniste.
- Euh...
- QUOI ?!
- Euh... Je ne sais pas si tu sais, mon Llélé, vu que tu es très occupé à conquérir le monde et tout, mais une de mes copines - tu sais, je t'en ai parlé, on était au lycée ensemble - à ouvert une boutique de bijoux. Mais pas à Lune d'Argent - même si j'aurais aimé retourner à Lune d'Argent, car c'est bientôt les soldes, et j'ai vu un petit haut très mignon et pour pas cher - mais à Shattrah. Oui, c'est vrai, tu ne peux pas encore y aller, mais quand tu le pourras, on pourra y faire un tour, en plus, il y a plein de gentils Elfes très riches qui ont toujours besoin d'un coup de main. Ce serait super, non ?
Llégion resta regarder Seln sans rien dire, comme s'il ne comprenait pas.
- Moi, je veux seulement être jolie, pour que tu sois fière de moi, parce que tu es mon Llélé, et que si je ne suis pas jolie, tu finira par en choisir une autre, et moi je serais très triste, parce que moi, je t'aime bien, car tu es gentil avec moi, alors que les autres Démonistes, ils sont toujours méchant et cruels, et ils demandent toujours des trucs horribles à leur Succube, et toi, tu es toujours très gentil et tu me laisses toujours faire ce que je veux, et ça, c'est ce que j'aime chez mon Llélé, surtout que je sais que tu es tellement fort, et doué, et intelligent, que tu vas conquérir le monde, même que je serai très fière de toi.
Le visage de Seln avait pris un air de tristesse inhabituel chez elle. Sa lèvre inférieure tremblait, son front était plissé et deux larmes commençaient à perler dans ses yeux.
- C'est... *snif*... c'est vrai que tu... que tu... *snif*... que tu me trouves... laide ? Bouhouhou...
La Succube pleurait maintenant ouvertement, seule devant le Démoniste au regard toujours injecté de sang. Puis il grimaça, se redressa en serrant les poings...
- Par la...
- Bouhouhou...
Llégion expira profondément.
- Par la malepeste... Je suis trop vieux pour ces conneries...
- Bouhouhou...
- Arrête de pleurnicher, greluche !
- Bouhouhou !
- Non, je veux dire... je ne veux pas... Bon, c'est pas grave, arrête de pleurer, on nous regarde. Arrête, par la malepeste !
- Bouhouhou !
- Ca te dirait un nouveau bracelet ?
- Bouhouhou...
- Ecoute...
- *snif* Comme le joli que j'ai vu à Lune d'Argent ? *snif*
- ... Tu ne perds jamais le nord, toi.
- On retourne à Lune d'Argent ? *snif*
- Plutôt crever. J'ai d'autres projets.
- Mais mon Llélé...
- Seln ?
- Oui mon choubichounet ?
- La ferme. Et vous, ramenez vous ! Tu disais quoi sur ton plan, Abatik ?
Le Diablotin tenta un sourire crispé et fila un coup de coude à Mezz pour qu'il le suive.
- Alors voilà, ô notre puissant Seigneur et Maître...
- Laisse tomber, Abatik. C'est passé.
- Euh... Vous êtes sûr, Maître ?
- De toutes façons, vous êtes des démons, impossible de vous changer, et les emmerdements, ça fait aussi parti de votre boulot.
- Faut pas dire ça, Maître. On vous aide quand même pas mal.
- Avec la dose d'ennuis qui vont avec, Abatik.
- Que vous gérez toujours remarquablement bien, Maître.
- Faux-cul.
- Oui, Maître. Ca fait aussi parti du boulot, comme vous dites.
Llégion grimaça un sourire.
- Bon, c'était quoi le truc avec Mezz pour se débarasser du Tauren ?
Abatik sourit alors ouvertement.
- Ca va vous plaire, Maître. Vu que c'est pas seulement le Tauren qui va se faire avoir, mais toute la Confrérie si on se débrouille bien.
- Ca réglera ces histoires de dettes ?
- Plus encore, Maître.
- Plus encore ?
- Oui, Maître. Mezz et moi, on a pensé à quelque chose qui, en plus, s'inscrit pile dans votre plan de conquête du monde.
- Hmmm... Vas-y.
- Dites-moi, Maître, vous en pensez quoi, des religions ?
