Articles de Edualk - Chapitres 13-14
Chapitre 13 : Le poids des ans
Le garde à la porte d'Orgrimmar leva la tête d'un air peu inspiré en voyant du coin de l'oeil la silhouette approcher. Puis il se redressa et prit une pose plus martiale après avoir jeté un oeil sur le visage de l'Orc qui s'arrêta devant lui.
Il se tenait légèrement voûté et boitillait en s'appuyant sur une canne. Une barbe blanche mangeait un visage couvert de rides, dont l'ancienneté était accrue par une calvitie et par les taches de vieillesse qui couvrait son crâne. Il avait aussi de nombreuses cicatrices sur le corps. Mais malgré son âge manifestement avancé, l'Orc portait une cotte de maille et une lourde hache à deux mains sur le dos.
Le garde était impressionné, et pourtant il avait tout vu dans sa déjà longue carrière passée aux portes d'Orgrimmar. Mais un Orc aussi vieux, c'était bien la première fois. Elevé dans le respect des anciens, d'autant plus rares que les Orcs avaient une vie des plus agitée et guerrière, il inclina la tête devant le vieillard.
- Mes respects, l'ancien.
- Salut petiot. Dis-donc, on m'a envoyé ça. Tu peux me dire où je dois aller ?
Le garde prit des mains du vieil Orc la lettre au sceau de la Horde qu'il lui tendait et la parcourut rapidement.
- C'est une convocation du Chef de Guerre. Je vais t'accompagner auprès de lui, l'ancien. Juste le temps de me faire remplacer...
- Tu me prends pour un gâteux, petiot ? Indique-moi le chemin, je me débrouillerai.
- C'est-à-dire, c'est une ville compliquée...
Le vieillard balaya l'argument d'un geste énergique.
- J'ai travaillé sur le chantier de cette ville alors que tu tétais encore ta mère, petiot.
Le garde ouvrit la bouche puis la referma devant l'air buté du vieillard et haussa les épaules.
- C'est toi qui voit, l'ancien. Bon, tu suis ce chemin...
Le vieillard suivi les indications du garde en boitillant. Il dû faire une pause à mi-chemin pour reprendre son souffle en grimaçant, avant de parvenir à la grande salle servant de quartier général au plus grand Orc existant, le puissant Thrall, chef de la Horde.
- Salut les petiots. Ce gamin de Thrall m'a envoyé ça.
L'un des soldats d'élite qui gardaient la salle et empêchaient les importuns de déranger leur chef à grand coup de massue baissa les yeux sur le vieillard.
- Il est occupé. Dégage pépé.
Le vieil Orc prit un air outragé et se redressa dans des craquements d'os fatigués.
- Ta maman ne t'a pas appris le respect, garnement !
Le soldat se permit un sourire en coin - le genre de sourire qu'on devine devoir regretter très rapidement. Son compère fit d'ailleurs un discret pas de côté, histoire de ne pas se retrouver impliqué dans cette histoire.
- Ma mère a tué plus d'Elfes que tu n'as de rides, papy. Elle...
- Ta mère avait la langue trop pendue pour une Orque, même si elle savait sacrément bien se servir de sa hache et qu'elle avait une sacrée descente de reins. Et son truc, c'étaient plutôt les Nains, pas les Elfes. Même si elle a manqué une fois de casser la tête de ton imbécile de père - toujours à chaparder des pommes en douce, celui-là. Au moins, ton grand-père savait se tenir. Eh ! Salut gamin ! Tu peux dire à ce garnement de me laisser passer ?
Le soldat n'était pas une lumière. Il y a toujours des postes, dans toutes les armées du monde, où des muscles saillants et la capacité de rester immobile des heures sans aller aux toilettes sont plus utiles qu'un cerveau en état de marche.
Mais il jeta un oeil sur l'autre garde qui venait de se mettre au garde-à-vous, sur le petit attroupement qui s'était formé autour d'eux et dont les participants s'étaient tous redressés, et sentit le besoin de déglutir avant de se retourner pour voir à qui le vieillard venait de faire un signe de la main.
Thrall se tenait debout derrière le soldat les bras croisés. Ses sourcils étaient froncés, mais on devinait dans ses yeux une lueur amusée - qui malheureusement échappa totalement au soldat qui ne vit que les sourcils.
- Euh... Pour la Horde ! Je... Le vieux, là... aïe !
Le soldat grimaça quand le vieil Orc lui fila un coup de canne sur le crâne.
