La souffrance connaît-elle une limite?
Il semblait bien que non...
J'étais assoupi dans un lit de l'auberge de Tranchecolline, un petit village Orc en Kalimdor.
Avant mon éveil je fis un cauchemar. Je rêvais que j'étais dans la réalité, tel un rêve éveillé. C'était le noir total, et je sentais une menace effrayante rôder autour de moi. J'avais peur, terriblement peur, d'autant que je me sentais vulnérable, étant totalement paralysé. Cette force maléfique pénétrait jusqu'au plus profond de mon esprit, le sondant avec une facilité déconcertante, et touchait à mes peurs les plus fortes et les plus enfouies de mon subconscient.
J'avais le sentiment que cette menace latente pouvait à tout moment se muer en attaque physique, ou en torture psychique, ou quoi que ce fût d’épouvantable, me sentant totalement à sa merci.
Au bout de quelques instants, le noir céda la place à un visage, de grande taille, laid et difforme. Il me sourit avec un regard sadique, et me dit, à voix lente :
- Maintenant... Tu es à moi..." le visage se rapprocha progressivement de moi, pour arriver jusqu'à mon visage, me traversa, et je me réveillai brutalement. Etant paralysé aussi dans la réalité, je ne pus sursauter, comme le font la plupart des gens se réveillant brutalement lors d'un cauchemar, et ne pus non plus crier.
Retrouvant l’usage de mes membres, je m'assis sur le lit. Au fur et à mesure que la clarté du jour et de l'éveil gagnaient ma conscience, je réalisai peu à peu ce que je venais de vivre, et ne pus réprimer ces murmures :
- Quel horrible cauchemar...
Je frottai mon visage avec mes mains, machinalement, en espérant y trouver un quelconque soulagement.
- Pourquoi suis-je tourmenté comme ça?
Je m'habillai, et décidai de sortir de l'auberge, en espérant que cela me changerait les idées, et ferait disparaître ces rêves inquiétants. Une légère brise effleurait mon visage, et le ciel était nuageux.
Si fait, je tombai quasiment nez à nez avec des gens que je connaissais bien, et ce de façon totalement inattendue. C'étaient Anaxagor, Shungenja, et Matzai, le guide spirituel de la guilde. Le chef de guilde était à pied, au milieu des deux autres, sur leur monture. Ils m'attendaient devant l'entrée de l'auberge. Sans aucune salutation, Anaxagor me pointe du doigt et demande, sur un ton étrangement banal :
- FloOk, pourquoi t'es tu suicidé avant la fin du combat, au Repaire de l'Aile Noire?
A ces mots, je comprends immédiatement à quoi il fait allusion, et me souviens alors du massacre survenu deux jours plut tôt. Encore une fois, après l'invocation de l'Inferno lors de l'assemblée, j'étais visiblement à leurs yeux le responsable de cet échec cuisant. Pendant un instant, je reste interdit, la bouche entrouverte. Puis j'essaye de me ressaisir rapidement, en feignant de ne pas comprendre sa question :
- Je comprends pas...
- C'est pourtant clair. Faut-il te rappeler ce qu'il s'est produit cette journée là?" S'apprêtant à expliquer, il se ravise aussitôt, puis décide de résumer d'abord la situation récente : "On t'as ramené à ton auberge, car tu étais inconscient lorsque notre combat s'est terminé. Tu es resté inanimé deux jours, pendant lesquels tu étais entre la vie et la mort, malgré les soins de nos guérisseurs. Et c'est depuis ce matin que tu es revenu à toi ; juste maintenant pour ainsi dire...
- Ha heu... Et pourquoi étais-je mourant?
- Tu n'en as pas une petite idée?
Je comprends qu'il me teste un peu, en sous-entendant que je pourrais m'en douter. J'essaye de résister, continuant mon rôle d'ignorant, mais avec visiblement moins d'assurance, vue la lourde menace qui planait sur moi :
- Et bien... Je me souviens que notre bataillon d'élite est parti au Repaire de l'Aile Noire, pour essayer de tuer Néfarian...
- Heu, et après... On a combattu bravement et...
