Articles de Edualk - Chapitres 15-18
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Chapitre 15 : La soirée commençait pourtant bien


Auberge de Hurlevent, le soir.
- Aller ma mignonne ! La petite soeur !

La serveuse jeta un regard méprisant assorti d'une moue dégoûtée sur le Voleur qui squattait sa table depuis le début de l'après-midi.
- Paye déjà ton ardoise, mon gars.
- Mon ardoise ? Allons ! Pourquoi gâcher une si belle journée avec de vulgaires questions d'argent ?

Le Voleur essaya de glisser une main sous le jupon de la serveuse mais celle-ci s'y attendait et esquiva le geste.
- Pas de ça avec moi ! Paye ou dégage !

Le Voleur lui lança un sourire éclatant et, d'un air innocent, posa sa dague sur la table.
- Je crois que je vais choisir la troisième option, ma jolie. Celle où je reste et où toi et moi on devient les meilleurs amis du monde.

La serveuse hoqueta de surprise, puis se fendit d'un grand sourire après quelques secondes d'hésitation.
- Moi, je pense que tu vas prendre les deux premières, en fait.
- Tu crois, ma jolie ? L'espoir fait vivre...

Une main lourde et gantée de cuir s'abattit sur l'épaule du Voleur. Son sourire ne vacilla même pas et il ne fit pas l'effort de se retourner.
- Fous l'camp, ducon.
- Vous êtes Arsène ?
- J'ai dis : dégage !

Arsène se retourna, sa dague bien en évidence, et se figea.
L'homme qui lui avait posé la main sur l'épaule était un garde de Hurlevent lourdement armé, accompagné de cinq autres gardes. Tous avaient l'air peu amènes, et avaient la main sur la poignée de leurs épées.
Arsène hésita, puis sourit encore plus, faisant disparaitre sa dague sous sa chemise.
- Bien le bonjour, valeureux gardes de notre belle cité ! Comment allez-vous en cette magnifique journée ?

La serveuse rit ouvertement quand les gardes attrapèrent le Voleur et le jetèrent au sol puis lui lièrent les mains. Puis elle fit un signe au chef.
- Dis donc, Roger, ce type me doit quelques pièces d'or.

Le garde enleva la bourse du Voleur et la lança à la serveuse qui l'attrapa d'un geste vif et l'ouvrit pour regarder à l'intérieur.
- Garde la monnaie.
- Rassure-toi, il n'y en a pas lourd, vu son ardoise...
- Désolé pour le dérangement, Sally. Et bonne journée.

Arsène voulut parler tandis que les gardes le trainaient et le poussaient sous les applaudissements des quelques clients de la taverne, mais fut réduit au silence d'un coup de poing.


***


Chapitre 16 : Une erreur, sûrement


Arsène grimaça quand les deux gardes le jetèrent sur la chaise. Puis ils saluèrent et se placèrent juste derrière lui. Leur jetant un regard désabusé, le Voleur s'intéressa à l'homme derrière le bureau qui lui faisait face.
- Bien le bonjour, noble seigneur. Je pense qu'il doit y avoir une légère erreur que je ne doute pas pouvoir dissiper...
- Tu t'appelles Arsène, c'est ça ?

Arsène se fendit d'un sourire innocent. Quand un chef des gardes d'une des capitales de l'Alliance, Paladin qui plus est, attaquait une conversation directement par le tutoiement, sans même ordonner qu'on lui enlève ses liens, cela augurait d'une situation délicate. Mais il avait l'habitude.
- Arsène ? Connais pas. Je m'appelle...
- Arsène, anciennement membre de la Confrérie des Défias. Foutu à la porte des Mortemines par Van Cleef.

L'homme leva la tête de l'épais dossier posé devant lui et lança un regard dur au Voleur.
- Foutu à la porte... Un minable, donc. Aussi crapuleux qu'un peau-verte. Et aussi futé qu'un Ogre.
- Eh ! Dites !
- Tu as un joli pedigree, mon gars. Vol, violence, escroquerie... et même quelques actes de trahison, histoire de marquer le coup. Un bon client pour le bourreau du Roi.