Toujours aussi sérieux, Thrall fit signe au soldat de disparaître, ce qu'il fit d'un air soulagé, et sans dire un mot fit demi-tour et regagna son trône, suivi par le vieillard.
Assis confortablement, il fit un geste pour qu'on apporte une chaise au vieillard - qui chassa l'importun d'un geste impatient.
- Ca faisait longtemps, gamin... Dis-donc, toi, tu crois aller où avec cette chaise ? Tu me prends pour un vieux ?!
L'Orc s'enfuit rapidement avec la chaise qu'il avait apporté sur l'ordre de son chef.
- Je te salue, le Cagneux. Tu as l'air en forme.
- Ben tiens. L'exercice, ça maintient.
- Ca te fait quel âge maintenant ?
- Houla ! J'ai jamais su. De mon temps, on s'embêtait pas avec ces histoires d'âge et d'années. Sauf les chamans, bien sûr. Moi, je n'étais qu'un simple péon. On avait le temps des plantations, celui des moissons, et puis l'hiver avec les loups. Heureusement qu'il y avait la guerre de temps en temps. Alors mon âge...
Thrall hocha la tête. Les Orcs avaient eu une existence des plus difficiles depuis leur arrivée en Azeroth et le Fléau. L'espérance de vie était faible, même pour les plus valeureux ou les plus sages.
Le vieillard était né en Draenor et était un vétéran de toutes les guerres livrées depuis l'ouverture de la Porte Noire. C'est durant la Première Guerre que ses soldats lui avaient donné son surnom : le Cagneux. Il était de ces rares - trop rares - vétérans ayant survécu à tout, y compris une grande partie de leur propre famille. Il aurait pu être un de ces sages écoutés avec respect, mais c'était un péon aux goûts simples qui vivait tranquillement dans son village, entouré des siens.
Thrall l'avait connu autrefois, après son évasion. Grande gueule, et un excellent meneur d'Orcs - trop rares à l'époque donc précieux. Et surtout, il avait réussi à échapper au sang de Mannoroth.
- Bon, pourquoi tu m'as fait venir ici, gamin ?
- J'ai besoin de ta mémoire, l'ancien. J'ai... un soucis.
La lueur amusée avait disparu des yeux du chef Orc. Le Cagneux se contenta de hocher la tête.
- Un de nos villages a été attaqué.
- Salopard d'Allianceux. Je croyais qu'on avait fait la paix avec eux ?
- Ce n'est pas l'Alliance. On a d'ailleurs retrouvé un Humain parmi les corps. Il devait essayer de faire un peu de commerce.
- Qu'est-ce que tu ne me dis pas, gamin ?
Thrall sourit, un bref instant, avant de retrouver sa gravité.
- Il y avait des enfants parmi les corps. Et tous, sans exception, avaient été vidés leur sang.
Thrall observa attentivement le vieillard. Il remarqua que sa mâchoire venait de se crisper.
- Des survivants ?
- Un seul. Un gamin, abandonné aux loups. "On" lui avait seulement arraché les yeux... C'est une patrouille qui l'a trouvé avant qu'il ne soit dévoré. Il n'est pas en état de nous dire quoi que ce soit. A part un mot, qu'il répète sans arrêt...
- Quel mot ?
- "Sang"...
Le Cagneux poussa un profond soupir, et secoua lentement la tête. Thrall se leva de son trône et commença à faire les cent pas.
- D'après les anciens, un cas de ce genre s'est déjà produit il y a longtemps. Tu serais au courant...
- Elle ne leur crevait pas les yeux. Ca, c'est venu plus tard.
Thrall et le Cagneux restèrent silencieux un long moment. Puis le chef Orc se décida à rompre le silence pesant.
- Quelqu'un tue nos enfants, l'ancien. Avec cruauté. Je veux sa tête. Si tu sais quelque chose, tu dois me le dire.
- C'est une très, très vieille histoire, gamin.
- Et je veux la connaître.
Les deux Orcs s'affrontèrent du regard un moment. Thrall décida de céder le premier.
- Je veux sa tête.
- Tu l'as déjà, dit, gamin. Tu radotes, et c'est moi qu'on traite de vieux !
- Ceci...
- Laisse-moi m'en charger, gamin. Ce serait trop long de tout te raconter, et tu as beaucoup à faire, avec ce Fléau et tous ces morts-vivants.
- J'ai à protéger mon peuple.
- Un jour, il y a longtemps de ça, c'est devenu une histoire personnelle. D'honneur et de dette. Alors laisse-moi faire, gamin.
