La menace étendait son emprise,
La course contre le temps était engagée
La forte chaleur était accablante, et faisait ruisseler de sueur le corps décharné de Dargore. La fine poussière était étouffante, et s'insinuait dans les poumons de Kilexia, qui n'y était pas habituée. Ils arpentaient depuis trois semaines le désert des Terres ingrates, en revenant de temps à autre au camp de Kargath, pour se ravitailler.
Kilexia marchait en tête, en scrutant les alentours, tandis que Dargore marchait les yeux fermés, se concentrant sur la vision que lui conférait son œil de Kilrog. Ce sortilège permettait à celui qui en maîtrisait la science de créer un œil magique, qui pouvait se déplacer sur d'assez longues distances, à travers lequel on pouvait voir autour de celui-ci en vision panoramique, tout en maintenant son corps physique ailleurs. Ce sort avait l'avantage certain de permettre de percevoir des zones inaccessibles à pied ou sur terre. Ainsi à eux deux ils avaient une excellente vision de leur environnement, et ils me cherchaient.
Mais ils ne savaient pas grand-chose, hormis que j'étais quelque part dans le désert, ce qui rendait leur tâche longue, en plus d'être pénible à cause de la chaleur du soleil. Ils s'étaient mis d'accord sur une exploration systématique, en quadrillant région par région, faute d'en savoir plus sur ma localisation. Ils avaient décidés de commencer par la région ouest, car c'était la plus proche du seul camp allié de la Horde, et cela leur permettait d’entamer les recherches plus facilement que s'ils avaient commencés par l'autre extrémité.
En longeant les pentes nord ouest, ils étaient tombés sur un petit camp gnome, très isolé, et ils virent le petit robot, Servo, qui déambulait de ci de là :
Mes deux amis le regardèrent sans grand intérêt, se disant juste qu'il avait l'air bien inoffensif, sans se douter du rôle infâme qu’il avait pourtant joué durant mon exil infernal. Ils interrogèrent alors les deux gnomes, qui finirent par leur expliquer gentiment qu'ils avaient bien aperçus un orc, au moins un an auparavant. Bien que cela datait, ils s'en souvenaient assez bien, car les visiteurs dans le désert étaient rares. Cela redonna de l'espoir à mes compagnons de guilde, qui continuèrent leurs recherches.
Après avoir terminé l’exploration de la région nord ouest, ils poursuivirent par la région sud ouest. Ne me trouvant pas, ils parcoururent le centre, en prenant bien soin de ne pas négliger les pitons rocheux qui s'y trouvaient, bien qu'étant pour la plupart inaccessibles. Pour cela l'œil de Kilrog les aidait grandement. Ne me trouvant toujours pas, ils persévérèrent par la région nord est, dans laquelle ils durent s'infiltrer en parcourant les mines des Nains d'Uldaman, et, en désespoir de cause, ils achevaient d'explorer la dernière région non encore visitée, la région sud est. C'était la région la plus dangereuse également, car ayant en son sein une faille qui servait de repaire à des Dragons, appelée La faille de Lethlor. Ils devaient bien prendre soin de ne pas se faire repérer par ceux-ci, n’étant pas de taille à lutter contre eux.
Et maintenant, c'était l'un des derniers secteurs de la dernière région qu'ils n'avaient pas encore foulés, et leur découragement se faisait sentir. Ils avaient toutefois accepté tous deux de n'abandonner qu'une fois et seulement lorsqu'ils auraient passé l'intégralité du désert au peigne fin.
C'est alors que Dargore perçut mon cadavre, à une centaine de mètres de là. Il interpella Kilexia, et elle leva les yeux de sa carte pour le regarder :
- Je l'ai trouvé ! Il est tout près d'ici !
Elle, bouleversée.
- Par les Loas, nous l'avons retrouvé…
- Oui, c'est par ici, en haut de cet éboulis !
- Enfin, nous avons réussi à le trouver Dargore. Je n'y croyais plus, dit elle en commençant à escalader la pente qui menait à la cachette rocheuse, suivie de son compagnon.
Arrivée en haut, entrant dans l'antre de l'horreur, elle voit un charnier rempli de dizaines de squelettes en tous genres :
- Ho non, FloOk!