Arsène se redressa.
- Je proteste, messire ! Je ne suis qu'un modeste voyageur et aventurier qui va de ci, de là, essayant de gagner modestement ma vie...
- La ferme.
- Je pense qu'il doit y avoir...

L'un des gardes derrière lui lui colla une violente claque derrière le crâne.
- Eh ! Ca fait mal !
- Le Capitaine a dit de la fermer, crapule.
- Merci caporal. Oui, le bourreau sera ravi de te rencontrer. Le seul problème, c'est de savoir comment procéder. La corde ? La hache ? Le garrot ? On pourrait aussi envisager de te livrer aux peaux-vertes. J'ai reçu des avis de recherche à ton nom. Tu leur a fait une sacrée impression, dis-moi.

Arsène sourit.
- Il faudrait que j'en parle au Roi, alors. Il n'a pas l'air d'aimer beaucoup les Orcs à ce qu'on dit. Je me demande si je ne devrais pas demander une médaille...

Le Capitaine rit doucement.
- Ah, Arsène... Tu m'amuses. Tu savais qu'on a capturé un Défias qui nous a donné une belle liste de noms ? Tu vas rire, mais le tien est le premier qu'il a donné. Comme quoi tu aurais participé à une certaine émeute, autrefois... Tu sais, les cailloux qui pleuvaient...

Pour la première fois de l'entretien, Arsène sembla mal à l'aise.
- Vous n'allez pas me coller ça, Capitaine ? Je ne suis pas du genre à lapider les femmes, moi !
- Exact, toi, tu te contentes de les coller dans ton lit et de les dépouiller. Quand tu ne les mets pas sur le trottoir. Un vrai humaniste, en somme.
- Des ragots, Capitaine...
- Et oui, c'est ça le drame, tu sais : on prête plus aux ragots qu'aux faits réels. Le truc drôle, avec toi, c'est qu'on ne sait quoi choisir : tu en as tellement fait qu'en fouillant bien, on pourrait sûrement te coller l'histoire d'Hyjal sur le dos.
- Non mais...
- D'ailleurs, t'étais où à l'époque ?

Arsène souffla.
- Ecoutez, Capitaine. Je veux bien reconnaître avoir fait quelques erreurs dans ma jeunesse...
- J'ai un rapport datant de ce matin - quand tu as dépouillé les gosses de la Comté de l'Or. Inutile de nier, il y a des témoins.
- Vous n'allez pas écouter des morveux...
- Mon fils n'est pas un morveux.
- Ah.
- Et oui.
- Euh... J'ai un garant. Sérieux. Un héros.
- J'imagine bien le genre de héros.
- Non, sérieux. Un Paladin. Mon fils, Edualk...

Le Capitaine ne broncha pas.
- Edualk ? Connais pas.
- Mais si ! Forcément ! C'est un vrai héros, mon gamin, parti combattre en Outreterre... Même qu'il doit être en train d'assiéger le repaire d'Arthas à lui tout seul !
- Jamais entendu parler.

Arsène hésita.
- Pourtant, ça fait des années qu'il sert de larbin...
- Je vois bien le genre de minable. Il en arrive tous les jours, des gars de ce genre. Ils se croient futés, voire doués, et en fait, ce ne sont que des parasites.
- Mais...
- Un gars dans ton genre, sûrement. Un lâche qui se planque derrière son armure...
- Et ! Dites ! Mon fils n'est pas un lâche !
- Peu importe. Mais si tu veux le faire venir, pas de problème. On trouvera bien un truc à lui coller sur le dos - vu sa généalogie.

Arsène se leva brusquement, immédiatement intercepté par les gardes qui le rejetèrent sur la chaise.
- Laissez-le ! C'est un type bien, pas comme...
- Pas comme toi, c'est ça ?
- Oui ! Non ! Je... Et puis merde, vous voulez quoi à la fin ?
- Te présenter notre bourreau, qu'en dis-tu ? C'est un gars bien, notre nouveau bourreau. Un peu maladroit, par contre. Tiens, l'autre jour, on lui a donné un violeur à décapiter. Joe le pointeur - un ami à toi, non ? Décapitation à la hache, bien sûr. Tu aurais vu ça... Il s'y est repris 14 fois ! Le sang giclait, le gars hurlait - remarque, il a arrêté au 12e coup. Par contre, le public était content, il a même applaudi. Trop content d'être débarrassé de cette raclure...

