Articles de Joy Briggs - Expédition
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Le soleil nous réveille tou·tes à peu près en même temps. Je reprends forme humaine et vais ramasser les vêtements et la couverture que j'avais abandonnés dehors hier soir. Évidemment, tout est humide, mais je n'ai rien d'autre.

Yuman vient vers nous avec Maigan. Nous lui répétons ce que nous avons entendu dans la nuit, et il nous demande d'aller creuser un peu plus. Il nous envoie à Missoula, sachant qu'il faut 3 heures de course pour aller et autant pour revenir : nous devons être de retour avant la tombée de la nuit. Je demande si je peux aller voir ma mère. Yuman se contente de répéter qu'on doit être de retour avant la nuit. Satisfaite, je vais étendre mes vêtements dans la tente puis me métamorphose. Theodore et Piitai, eux, plient leurs vêtements pour les transporter dans leur gueule.

 

Nous arrivons à l'orée de la ville, au parc près du pont. Les garçons se métamorphosent et s'habillent, mais je file sans me retourner : je n'ai qu'une idée en tête, retrouver ma mère. Je prendrai des vêtements à la maison. Sourde aux exclamations de mes compagnons, puis des gens que je croise sur mon passage, je trace la route jusque chez moi.

Une fois arrivée, je saute lestement par-dessus le portail et contourne la maison pour entrer par la porte arrière. Mais flûte ! Impossible de reprendre ma forme humaine… c'est bien le moment ! Je gratte doucement à la porte et attends. Après quelques instants, j'entends la voix de Honey « Jessie ! Jessie ! Y'a un loup ! ». Jessica répond par de l'incrédulité, puis finit par venir sous l'insistance de Honey… et verrouille la porte à double-tour. Excellent réflexe, mais qui ne fait pas mes affaires. Pour paraître moins impressionnante, je me roule sur le dos, comme un chien qui veut jouer.

Au bout d'un moment, ma mère finit par entendre les filles et devine ce qui se passe. Elle vient m'accueillir et me fait entrer rapidement. Une fois retransformée et après de rapides embrassades, je vais dans ma chambre m'habiller et fourrer dans un sac à dos autant de vêtements que je peux (c'est-à-dire pas beaucoup), quelques stylos et un peu de papier, mon porte-monnaie, une lampe de poche. Ma mère me raconte que la ville est en ébullition après la mort de June (« tu sais, vous étiez en classe ensemble en maternelle »), et que par ailleurs un avis de recherche a été émis à l'encontre de Piitai, qui est soupçonné d'avoir tué trois personnes. Je fais mine de découvrir les choses – mieux vaut qu'elle en sache le moins possible.

J'ai envie de rester ici, de faire comme si ces derniers jours n'avaient jamais existé ; mais je réalise que ce serait ajouter des soucis à ma mère dans cette période compliquée. Elle ne peut pas vivre dans la peur que sa fille aînée tue ses autres enfants. Je les embrasse une dernière fois et repars, mon sac sur le dos. Je retourne au parc où j'ai laissé les garçons tout à l'heure, espérant qu'ils m'y attendront. En vrai, s'ils sont repartis sans moi, je l'aurai un peu mérité.

 

Le parc est désert quand j'arrive. Mais il est encore tôt, peut-être n'ont-ils pas encore terminé leurs recherches. Je m'approche des rubalises qui entourent le parking. Apparemment, c'est ici que June est morte.

Je reste un moment perdue dans mes pensées, jusqu'à ce que j'entende les voix de mes camarades. Ouf ! On va pouvoir rentrer ensemble. D'emblée, j'explique à Piitai qu'il est recherché par la police et qu'il vaut mieux pour lui ne pas trop traîner en ville. Theodore me transmet des infos reçues de son père : la société Pure Montana Wool s'est vu accorder un permis de construire pour deux grands hangars près de la rivière, à l'endroit précis où nous avons vu les hommes cette nuit.

Il est encore tôt mais nous n'avons rien de plus à faire ici dans l'immédiat : nous reprenons le chemin du Caern.

Publié le 02/11/2026 - Pas de modifications
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