Je me perdais dans la confusion, cela devenait flagrant, et mon esprit embrumé ne m'aidait pas à favoriser mon jeu d'acteur. Shungenja, avec sa manière toute militaire intervient :
- Bon FloOk si tu arrêtais de faire semblant, on pourrait gagner du temps.
Finalement, je baisse la tête, me frotte le visage, laissant planer un lourd silence. Puis, décidant enfin d'avouer mon problème, comme avec tout le poids du monde sur mes épaules, je réponds sur un ton grave et presque murmuré, tout en me cachant les yeux avec mes mains :
- Je suis possédé par les démons que j'invoque... Ils ne m'obéissent plus... Je souffre le martyre, j'en peux plus...
Malgré la fermeté à laquelle ils s'étaient préparés pour me juger, Anaxagor et Matzai sont effarés pendant quelques instants, mais pas Shungenja, qui me rétorque de façon alerte :
- Tu n'as pas suivi mes conseils de protection psychique FloOk." Soudainement énervé par la mise en cause de mes talents, et voulant retourner lâchement la faute sur lui, je relève la tête :
- A qui en incomber la faute?
Matzai réagit à son tour spontanément :
- Pourquoi? Tu pense que c'est pas ta faute?
Ils me regardaient l'air interrogateur, se demandant qui je voulais incriminer, et si j'avais une raison valable de le faire. Puis, inculpant directement mon maître de classe :
- Non! Shungenja est un mauvais maître, il comprend rien à ce qu'il se trame en ce moment! D'ailleurs Millianne est revenu pour me prévenir de...
Shungenja, courroucé, m'interrompt :
- Comment oses-tu me répondre de la sorte? Je suis ton maître de classe! Quand on ne combat pas, je passe mes journées à t'apprendre à te perfectionner, et c'est comme ça que tu me remercies? Quelle ingratitude!
Cette réponse forçait mon silence, j'avais déjà le sentiment que je ne pouvais plus que subir la suite de leur jugement.
Anaxagor, abandonnant un peu sa désinvolture feinte, se fait plus explicite :
- A cause de toi, nous n'avons même pas pu dépasser la première salle du Repaire l'autre jour. Tu sais très bien que nous avons besoin de toutes nos forces pour parvenir jusqu'à Nefarian. Une seule erreur, un seul membre perdu, et c'est la défaite.
Shungenja enchaîne en commentant la suite du marasme, sur un ton détaché, car à ses yeux mon destin au sein de la guilde était déjà scellé :
- Anaxagor et moi, ayant senti l'échec généralisé arriver, avons réussi à sortir in extremis du Repaire, et à nous cacher dans l'antichambre. Il a ressuscité les autres, et j'ai du les téléporter un par un, les exposant à chaque fois au risque de se faire repérer, et de se refaire tuer avant les téléportations.
J'apprenais la suite des évènements, éberlué. Mon réveil était décidément difficile.
- De plus, il a fallu te ressusciter de l'extérieur du donjon, car ton âme était hors de ton corps, je ne sais où... Tu sais ce que ca coûte un sort de résurrection à longue portée?
Ce qu'il ne savait pas, c'est que mon possesseur s'était s'emparé de mon âme après mon décès au Repaire. J'avais lutté contre lui, mais il avait réussi à la déplacer sur une longue distance, me faisant traverser vertigineusement le néant distordu, probablement pour me rapprocher de son fief. Heureusement pour moi, le sort de résurrection d'Anaxagor avait été plus fort que le sien, mais pendant ce temps, Shungenja n'avait pas pu me téléporter comme les autres. Je compris alors qu'ils avaient effectué le sort à longue portée dont il venait de parler. Et ce sort demandait effectivement beaucoup d'énergie vitale et de mana : il fallait un prêtre pour invoquer l'âme du défunt, et trois démonistes pour accomplir le sort de téléportation, qui durait une bonne heure. Après quoi, il leur fallait une journée complète pour s'en remettre.
Shungenja, comme blasé de me raconter la suite :
- Lorsque tu es revenu parmi nous, tu étais inconscient, et il a fallu te transporter sur une civière hors du Mont Blackrock, puis te ramener jusqu'à ton auberge par téléportation... Encore une... On a veillé sur toi pendant deux jours. Jusqu'à ce matin, où tu es revenu à toi.