Arsène se tortilla sur son siège.
- Je suis sûr qu'on pourrait s'arranger, vous et moi...
- La corruption de fonctionnaire, c'est la bastonnade. Moi, je serais plutôt pour te coller ça en plus, mais vu ton dossier, faudra étaler les festivités sur plusieurs jours. Le peuple risque de se lasser.

Arsène sourit faiblement.
- Mais, Capitaine, si je suis ici, c'est que vous attendez quelque chose de moi, non ? Genre un accord, je vous file des tuyaux et on efface mon ardoise ?
- Ou peut-être que j'avais juste envie de rencontrer le plus beau salopard qui ai mis les pieds à Hurlevent depuis qu'Onyxia a été chassée d'ici ?

Arsène jeta un coup d'oeil inquiet sur les deux gardes derrière lui et déglutit.
- Aucun moyen, alors ? Je sais des trucs sur Van Cleef...
- ... qui n'ont plus la moindre valeur depuis que tu as été chassé des Mortemines. Non, par contre...

Le visage du Voleur s'illumina comme celui d'un noyé voyant apparaitre à sa portée un débris flottant.
- Par contre ?
- Tu peux faire un truc pour nous. Un truc utile à la collectivité.
- Et en échange on efface tout ?

Le Capitaine éclata de rire, accompagné par les deux gardes.
- Franchement ? Même si tu me ramenais la tête de ce salopard d'Arthas, j'aurais encore de quoi t'envoyer au gibet. Non, on peut envisager une remise de peine...
- Concrètement ?
- Concrètement, tu restes en vie. Et ta vie appartient désormais à un autre.
- Vous, Capitaine ?
- J'aurais aimé, crois-le bien, histoire de te faire connaître deux-trois trucs appris auprès des Trolls de Strangleronce, notamment celui avec les bananes...

Arsène blêmit.
- Tiens, tu connais ? Mais non. Tu pars directement au SI-7.

Le Capitaine fit un signe aux gardes qui empoignèrent brutalement Arsène.
- Au fait, Arsène, fais-moi plaisir : foire ce coup-là, histoire qu'on puisse se revoir.

Arsène n'eut pas le temps de répondre, mais il respirait mieux. Le SI-7 ? Un plan foireux, et dangereux, sûrement. Mais au moins, il restait en vie et libre pour le moment. Libre de prendre la tangente.

Trainé autant que poussé vers le siège du SI-7, le Voleur se retint de sourire. Toujours avoir une porte de sortie. Là était le secret, et celui qui coincerait Arsène n'était pas encore né !


***


Chapitre 17 : Le marché


Matthias Shaw jeta un regard amusé sur Arsène que les gardes venaient de jeter à ses pieds avant de se retirer - l'un des deux prit quand même le temps de lui balancer un coup de botte dans les côtes.
Arsène se releva en grimaçant, les mains toujours liées. Le chef du SI-7 fit un signe à un de ses hommes de couper les liens et resta silencieux à le regarder se masser les poignets. Arsène en profita pour jeter un oeil autour de lui discrètement, histoire de repérer les lieux et les sorties. En jouant bien le coup...

- Tu seras à terre avant d'avoir fait un pas, Arsène. Alors oublie, et discutons, veux-tu ?

Le Voleur grimaça.
- J'ai une bonne pointe de vitesse. Mais je vais quand même écouter votre histoire, par curiosité.
- Et aussi parce que tu n'as pas le choix.
- Si vous le dites...

Shaw s'assit tranquillement dans un siège confortable. Arsène en chercha un autre des yeux, mais se rendit compte qu'il n'y en avait pas. Tant pis, en restant debout, on pouvait s'enfuir plus vite.
- J'ai une copie de ton dossier sur mon bureau, Arsène. Tous tes exploits depuis tes 12 ans.
- Elle m'avait fait du rentre-dedans.