Elle s'approche des empilements grossièrement érigés en monument de ma protestation, et, Dargore arrivant, vit la même chose : des quantités de squelettes des démons que j'avais tués, et au milieu, le mien, décapité, rongé jusqu'à la moelle par les charognards, et les os cuits blanchis par les rayons ardents de l'astre solaire. Il s’exclame :
- Par les cornes d'Onyxia, quelle horreur !
- C'est épouvantable ! Que s'est-il passé ici ?
Dargore regardait autour de lui, scrutant l'air et les forces invisibles présentes. Ses connaissances des ombres lui firent sentir qu'en ces lieux avaient du se passer des évènements propres à susciter la terreur, l'aura du lieu étant fortement perturbée par de nombreuses menaces résiduelles, dans un tissu de dimensions multiples et déchirées. Pendant qu'il songeait à cela, Kilexia décide d'entamer le rituel de résurrection sans tarder, après avoir cherché mon squelette parmi les autres. Il fallu plusieurs heures pour que son sort reconstitue les tissus de ma chair, et me ramener à l'état vivant. Le sort s'acheva par la réintégration de mon âme dans mon corps, la reprise de mon battement de cœur et de ma respiration.
J'étais toutefois inconscient. Elle se pencha sur moi, toute attristée :
- Je ne sais pas ce qu'il t’est arrivé, mais je sens ton aura fortement endommagée. Tu as du souffrir beaucoup et longtemps…
Dargore garde le silence pendant un court instant, puis rétorque :
- Si, moi je sais. Ainsi c'est donc lui qui est à l'origine des invasions des démons ici... Mais je ne sais toujours pas quelle est l'entité qui le pousse à faire tout ça... Kilexia tourne la tête dans sa direction, réalisant le sens de ses paroles. Elle prit conscience de cela, la bouche bée de stupeur. Elle ne dit mot et se penche à nouveau sur moi.
Je restais coi, toujours plongé dans mon coma. On ne sortait pas de plusieurs saisons en enfer comme cela. J’étais dans un état de faiblesse extrême, et psychiquement détruit. La prêtresse dut le comprendre intuitivement, et tenta de me revitaliser un peu, en posant sa main sur mon front, canalisant un peu d'énergie du sacré. Cette sensation d'apaisement amortit la réintégration de mon âme dans mon corps. Par là même, je commençais à retrouver un début de pensée, ténu certes, mais présent. Mais c’était des souvenirs de mes longues et nombreuses invocations, donc des réminiscences traumatisantes.
Comme s'adressant à nous deux en même temps :
- Qu'importe, l'essentiel est que nous l'ayons retrouvé et qu'il soit en vie. S'adressant ensuite à moi, elle ajoute sur un ton apaisant et compatissant :
- Ne t'inquiètes pas FloOk, nous t'avons retrouvé maintenant. On va te sortir de là.
Ils redescendent de la cachette rocheuse en me transportant, puis Dargore invoque son palefroi corrompu. Ils me hissent sur la croupe de l'animal, puis le mort vivant monte dessus en me mettant devant, et prend les rênes. Une fois la monture de Kilexia invoquée, nous chevauchâmes enfin tous trois vers le camp de Kargath. Ils échangèrent quelques mots pendant le trajet.
- Nous avons réussit une étape importante de la mission qu'on s'est donné chère amie.
- Oui, trois semaines de recherches éprouvantes. Je suis vidée.
- Direction le camp de Kargath. On a bien mérité de se reposer. Après, on avisera.
- On peut déjà en parler si on veut. On se repose à Kargath, et on regarde plus en détail l'état de FloOk.
- Ouais. Moi ce qui me presse surtout c'est de quitter ce désert et sa chaleur écrasante.
- Oui oui, moi aussi Dargore, dit la prêtresse lasse.