J'étais effaré à mon tour. Je ne me souvenais plus de rien après avoir lutté contre mon possesseur, et j'apprenais les mauvaises nouvelles brutalement. Matzai me regardait, s'efforçant de rester impartial, et essayant de comprendre mes réactions.
Mon maître de classe, quant à lui, ne m'épargna pas. Il revint sans transition sur mon comportement délirant pendant le combat :
- Et depuis quand lance-t-on des sorts offensifs contre ses propres compagnons d'armes? Quelles que furent les raisons de cet acte contre Dargore, cela n'est ni plus ni moins que du sabotage. C'est inacceptable...
Anaxagor, abandonnant sa fausse désinvolture, exprime ouvertement son mécontentement :
- Quoi qu'il en soit, je vais devoir fournir pour la deuxième fois des explications au Seigneur Thrall quant à notre échec. Je ne sais pas comment il va le prendre, mais je vais devoir rivaliser d'imagination pour lui trouver une excuse valable, afin de ne pas jeter le discrédit sur notre guilde. Tout ça à cause de toi!
Sur la défensive je tentais encore de plaider ma cause :
- Mais j'y peux rien, je suis contrôlé par des entités que je ne parviens pas à identifier! Je suis possédé par je ne sais quoi!!
A ces mots, Matzai plisse légèrement les yeux, intrigué. Il voulut me demander des précisions sur cette révélation, mais Anaxagor reprit la parole aussitôt, apparemment pressé d'en finir. Toujours mécontent :
- Je t'avais prévenu lors de l'assemblée. Une nouvelle erreur de ce genre, et tu étais renvoyé de la guilde!
Je ne réponds rien, le poids de leur jugement faisant son effet. Je me sens comme cet enfant humain, sévèrement réprimandé par ses parents, dont m'avait parlé Yamcha lors de notre rencontre au désert des Terres ingrates. Eux aussi gardèrent le silence, pour écouter mes explications, bien que ce fût plus pour le principe que par réelle volonté de m'écouter. Mais comme elles ne venaient pas, le chef de guilde conclut. Il le fit sur un ton radouci et un peu gêné, car se rappelant très bien les services que j'avais accomplis pour La Horderie, ainsi que mes excellentes qualités de combattant. Mais c'était plus pour donner l'apparence de me ménager pour prononcer son verdict que par réelle compassion. Il allait perdre un bon élément, mais sa décision était déjà prise avant même le début de notre conversation :
- Hum, bon FloOk tu es devenu trop dangereux pour notre sécurité... Je suis obligé de te bannir définitivement de la guilde...
Interloqué, je réponds :
Alors, pour me donner une dernière leçon - une leçon volontairement mauvaise - il imita mon comportement lors de mon départ fracassant de l'assemblée. Il invoque sa monture magique, pour se placer plus haut que moi, me toise, et me lâche avec un air arrogant :
Il vire de droite avec sa monture, Shungenja fait de même, et ils partent en direction du nord vers la capitale orque, Orgrimmar.
Matzai était resté devant moi, et me regardait avec regret. Le Tauren massif qu'il était se voulait plus clément que les autres à mon égard, mais ne pouvait pas s'opposer à la volonté d'Anaxagor et Shungenja, bien qu'il fût le deuxième plus haut placé dans la hiérarchie de la guilde. Il détestait les jugements expéditifs comme celui que je venais de subir, et mon mutisme sur ma vision des évènements l'intriguait, renforçant sa gêne. Il finit par me dire :
- Je suis désolé FloOk. Saches qu'on a statué sur ton cas. J'aurais bien aimé te donner une seconde chance, mais il y avait tellement de chefs d'accusations contre toi qu'on n'a pas pu faire autrement. Je te souhaite de résoudre tes problèmes, car tu as l'air d'être complètement ailleurs. Comme si tu n'étais pas dans la réalité. Je ne sais pas ce que tu as, mais tu devras trouver de l'aide ailleurs, maintenant. Adieu FloOk.
Le voyant s'éloigner pour rejoindre les autres, je leur dit :
- Non, attendez... Ils filèrent sans se retourner, et je criai, en levant les bras, dans un mélange de rage et d'impuissance :
- NOOOOOOOONNNNNNN!!!