Arsène avait répondu machinalement.
- Peu importe. Ce n'est pas ton passé qui m'intéresse, mais ton futur.
- Moi aussi : j'aime l'idée d'en avoir un.
- Ca, Arsène, c'est loin d'être gagné. Ca dépend grandement de toi.
- Alors pas de soucis !
- J'aurais dit le contraire pour ma part...

Shaw resta silencieux, à observer le Voleur qui en profita pour repérer les objets de valeur de la pièce. Il dut reconnaître qu'il y en avait quelques uns. Mais quelque chose lui soufflait que s'en emparer ne serait pas aussi facile que ça.
Shaw reprit la parole.
- J'ai un travail pour toi. Est-il utile de préciser que tu n'as pas le choix ?
- On a toujours le choix.
- Non.

Arsène grimaça.
- Et c'est payé combien ?
- Tu restes temporairement en vie. Autant dire que la paye est royale.
- Je suppose que j'aurais des frais...
- Probablement.
- Ca tombe mal, je ne suis pas très en fonds en ce moment...
- Ne t'inquiète pas. Tu recevras de quoi subsister.

Le regard d'Arsène se mit à briller.
- Le soucis, c'est que j'ai eu beaucoup de frais dernièrement...
- Ne t'inquiète pas à ce sujet.
- Si vous prenez ça en charge...

Shaw sourit.
- J'aime ton culot, Arsène. Sincèrement. Non, en fait, je pense être quelqu'un d'assez intelligent pour ne pas te faire confiance.
- Vous me vexez.
- Tu survivras. Tu vas travailler pour moi. Et je te donne un chaperon, histoire d'être sûr que mes instructions seront bien comprises.

Arsène prit un air qui se voulait détaché. Un chaperon ? Ca peut se semer...
- Et en quoi consiste ce travail ?
- En fait, c'est une vieille histoire. Très vieille.
- Pas trop mon truc, les vieilleries.
- Ce n'est pas ce que m'ont dit tes fourgues. Il parait même que tu as un goût très sûr. Mais là n'est pas la question. Dis-moi, Arsène, connais-tu un Nain du nom de Gloïn Marteau-d'Acier ?

Arsène prit le temps de réfléchir à sa réponse. Shaw était renseigné, et très bien renseigné selon la rumeur.
- Disons que c'est un ami de la famille. Pas trop ma tasse de thé, les nabots.
- Je veux que tu ailles le voir. Il a des réponses à des questions que je me pose. Des questions importantes.
- Alors pour commencer...
- Arsène, Arsène... Ne t'ai-je pas dit que tu n'avais pas le choix ?

Arsène ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma lentement, en prenant soin de ne pas bouger. Il venait de sentir la pointe d'une lame dans ses reins - une lame tenue par un homme suffisamment discret pour se glisser derrière lui. Il déglutit.
- Trois remarques ?
- Tu es gourmand. Mais soit, je te les accorde.
- En un, pourquoi ne pas aller le voir vous-même ?
- Gloïn est un Nain discret, et il n'aime pas, disons... les individus dans mon genre. Toi, il te connait.
- En deux, je ne l'ai pas vu depuis tout gosse. Et lui et moi, ce n'est pas... je veux dire...
- Il est Paladin, tu es un salopard. Mais comme tu l'as dis toi-même, c'est un ami de ta famille depuis longtemps.
- En trois, je n'ai aucune idée de là où il peut être.
- Mais tu connais ceux qui pourront te le dire, et ceux-là ne me le diront pas à moi.
- Et en quatre...

La pointe s'enfonça légèrement dans les reins du Voleur.
- Attendez !

Shaw fit un léger geste de la main, arrêtant l'avancée de la pointe.
- Mon gamin ! Edualk ! Un Paladin, marteau, noblesse, tout le toutim. Et il connait plein de trucs ! Copain comme cochon avec le vieux Nain ! Lui, c'est votre homme !