Arrivé au camp en question, ils virent qu'il était dévasté, les démons l'ayant mis à sac depuis leur dernier ravitaillement. Des wyvernes qui avaient fui dans les airs pendant l'attaque étaient revenues, par l'habitude du lieu, et flânaient, désormais sans maître pour les diriger. Mes amis eurent la chance de pouvoir se ravitailler pendant toute leur expédition sans être inquiétés, et ce n'est qu'une fois qu'ils me retrouvèrent que le camp devint la proie des démons. Par chance, le puits d'eau était resté intact, et Dargore s'empressa de se désaltérer puis de remplir ses gourdes. Kilexia finit la sienne, et fit de même. Après s'être mis à l'ombre dans les ruines de l'auberge saccagée, ils se détendirent et discutèrent. Dargore engagea la conversation.
- Bon, on a retrouvé FloOk. Que fait-on maintenant ?
- FloOk est vivant, mais il doit être soigné. Et même plus que cela. Il est possédé par cette entité maléfique, qui lui a fait invoquer cette ribambelle de démons.
- Tu peux tenter quelque chose pour lui ?
- Je peux. Mais pour cela il faudrait que je puise dans les ressources magiques naturelles d'un Puits de lune, pour aider mes sortilèges.
- Un Puits de lune ? Hum, le plus proche est celui de Forgefer, mais il est en territoire de l'Alliance. Il ne nous sera pas accessible, je le crains. Sinon je connais celui d'Ashenvale, mais il est sur l'autre continent.
- Ou celui de Silithus…
- … Il est fort loin lui aussi. Tu te rends compte le temps qu'il nous faudrait pour y aller ?
- Essayons de prendre les wyvernes encore vivantes, tout simplement.
Ils sortent, s'approchent de l'aire de vol, et Dargore m'installe au possible sur une des montures volantes peu farouche. Etant inanimé, il constate immédiatement le risque de me faire prendre les airs dans cet état.
- Comment le faire tenir sur la monture? Il va tomber… Et si on l'attachait, qu'est ce que tu en penses?
- Soit, et comment va-t-il la diriger? Elle risque de voler je ne sais où, et de se perdre.
- Mais pourtant elles connaissent par cœur les trajets d'une ville à l'autre. Pourquoi ne prendrions nous pas ce risque ?
- Non. Je suis contre. Vu le temps qu'on a mis pour le retrouver, sans parler du miracle que cela représente d'avoir réussi, je ne voudrais pas courir le risque de le reperdre aussitôt. Et puis, comment indiquer à la wyverne quel trajet on veut prendre ? Tu sais parler à ces bêtes toi ?
Dargore avait déjà pensé les mêmes choses, mais sa tentative de vouloir me faire chevaucher une monture volante était un déni de la réalité : il ne voulait pas s'avouer que cette démarche était vouée à l'échec, et que cela impliquait l'obligation de faire le trajet à cheval. Un périlleux périple qui le décourageait d'emblée. Chevaucher des wyvernes aurait été tellement plus simple et facile. Dargore finit par renoncer à cette solution, et se concentra sur la route à prendre :
- Je vois au moins deux possibilités : si on va jusqu'à Grom'Gol – et que le camp est toujours protégé – on pourra prendre un zeppelin jusqu'à Orgrimmar, pour ensuite aller au Puits de lune d'Ashenvale. Ce serait le plus court trajet.
- Et si Grom'Gol est lui aussi attaqué et dévasté?
- A ce moment là, on irait à peine plus au sud, jusqu'au port de Baie du Butin. Mais ça nous obligerait à prendre un bateau jusqu'à Cabestan. Et dans ce cas, la distance entre le Puits d'Ashenvale et de Silithus serait presque la même…
- Je vois ce que tu veux dire : on irait dans un premier temps à Grom'Gol, et nous prendrions le zeppelin. Ce qui serait l'idéal et le plus rapide. Et dans le cas où Grom'Gol serait inaccessible, il resterait l'alternative de Baie du Butin, car en plus le port n'est pas loin de Grom'Gol.
- Oui, c'est ça que je voulais dire. Et le zeppelin va plus vite qu'un bateau. Le problème, c'est que si on se retrouve à Cabestan, il va nous falloir beaucoup de temps pour aller à l'un des deux Puits, car même si les montures volantes sont toujours en activité, il faudra faire le trajet à cheval si FloOk est toujours dans le coma d'ici là.