Après ce dernier contact avec les représentants de la guilde dont je venais d'être brutalement exclu, mon possesseur continua à me manipuler comme une marionnette. Me retrouvant tout seul, le risque d'être aidé par mes amis était maintenant écarté. Il me poussa à invoquer ma monture magique pour aller vers Orgrimmar. Juste avant l'entrée de la capitale, j'oblique à droite, parcours quelques centaines de mètres, et arrive à la tour des zeppelins gobelins. Je paye un billet pour retourner à Fossoyeuse, la capitale des Morts-vivants, et me retrouve à nouveau à côté du vendeur de cafards, tel qu'avant la bataille ratée au Repaire. Et là, je pleure toutes les larmes de mon corps. Entre deux sanglots, je désespère :
- Je ne suis plus rien maintenant! Tout est foutu!
Le vendeur de cafards, toujours perdu dans ses folles pensées, me regarde, et me demande laconiquement :
- Pourquoi ne changes tu pas de guilde, tout simplement?" Lui, un vendeur de cafards, mendiant et miséreux, voulait m'apporter ses conseils, à moi, puissant sorcier. Je le toisais pendant quelques instants, le méprisant du haut de ma condition récemment perdue, et pourtant sur un ton de désespoir, je lui dis :
- Mais ma guilde c'est ma deuxième famille! J'ai presque tous mes amis dedans, je ne peux me résigner à aller voir ailleurs!
Le vendeur de cafards regarda vers le bas, semblait garder son air absent, alors qu'il compatissait un peu pour moi.
- De toute façon tout est foutu maintenant! J'ai perdu tout contrôle de mes actes, je le sens bien! J'ai peur de ce qu'il va m'arriver!
Le vendeur de cafards maintenait son regard vide, et il comprenait intuitivement mon désarroi. Mais que pouvait-il faire? Rien assurément. C'est pourquoi il ne disait rien.
Je me lève alors, suis tenté de prévenir quelqu'un de ma détresse, mais mon possesseur m'oblige à me taire et à prendre une monture volante pour parcourir un long voyage jusqu'au désert des Terres ingrates, au sud ouest d'Azeroth. Après quelques haltes dans des villes étapes, ma monture volante s'arrêta tout près du camp de Kargath, sans savoir que je le voyais pour la dernière fois. J'invoque mon destrier démoniaque, et entame une longue traversée du désert. Alors que je me dirige vers l'est, je rencontre un habitant du désert, un petit robot du nom de Servo, devant l'entrée d'un minuscule campement de gnomes. Je l'avais rencontré à plusieurs reprises, et m'amusais à l'époque à tester les limites de son intelligence artificielle, qui était particulièrement primitive, en lui parlant comme s'il s'agissait d'un être évolué :
- Tiens, salut Servo, ça va?
- Il peut faire vraiment chaud ici, dans les Terres ingrates. Mais au moins c'est une chaleur sèche.
- Oui, malgré la chaleur c'est une belle région," en me disant : "Toujours aussi simplet ce Servo". "Et moi, tu me reconnais?"
- Un jour je serais un vrai garçon.
Le laissant, je poursuivis mon chemin vers l'est en donnant un coup d'éperon à ma monture, jusqu'à parvenir à l'extrême sud-est du désert, non loin d'un repaire de Dragons, dans une région appelée le Ravin de Lethlor. J'arrive enfin devant une pente raide mais praticable, parsemée d'un éboulis de pierre ocre, couleur dominante du désert. Moi qui adorais cette région jadis, j'allais finir par la détester.
J'escalade péniblement la vingtaine de mètres de la pente, jusqu'à parvenir à une petite plateforme, d'une superficie d'environ cinq mètres sur cinq. Ce mini plateau, relativement plat, était entouré de trois flancs de montagnes. Il allait devenir mon autel de l'enfer, ma cachette dédiée aux cérémonies noires et solitaires.
Et là, je m'asseyais par terre, et j'attendais. J'attendais que la journée se termine, ne pensant à rien, en attendant mon sort avec fatalité. Puis vint le soir, je m'endormis. Puis vint la nuit, je me réveillai. Mon possesseur m'obligea à incanter un sort d'invocation, en prenant soin de m'empêcher de savoir quel type de démon j'allais attirer dans le désert. Et je criai :
- Non! Non! Je veux pas! Je veux pas!