Shaw sourit.
- Je n'ai que deux réponses à te faire, par contre. En un, je connais Edualk. Il a déjà travaillé pour moi. Il a d'autres soucis. Et bien qu'il ne soit guère efficace, je ne tiens pas à mettre en danger quelqu'un d'expérimenté comme lui.
- "Guère efficace" ? Mais il est Paladin...
- Et en deux, dois-je comprendre que tu préfères laisser passer cette chance, et te confier au Capitaine de la Garde ? Je crois qu'il t'aime bien, tu sais...

Arsène digéra les propos de Shaw.
- Non...
- Il me semblait bien. Nous sommes donc d'accord ?
- J'aimerais en savoir plus avant...

Arsène grimaça en sentant la pointe de la lame s'enfoncer de quelques millimètres.
- Toujours à essayer de négocier, Arsène ? J'avoue que tu m'impressionnes.
- Il faut au moins que je sache de quoi il s'agit !
- En effet.

Shaw s'enfonça dans son fauteuil et ouvrit un mince cahier qu'il se mit à feuilleter.
- Le secret, Arsène, n'est pas de recueillir les informations, mais de les trier et de les exploiter. De trouver les liens. De trouver l'angle pour avoir la vision d'ensemble la plus juste possible.
- De loin, c'est mieux, je l'ai toujours dit.
- Oui, mais toi tu es un lâche. Bien, que savons-nous ? Arthas s'est réveillé et à tenté de nous frapper. Il a échoué, et nous sommes maintenant au Norfendre pour mener la guerre sur son sol.
- Merci du tuyau. J'éviterai la région alors.
- Je n'en doute pas venant de toi. Mais avant cela, il y a eu des choses étranges. Une nuit, la même nuit, les Mages de Hurlevent ont eu un moment de panique. Un mauvais cauchemar. Les Démonistes se sont cachés dans leurs sous-sols aussi. Et un certain nombre de témoins affirment avoir vu la lune devenir couleur de sang. Qu'en penses-tu, Arsène ?
- Les trucs magiques, ce n'est pas ma spécialité...
- J'ai aussi reçu d'autres informations. Mon homologue de Lune d'Argent m'a envoyé un signalement il y a quelques temps. Une Chevalière de Sang devenue folle, dont il me demande de m'occuper si jamais elle venait dans nos régions. Et le Chef de Guerre de la Horde a ordonné une enquête au sujet du massacre d'un de ses villages. Qu'est-ce que j'oublie... Ah oui, la Dame Noire a elle aussi des soucis suffisamment importants pour ordonner à deux de ses serviteurs d'aider le Chef de Guerre.
- Vous êtes bien renseigné.
- Oui, il paraît. Il y a des déductions à tirer de tout ceci. Des liens. Cette Chevalière est dangereuse. Elle a été discrète avant de passer en Kalimdor, mais pas assez pour ne pas laisser de traces. Ces traces laissent à penser qu'elle n'est pas qu'une folle. Qu'elle n'est "plus seulement" une folle.
- En résumé : foireux, dangereux et sans possibilités d'enrichissement.
- Et c'est toi qui va t'occuper de tout ça. Je veux que tu la retrouves et que tu te fasses une idée d'elle.
- Pourquoi Gloïn alors ?
- Il a déjà traqué quelque chose d'approchant, autrefois. Deux fois, à ce que je sais. Une meurtrière dont la principale caractéristique était de... boire le sang de ses victimes.
- Putain...

Arsène avait blêmi, tandis que Shaw restait stoïque.
- Oui, tu connais toi aussi cette histoire. Tu avais participé à la première traque de cette...
- La Sanglante. C'est comme ça que le Gnome, Grangarçon, l'avait appelée. Une foutue saloperie de tarée. Mais on l'a eu ! Gloïn l'a décapitée ! On a même touché la prime pour sa tête ! On avait fait part à trois, entre moi, le Nain et le Gnome, mais Gloïn a refusé parce qu'il voulait seulement venger son gamin ! Je... Ma première paye honnête...
- Et des années plus tard, le même Gloïn reprenait la route pour l'affronter à nouveau.
- Impossible ! J'ai vu sa tête !
- Il y a de la magie derrière tout ça, Arsène. Une magie passant de porteur en porteur - et, selon moi, maintenant en cette Elfe qui m'a été signalée.