- Tu es vieux.
- Il me faudra de l'aide, c'est vrai. Mais pas n'importe laquelle. Je sais où m'adresser.
- Dis-moi au moins le nom de cette... chose, l'ancien.
- Il ne te dira rien.
Le Cagneux regardait Thrall avec sévérité. Puis son visage se détendit et il sourit à son chef.
- Ne t'inquiète pas, gamin. C'est une proie que j'ai déjà traquée. Je l'aurai.
- Et quand tu l'auras trouvé ? Ce tueur doit être puissant.
- En fait, non, pas tant que ça. C'est... particulier.
Thrall resta silencieux un moment, pesant le pour et le contre. Puis il soupira.
- Je te donne un mois, l'ancien. Tu auras des soldats, autant que tu veux...
- Ca ne se passe pas comme ça, gamin. Laisse-moi faire.
- Bon. Je te fais confiance. Ne me fais pas le regretter.
Le Cagneux salua Thrall d'un petit geste de la main et repartit, laissant au chef de la Horde un soucis supplémentaire.
Mais une fois le vieillard parti, il fit un geste à une silhouette voutée tapie dans l'ombre. La silhouette sortit de l'obscurité, dévoilant une Réprouvée en tenue de cuir noir et portant deux dagues peu engageantes au côté - Mainnoire - qui s'inclina devant le Chef de Guerre.
- Tu as tout écouté, Réprouvée ?
- Oui, Chef de Guerre.
- Bien. Suis-le discrètement. Et aide-le si nécessaire. Il te mènera à ta proie - à notre proie.
- Je crains qu'il ne soit pas de taille, Chef de Guerre. Il est vieux et fatigué.
- Réfléchis à ceci. Il a le bon sens des péons, et la force des grunts. Il a survécu à tout, et pas en se cachant au fond d'un trou. C'est un survivant expérimenté, veille à ne pas l'oublier.
- J'obéis, Chef de Guerre.
- Une dernière chose, Réprouvée. Je ne sais pas ce que mijote la Dame Noire. Mais je ne tolérerais aucune fourberie.
- Il n'en est pas question, Chef de Guerre. Mes ordres sont de tuer cette chose.
Thrall fronça les sourcils en dévisageant la Réprouvée.
- Tu parais bien jeune pour cette tâche. Et je crois savoir que tu n'es... "revenue" que depuis peu. Pourquoi Sylvanas t'a-t-elle choisie toi, et pas un de ses vétérans ?
- Je l'ignore, Chef de Guerre. Mais je ne faillirai pas.
- Bien. Car je veux la tête de ce meurtrier.
Thrall hocha la tête, et resta plongé dans ses pensées bien après le départ de la Réprouvée.
Le Cagneux avait raison. L'histoire était compliquée, plus qu'elle ne le semblait au premier abord. Des signes étaient apparus. Beaucoup les croyaient liés au retour d'Arthas en Norfendre et à son assaut raté contre les vivants, mais Thrall savait qu'autre chose était en train de réapparaitre en même temps. De vieilles rumeurs. D'anciennes histoires. Il en avait entendu certaines chez les Humains, du temps de sa captivité. D'autres chez les Trolls et les Taurens, sous forme de récits contés au coin du feu.
Des détails réapparaissaient de façon erratiques, mais Thrall connaissait la valeur de l'information et veillait à être au courant de tout. Une fois convenablement rassemblées et traitées, des informations sans liens entre elles pouvaient dresser un tableau plus vaste, et donner les clés manquantes.
Oui. Le Cagneux était vieux. Suffisamment vieux pour connaitre ces histoires, pour s'en souvenir. Et pour y avoir survécu. Thrall espérait juste que cela suffirait pour éviter le pire.
***
Chapitre 14 : Moi dire destin
Le Cagneux avait regagné en boitillant et grimaçant le village de pêcheurs de Sen'jin, où il l'attendait un très vieil ami à qui il avait donné rendez-vous. Il s'agissait d'un Chaman Troll du nom de Diredestin - pas franchement doué, mais un véritable ami et d'une fiabilité surprenante.
Assis autour de la mare formant le centre du petit village, les deux vieillards discutaient une chope à la main.
- Toi te détendre. Tout bien se passer. Moi promettre.
- Tu avais déjà dis ça la dernière fois. Avec le sanglier.
- Nous bien sorti. Entier et tout.
- J'ai toujours la cicatrice. Et j'ai encore mal à la cuisse rien que d'y penser.