Résistance inutile, le démon apparaît à cinq ou six mètres de moi, sous la forme d'un marcheur éthéré. Sans jambe pour se déplacer, sa masse bleue nuit lévitant au dessus du sol, au regard rougeoyant. Il s'approche de moi pour m'attaquer. Je savais par expérience qu'il était peu dangereux offensivement, mais il était long à tuer, possédant une armure magique et une endurance importante. Mais cela importait peu. Le temps qu'il se rapproche de moi je lui inflige un sort de trait de l'ombre puissant. Pour l'achever, je décide de le semer. Je recule au fond de la cachette rocheuse, et comme sa vitesse de déplacement est lente, je lui lance ensuite des sorts d'agonie et de corruption qui lui infligent des dégâts sur la durée, tout en tournant autour de la cachette. Le combat dura quelques minutes, puis il fut vaincu sans grande peine.
La fatigue du voyage était telle que je m'écroulai sur le sol et tombai dans les brumes du sommeil sans être gêné par le froid des nuits des déserts.
Au matin, un peu reposé, n'étant pas dérangé par mon possesseur, je pris le temps de réfléchir un peu, et je déduisis rapidement que la priorité était de trouver une aide, n'importe laquelle, pour au moins prévenir mes amis les plus chers. Je voulus descendre de la cachette, prison de pierre ouverte, mais au moment où j'entame la descente je suis pris subitement de douleurs dans tout le corps, comme si mon système nerveux ressentait une souffrance généralisée, cerveau y compris. Je ressens en même temps un mal être psychique, très fort, et difficilement descriptible : un mélange de panique et d'angoisse, sans en connaître la cause. Comme si cette douleur était induite par rien de motivé ou d'explicable. Ma marche était rendue difficile, et intuitivement je remonte les quelques mètres que j'avais descendu. Une fois revenu à la cachette, les douleurs s'arrêtent rapidement.
J'étais bloqué. La prison de pierre n'avait de porte matérielle, mais une barrière de douleur tout aussi efficace et redoutable. Traumatisé par cette douleur très intense, ressenti pour la première fois de ma vie, je reste quelques instants hébété, assis, adossé à une des parois.
Je me demande alors comment j'allais me nourrir, si je ne pouvais pas sortir de ce piège. Je prends le risque de tenter une deuxième fois de descendre la pente, mais à peine deux ou trois mètres parcourus, les douleurs reprennent. Je remonte vite, et revient à nouveau au point de départ, attendant impatiemment que les douleurs cessent. Douleur revécue inutilement, je restai donc à attendre : le matin, j'avais un peu faim, l'après-midi, mon estomac gargouillait, puis le soir, la faim se fit pressante.
Arriva la nuit, et avec l'estomac dans les talons, une autre invocation forcée débuta. Le rituel noir terminé, ce fut une succube qui apparut. Elle s'approche de moi, tenant dans la main un fouet menaçant, qu'elle brandit dans ma direction. Je lance un sort de bannissement, qui la paralyse totalement pendant un instant. Hélas, je ne pouvais rien lui faire d'autre pendant ce sort, ne pouvant le cumuler avec un autre. Ca me donne toutefois un sursis, pendant lequel je me demande comment en venir à bout. Je savais que ce genre de démon avait le pouvoir de se rendre invisible, et si elle le faisait, j'aurais toutes les difficultés du monde à le vaincre.
Heureusement, lorsque mon sort de bannissement s'achève, j'ai le temps de l'asservir avant qu'elle ne lance son sort d'invisibilité. Mais comme je ne parvenais pas à la renvoyer dans le néant distordu, je lui ordonne alors de se jeter tête la première dans la pente de la cachette, et elle se fracasse le crane cinq mètres plus bas. Comme elle bouge encore malgré la violence du choc, je l'achève à coup de traits de l'ombre, et une fois morte, son enveloppe matérielle disparaît. Je survécus encore une fois, mais je dormais une deuxième nuit sans n'avoir rien mangé.