Arsène était silencieux, pensif. Puis il soupira en secouant la tête.
- Donc, je n'ai pas le choix.
- En effet. Tu pars dès ce soir pour Menethil par le premier griffon. Tu y retrouveras ton chaperon qui doit arriver d'Auberdine par bateau, ainsi qu'un homme à moi qui lui remettra ses instructions. Ensuite, vous commencerez votre recherche.
- Je suis à sec...
- Le maître des griffons a des instructions. Et mon agent te fournira de quoi subsister - ou plutôt le fournira à ton chaperon.

Arsène prit une mine déçue tout en se retenant de sourire. Partir seul, sans surveillance, pour un port lointain... Il lui suffirait de trouver l'agent, de le dépouiller - rien de très compliqué - et de prendre le premier bateau. Ou mieux, de se perdre dans les Paluns... Avec un peu de chance, il pourrait même organiser sa mort "officielle" - ce ne serait pas la première fois !

- Au fait, Arsène...
- Oui ?
- Tu vas essayer de me doubler. Essaie seulement de ne pas perdre trop de temps.
- Votre manque de confiance...
- Et tu échoueras, bien sûr, car j'ai pris mes précautions.

Arsène haussa les épaules. Des précautions ? Un peu de patience, de l'astuce et de l'habileté, et d'ici un mois il serait ailleurs, en sécurité.

Alors que les gardes emmenaient sans ménagement Arsène jusqu'à l'aire d'envol, Shaw ferma les yeux et reprit sa réflexion. Avec de la chance, Arsène serait à la hauteur - suffisamment pour attirer l'attention le temps que d'autres s'occupent de cette histoire sérieusement...


***


Chapitre 18 : Souvenirs, souvenirs...


Le trajet d'Arsène vers Menethil se déroula sans incident. Certes, l'idéal aurait été de pouvoir obliger le griffon qui le transportait à se détourner vers une destination plus agréable, mais cette satanée bestiole ne suivait que le trajet que les hommes du SI-7 lui avait indiqué. Arsène en profita pour réfléchir à la suite des opérations.

Menethil était un port actif donnant sur les marais des Paluns et communiquant avec le continent de Kalimdor et depuis peu le Norfendre. Prendre un navire était hors de question - Theramore était surveillé, et le Norfendre était désormais zone de guerre, donc le pire endroit où se réfugier.
Le port offrait en lui-même des opportunités intéressantes, mais cela faisait longtemps qu'Arsène n'y avait pas mis les pieds. Il se souvenait d'ailleurs d'une embrouille l'ayant obligé à quitter la ville précipitamment... Mais rien d'impossible à négocier.
Non, les Paluns étaient la meilleure opportunité. Bien sûr, la région était puante et inintéressante au possible, sans parler de la faune particulièrement agressive. Mais c'était l'endroit idéal pour se perdre et se faire oublier.

Arsène sourit alors que le griffon survolait les Steppes Ardentes. Bien, maintenant, il lui fallait songer au plan B. Toujours avoir un plan de secours, là était le secret. Et face à un type comme Shaw, c'était même obligatoire. Il était parfaitement possible qu'Arsène soit obligé de filer doux et de subir la présence de son "chaperon". Sûrement un Elfe, vu l'endroit du rendez-vous. Un bouseux aux moeurs bizarres, un amoureux de la nature. Donc totalement inadapté à la ville...
Puisqu'ils devaient retrouver ce vieux gâteux de Gloïn, autant commencer par Forgefer, non ? Arsène connaissait la ville comme la poche de son voisin, et avait des contacts dans certains quartiers louches. Oui, ce serait facile de convaincre l'Elfe de l'accompagner, de lui offrir un verre, puis deux, puis vingt, et de l'abandonner ivre mort - non sans l'avoir délesté de sa bourse !
Encore une opération rondement menée ! Voilà le secret : toujours être en mouvement, ne jamais se laisser prendre, jamais plus de quelques jours au même endroit.