Le Troll sembla sourire encore plus. Difficile à dire, en fait, étant donné les défenses déformant sa bouche et ses peintures traditionnelles lui couvrant le visage.
- Cartes jamais tromper. Toi faire confiance pouvoir vaudou.
- J'ai jamais compris pourquoi tu utilisais encore ces saloperies.
- Elles avoir pouvoir.
- Tu les a trouvées dans une poubelle. Tu étais ivre mort, et tu les a prises parce que tu as cru que c'était un livre porno.
- Ca pas empêcher pouvoir.
- En plus, c'est même pas un vrai jeu de cartes.
- Elles pouvoir servir jeu.
- Dir'... C'est un jeu des 7 familles... En plus, il manque des cartes.
- Oui-ja. Mais cartes avoir pouvoir quand même.
Le Cagneux soupira. A chaque fois c'était pareil. Ils se retrouvaient pour régler un problème, et là Diredestin sortait de son sac de Chaman son jeu de cartes pour "dire destin", et ils finissaient par s'engueuler à son sujet.
En même temps, si on ne peut pas s'engueuler avec les amis !
- Bon, alors mon problème...
- Moi tirer carte. Elle dire destin.
- D'accord, d'accord... Utilise-les, si ça te fait plaisir...
Rayonnant de plaisir, le Troll sortit de son sac mité le fameux jeu de cartes du "dire destin". Il le battit soigneusement, puis le posa sur la sol entre eux deux. Puis, avec un luxe de précautions ostentatoire, il prit lentement la carte au sommet du paquet et la posa à côté, face visible.
- Ca carte "vieil Orc têtu". Ca toi.
- Sans blague ?
- Ca dire toi grande quête.
- Ben tiens, j'ai passé une heure à te raconter l'histoire !
- Moi tirer autre carte.
Le Troll prit une seconde carte qu'il posa à côté de la première.
- Ca carte "pétasse sanglante". Mauvaise carte. Beaucoup malheur.
- "Pétasse" ?
- Oui-ja. Toi aimer ?
- Tu sais, un jour, tu auras des ennuis à traiter les Elfes de "pétasses". Ce sont quand même nos alliés.
- Elfettes toujours toutes nues. Moches. Pas assez défenses.
- Question de goût. Mais pour en revenir à ta carte... C'est celle que tu as dessiné tout à l'heure, non ?
- Cartes dire destin.
- Dir'... Je t'ai vu.
- Carte dans jeu. Elle dire destin.
- Elle n'a même pas la bonne taille ! Et regarde, l'encre a bavé !
- Mais carte dire destin quand même.
- Ben tiens... Bon, au moins, c'est une Elfe de Sang. C'est déjà une piste.
- Pouvoir être mâle aussi.
- Non, impossible.
- Carte pas évidente. Difficile reconnaître.
- C'est vrai, mais ça a toujours été une femelle.
- Oui-ja. Moi souvenir. Moi tirer autre carte.
La troisième carte suivit le chemin des précédentes.
- Ca carte "moisie cachée". Toi faire rencontre.
- "Moisie cachée" ? Laisse-moi deviner... Une Réprouvée ? Voleuse ?
- Oui-ja. Toi rencontrer combattante qui aider toi dans quête. Elle pas rigoler, mais aider toi beaucoup.
- Mouais... Et je la rencontre quand ?
- Carte dire bientôt.
- Attends voir... Tu étais à Fossoyeuse hier, n'est-ce pas ? Pour tes histoires de dettes ? A tous les coups, tu as laissé trainer tes oreilles et tu as appris des trucs !
- Cartes avoir pouvoir. Elles dire destin.
- Mais ça va mieux si on sait des trucs avant, hein ?
Diredestin éclata de son rire grave en se frappant la cuisse.
- Toi pas bête ! Cartes avoir pouvoir, car Chaman avoir pouvoir aussi !
- T'es vraiment un escroc, tu sais.
- Mais moi avoir beaucoup pouvoir avec cartes.
- Tu sais, ça irait plus vite si tu me disait directement ce que tu as déjà appris.
- Moi pas savoir. Cartes dire destin.
Une quatrième carte rejoignit les trois autres. Cagneux et Diredestin se penchèrent ensemble en fronçant les sourcils.
- C'est quoi comme carte, ça ?
- Moi pas savoir. Pas dans jeu.
- Tu veux dire que la carte est apparue comme ça ?
- Cartes dire destin. Choses bizarres arriver parfois.