Moustaches était rassuré. Le Démoniste avait failli tout fiche en l'air, mais cette pintade de Succube avait bien joué son rôle. Cela allait lui permettre de passer à l'étape suivant. Pas la plus simple, mais il avait connu pire.
Puis le rat pissa sur les bottes de Llégion.
***
- Nous constatons que vous avez fait diligence. C'est un bon point pour vous… qui ne compense malheureusement pas vos échecs répétés dans le suivi de votre dossier.
Vimayre était à deux doigts d'exploser. Llégion était à Orgrimmar, avec un peu de chance il aurait encore le temps de le rejoindre, et ces foutus dégénérés du Conseil semblaient prendre un plaisir infini à faire traîner les choses !
Il prit une profonde respiration avant de répondre.
- J'allais le rattraper quand vous m'avez convoqué. Il est à Orgrimmar, et...
- Flf plf glf.
Vimayre gémit intérieurement. Le Grand Maître n'avait toujours pas de mâchoire, ce qui ne semblait gêner personne.
- En effet, nous avons une affaire urgente à traiter, et vous êtes le seul disponible en ce moment.
- JE NE SUIS PAS DISPONIBLE, BANDE DE... de...
- Plaît-il ?
- J'ai déjà un dossier en cours - et là, vous êtes face au mur. Je suis de l'autre côté.
- Votre impertin... gnnn *cloc*
- Bon sang, le fil de fer, vous ne connaissez pas ?!
- Comment ?
- Espèces de dégénérés ! Et vous ! Quand est-ce que vous allez vous acheter des yeux ! Et lui ! Un grand Maître même pas foutu de parler ! Llégion est à moi ! A MOI ! Et il est à ma portée ! Et vous, vous me faites perdre mon temps !
Un long silence suivit la diatribe de Vimayre, à peine meublé par les grincements de la mâchoire du Mort-Vivant qu'il était en train d'essayer de remettre en place.
Puis le Grand Maître se mit à tapoter de son doigt desséché le dossier devant lui.
- Plf glf tfl rtl. Zlf.
- Ce dossier est essentiel pour la Confrérie. Plus que celui de Llégion. Et il ne prendra que peu de temps.
- Vous dev... gnnnn *cloc*
- Vous devez vous rendre à Kharanos...
- Kharanos ! C'est chez les Nains !
- ... à Kharanos pour redresser un Gnome du nom de Fizzban. L'affaire est simple, et ensuite, ensuite seulement, vous reprendrez la poursuite de Llégion.
- Je...
- C'est un ordre. A moins que vous n'ayez plus d'ambition au sein de notre Confrérie ?
Vimayre baissa la tête en serrant les dents.
- Je suis un fidèle serviteur de la Confrérie. J'exécuterai cet ordre. Mais je demande que mes observations soient consignées au procès-verbal de séance.
- Glf ?
- Oui : quel procès-verbal ?
Vimayre ouvrit la bouche, puis la referma lentement.
Ainsi il était dans ce cadre-là... Cela allait peut-être lui faciliter les choses...
- Une seule question : êtes-vous sûr que ce Gnome est bien à Kharanos ?
- Sûr et c... gnnn *cloc*
- Sûr et certain. Agissez promptement, et rendez-nous compte.
- Très bien.
- Flf glf vlf.
- Certes. Deux points importants : d'une part, il a été décidé de lancer une campagne de communication autour de nos activités mettant l'accent sur la qualité du service rendu envers le contribuable. Ce qui signifie concrétement : plus de violence, sinon...
- Sinon quoi ?
- Exactement ! Et deuxième point, Kharanos est un point d'appui de l'Alliance...
- Je suis au courant, merci.
- ... et les circonstances actuelles, en plus de notre neutralité séculaire, nous imposent de faire preuve de doigté et de souplesse avec les contribuables de l'Alliance. Avec les rumeurs venant du Norfendre, nous devons dorénavant ménager l'avenir.
- Donc évit... gnnn *cloc*
- Oui, évitez les esclandres.
- Très bien. C'est tout ?
- Oui. Disposez.
Vimayre tourna les talons et partit pour Kharanos.
Mais son esprit tournait à plein régime. Pas de procès-verbal de séance... Aucun secrétaire, d'ailleurs, depuis le début de cette histoire...
Oui, il y avait là quelque chose à creuser.
***