Le griffon passa du gris des Steppes au blanc de Durn Morogh. Cela rappela à Arsène de vieux souvenirs. Gloïn... Ce vieil imbécile... Avec sa morale, ses regards sévères, sa rigidité infernale ! Même Grangarçon, pourtant un Gnome des plus calme, finissait par s'énerver. C'était il y a quoi... 30 ans ? 30 ans... déjà... Arsène grimaça en songeant à certaines douleurs qui revenaient de plus en plus régulièrement. Oui, les temps héroïques n'étaient plus, mais il pouvait encore faire illusion, surtout devant des caves.
N'empêche, cette fichue histoire avait été suffisamment glauque pour que tous en ai été soulagés quand ils l'avaient coincée et tuée.

L'esprit d'Arsène s'envola dans le passé, plus de trente années plus loin.


La Porte Noire ne s'était pas encore ouverte. Mais des signes avant-coureurs laissaient présager un avenir sombre.
Arsène et sa famille vivaient en Elwyn tranquillement - sauf Arsène qui était déjà en train de filer voyou au désespoir de son père et de ses frères. Puis il y eu cette nuit de cauchemars, où la lune se teinta de rouge... Deux semaines plus tard, des Nains au visage fermé étaient arrivés, portant un corps mutilé, celui du fils de Gloïn, un Nain vivant chez les Humains et vieil ami de la famille. Cela l'avait rendu fou de douleur, inconsolable - et assoiffé de vengeance.

Arsène n'avait jamais apprécié le fils de Gloïn. Aucune fantaisie, et aussi droit et buté que son père. Mais il fallait que quelqu'un accompagne le Nain, et ce ne pouvait être personne d'autre qu'Arsène. Comme s'il avait eu le choix... C'était ça ou la prison, tout ça à cause de broutilles diverses et d'objets sans propriétaire retrouvés dans les poches du jeune homme.

Ils étaient donc parti sur les routes, tous les deux. En chemin, ils avaient récupéré un Gnome du nom de Timéas Grangarçon, un aristocrate désargenté mais habile avec ses mains et sa lame. Trois aventuriers, pour une vengeance qui se transforma en acte de justice.
Le meurtrier était une femme, une obscure fille de ferme devenue démente sans raison et qui s'était mise à massacrer des innocents, à mutiler leurs corps, à boire leur sang et manger leur chair. Ils l'avaient traquée sans se reposer pendant des semaines, Gloïn pour la vengeance, Grangarçon pour la justice, et Arsène pour la coquette récompense pour sa capture, morte ou vive.
Il le savait, Arsène avait vécu là ses plus beaux moments. Gloïn lui avait appris à se battre, Grangarçon lui avait appris des trucs qu'il utilisait encore aujourd'hui pour escroquer les pigeons et paraitre celui qu'il n'était pas. Les meilleurs moments de sa vie... jusqu'à ce qu'ils la trouvent.

Comment avaient-ils survécu à cette monstruosité ? Cela n'était pas une femme, mais une pure abomination, une parodie d'être humain, une bête difforme sans raison ni pitié, suintant la faim et la haine à tel point qu'ils avaient failli devenir fous. Mais Gloïn avait tenu bon. Grangarçon et Arsène avaient suivi. Et ils avaient réussi à tuer ce monstre, Arsène lui portant le coup de grâce dans le dos - pas élégant, mais qui parle d'élégance quand il s'agit de survie ?
Ils avaient porté sa tête à Lordaeron, où le Roi lui-même avait demandé à les rencontrer pour les féliciter.

Les meilleurs moments de sa vie...


Arsène se secoua alors que le griffon entamait sa descente vers les Paluns. Foutue histoire... Cela avait été réglé ! Définitivement ! Mais Gloïn l'aurait encore affronté des années plus tard ? Et vaincu ? Impossible !
Non... A moins que le danger ne soit plus grand encore...

Arsène soupira et se reprit. Allons ! Pas de faiblesse ! Prendre la tangente, rester en vie, laisser les autres faire le sale boulot. Ca, c'était la vraie vie !


***
Publié le 16/10/2012 - Pas de modifications
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