- Et tu dirais que c'est quoi comme carte, ça ?
Le Troll passa un doigt sur la carte.
- Ca carte... "Souvenir revenu".
- ... Ca veut rien dire, ton truc.
- Cartes dire trucs bizarres parfois.
- Quel genre de souvenir ?
Le Troll haussa les épaules, puis grimaça en se tenant les reins.
- Toujours ta sciatique ?
- Oui-ja. Beaucoup gêne. Moi retourner voir Chaman pour potion.
- C'est un Gobelin, et il se fait livrer sa came de Cabestan.
- Potion beaucoup calmer douleur.
- Vu la puissance du machin, ça ne m'étonne pas... Bon, pour en revenir à ta carte : t'en penses quoi ?
- Pas savoir. Bizarre. Humain ? Moi pas sûr.
- Il a une armure sur ta carte. Un de ces trucs lumineux, là... un Padalin, non ?
- Peaux-roses dirent "Paladin". Moi pas sûr. Bizarre.
- Donc on a un Paladin dans l'histoire ?
- Normalement non. Mes indics m'ont jamais parlé d'un palouf.
- Fais gaffe, tu perds ton accent.
- Oups ! Merci vieux... Moi pas savoir. Carte dire peau-rose revenir. Mais... pas Paladin. Autre chose. Ca bizarre.
Le Cagneux observa son vieil ami réfléchir devant la carte.
Diredestin était un ami fidèle et peu compliqué, si on mettait de côté sa manie de se faire passer pour un Troll de la jungle.
En réalité, il n'avait jamais mis les pieds dans la verdure et avait servi d'homme de main - pardon, de Troll de main pour une petite frappe locale pendant sa jeunesse. Puis un jour il avait eu une sorte de "crise" de mysticisme. Il avait décidé de retrouver ses racines Trolls - nonobstant le fait que sa famille avait quitté la jungle plusieurs générations auparavant pour se faire marchands de fruits et légumes.
Il avait trouvé un vieil ivrogne qui se faisait passer pour un Chaman pour lui apprendre deux-trois trucs, et avait décidé de se retirer de la civilisation pour retrouver son "moi intérieur". Il avait tenu 10 minutes. C'était 9 de plus que ce à quoi tout le monde s'attendait. Et il était revenu de cette "expérience" transfiguré.
Depuis, il parlait comme un sauvage, prétendait lire le destin dans un jeu de cartes et affirmait connaitre les herbes, même si ses connaissances provenaient quasi-exclusivement d'un vieux livre moisi trouvé au fond d'une poubelle et des quelques plantes maladives poussant autour de son village.
Par contre, il avait des indics dans toutes les villes et grâce à eux arrivait à recueillir des informations que personne d'autre n'aurait eu. Et en bon comédien, les faisait passer grâce à son fameux jeu de cartes.
Le Cagneux et lui s'étaient rencontré bien des années auparavant. Le Troll avait essayé d'escroquer l'Orc, qui s'était fait avoir et l'avait compris suffisamment vite pour l'attraper et lui casser la figure. Depuis, ils étaient devenu copains comme cochon, jusqu'à passer leur vieillesse dans le même village à Durotar où ils passaient le temps en se chamaillant.
C'est donc tout naturellement que le Cagneux était allé le trouver pour avoir un coup de main. D'où leur séance de carte.
Finalement, après avoir longuement réfléchi, Diredestin haussa les épaules.
- Nouvelle carte dire plus. Moi tirer.
- Tiens, je la connais celle-là. "Grand chauve air con", c'est ça ?
- Oui-ja. Lui beaucoup râlerie.
- Ca, je confirme.
- Toi connaître ?
- Comme tout le monde. C'est quoi déjà son nom... ?
- Lui Llégion. Vouloir conquérir monde. Beaucoup problèmes démons.
- Ah oui, Llégion. Tu as quoi comme info avec lui ?
- Moi pas savoir. Carte pas devoir être là.
- Tu es sérieux, là, où ça fait partie du jeu ?
Le Troll sourit à nouveau.
- Cartes dire destin. Choses bizarres arriver. Mais là faire beaucoup.
- Tu aurais une idée du lieu où le rencontrer ?
- Lui disparu. Moi entendu dire lui fâché. Partir vacances. Loin.
- Alors qu'est-ce qu'il fout là ?
- Moi pas savoir. Bizarre.
- Tu n'as pas une carte sur ça ?
Le Troll haussa les épaules.
- Moi savoir non. Mais choses bizarres, alors moi essayer.
Il tira une nouvelle carte.
- Ca carte "grand mystère". Ca normal. Carte dire pas pouvoir trouver Llégion.
- Bon, comme ça c'est fait.
- Moi tirer nouvelle carte.
La carte tirée était pour une fois très colorée.
- Ca carte "crapule minable".
- Un Voleur, donc. Et pas un Orc, car je ne connais aucun Voleur Orc qui corresponde à ce genre de description.
- Lui peau-rose. Pas sympa.
- Et il fait quoi dans l'histoire ?
- Mmm... Lui chercher aussi. Pas vouloir, mais obligé.
- Il peut aider ?
- Moi dire... un peu. Minable.
- En plus, c'est un Humain.
- Oui-ja. Lui pas aider.
- Alors pourquoi tu l'as tirée ?
- Cartes dire destin. Toi pas chercher comprendre.
- Tu sais quoi ? Ca devient bizarre ton truc. Tu es sur que tu maîtrises vraiment ton... "pouvoir" ?
- Oui-ja. Toi pas être inquiet. Moi tirer nouvelle carte.
Cagneux sourit devant le résultat du nouveau tirage.
- Ca, c'est pas moi...
- Non. Ca carte "gâteux". Mais nabot. Pas toi. Toi plus grand.
- Crétin.
- Celui qui dire être.
- Utile ?
- Ca pas utile nous. Utile autre. Carte seulement pour faire joli. Et ouvrir portes sur utile.
- Envoie la suivante.
Diredestin leva un sourcil intéressé à la vue de la carte.
- Ca bien. Ca carte "Paladin pas bête". Très utile. Savoir beaucoup. Aider beaucoup.
- Pour une fois... Et il s'appelle ?
- Moi pas savoir. Utiliser cartes pour savoir nom.
- Il y a des noms sur tes cartes ?
Le Troll haussa encore les épaules.
- Cartes bizarres aujourd'hui. Moi tenter coup.
Le Troll tira plusieurs cartes à la suite, et les mit les unes à côté des autres, chacune ayant une lettre dans un coin.
- E-D-U-A-L-K.
- Sur ta carte, il a une tête d'Humain.
- Oui-ja. Toi trouver lui pour avoir aide.
- Ca va être facile, tiens.
- Toi pas inquiétude. Moi aider toi. Avec cartes.
- Ouais, mais... Attends voir !
Le Cagneux réfléchit.
- Edualk... Edualk... Pourquoi ça me dit quelque chose... ?
- Toi connaître peaux-roses ?
- On ne fait pas que se taper dessus, à la guerre. La guerre...
- Moi tirer carte pour aider.
- Si ça peut te faire plaisir...
Diredestin prit délicatement et avec un luxe de précautions grandiloquent la carte suivante, puis la retourna.
- Grande cité peaux-roses. Brûle.
- Oui ! Je me souviens ! Le gamin !
- Lui ami toi ?
- Je ne dirais pas ça. Je l'ai rencontré juste après la destruction de Hurlevent, lors de la Première Guerre. Son oncle qui s'occupait de lui était un ami de Gloïn.
- Moi souvenir. Lui nabot.
- Un Nain, oui. Il ne doit plus être tout jeune.
- Comme carte "gâteux" ?
Le Cagneux sourit.
- Tiens, c'est vrai. Je lui avais parlé de cette histoire, à l'époque, quand cette saloperie était réapparue. Il l'a traquée - moi j'étais coincé avec mes grunts.
- Moi comprendre. Nabot et Paladin aider toi.
- Le connaissant, Gloïn doit toujours être dans sa ferme en Dun Morgoh. Maintenant, je sais par où commencer.
Le Cagneux soupira.
- Ca promet, comme histoire...
- Ca foireux.
- Ouais.
- Ca danger.
- Oh que oui.
- Beaucoup blessures.
- Y'a des chances.
Les deux compères se regardèrent et sourirent.
- Une nouvelle aventure, abruti de Troll ?
- Moi partant, Orc stupide. Moi préparer baume calmer douleurs dos.
Cagneux grimaça.
- Bien vu.
- Quoi nous attendre ?
- Que t'ai ramassé ton fourbi. parce que je te signale qu'on attend que toi !
Cagneux et Diredestin se levèrent en riant. La journée semblait morose, le danger extrême, les chances de réussite infimes... Une dernière aventure ? Pourquoi pas. Il fallait bien mourir un jour...
Publié le 16/10/2012 - Pas de modifications