- Oui, c'est l'état de FloOk qui va nous ralentir le plus dans tous les cas, en définitive.
Elle se penche vers moi et m'observe : les yeux fermés, la respiration lente et régulière, j'avais l'air d'être stabilisé et hors de danger en dehors de mon coma.
- Et si nous y allions ?
- Tu veux pas te reposer un peu avant ? On vient de traverser le désert sur toute sa longueur…
- Oui, il vaut mieux. Ce qui m'a fait dire ça c'est cette chaleur permanente, qui me donne envie de partir le plus vite possible de ce désert maudit.
- Quand la nuit va tomber il fera froid, et avec les couvertures qui restent dans l'auberge, on devrait passer une nuit bien plus confortable que celle qu'on vient de passer dans le désert. N'est ce pas?
Il fit un clin d'œil à la prêtresse pour lui signifier ce point positif, et elle sourit.
- Oui, c'est vrai aussi.
Elle redevient sérieuse en pensant à la suite :
- Demain on chargera nos montures des nourritures que les démons ont laissées ici : au moins on aura de quoi être autonome si on tombe sur d'autres villes attaquées.
- Oui, bonne idée.
Il se dirige vers le comptoir, passe de l'autre côté, et regarde les aliments disponibles.
- Il a l'air d'en rester un bon paquet. Suffisamment pour charger nos deux montures. Mais si tu veux bien on fera ça demain, je n'ai pas le courage de faire ça maintenant.
- Pas de problème, je suis fatiguée aussi. Occupons nous plutôt de nous trouver un bon lit. Je ne pense pas que les démons reviennent par ici cette nuit.
- Je suis d'accord avec ça. Je ne vois pas quel intérêt ils auraient à revenir. Il n’y a rien ici. Enfin, disons qu’il n’y avait que la tranquillité nécessaire à leurs invocations, et c’est tout. Maintenant ils sont occupés à attaquer toutes les villes possibles du monde.
Sur cette conclusion, ils firent sommairement leur couche après avoir choisi le lit qu'ils préféraient, et passèrent une nuit bien confortable et agréable. Le lendemain ils se mirent en route. Je fus installé à l'arrière de la monture de Dargore, et Kilexia prit la tête vers l’ouest, pour aller en direction des Steppes Ardentes.
Pour parvenir à celles-ci, nous traversâmes d’abord La gorge des Vents Brûlants, une zone désertique et volcanique. Lorsque nous pénétrâmes dans les Steppes ardentes, région à la même géographie et au même climat, mes amis repensèrent tous deux au fait que cette région avait abrité Ragnaros, le plus grand seigneur élémentaire de feu.
- On passe juste à côté du pic de Rochenoire.
- Te rappelles tu Kilexia quand nous avons vaincu Ragnaros ?
- Oui, le Seigneur élémentaire du feu en personne, et c’est nous qui en sommes venus à bout.
- Oui, le plus grand exploit de notre guilde. C’était il y a déjà longtemps. Au moins cinq ou six ans.
- Et parmi ces valeureux combattants, il y avait FloOk…
Kilexia fut nostalgique pendant quelques instants, puis attristée. D’un côté elle supportait mal de ne pouvoir améliorer mon état – en souhaitant que mon âme soit récupérable - avant de parvenir à un des puits de lune, mais d’un autre elle pensait déjà à la manière de m’exorciser. Elle élaborait des plans depuis quelques jours dans sa tête, de façon un peu confuse sur les étapes, à cause des inconnues qui entouraient ma possession, mais avec la ferme volonté d’en découdre avec mon possesseur. La colère intérieure qui s’en suivait l’obligeait à se maîtriser pour ne pas enrager.
L’allusion directe à ma personne pendant les quelques mots échangés entres les deux compagnons incita Dargore à se retourner et me regarder, en constatant que j’étais toujours comateux. Il se demandait lui aussi si mon âme était récupérable. Sans ma présence et toutes mes facultés, il eut été difficile que je révèle quoi que ce soit.
Et pourtant j’étais bien présent, et j’entendais tout ce qu’ils disaient. Leurs évocations de souvenirs me rappelèrent le combat épique contre Ragnaros. Pour parvenir jusqu’à lui il avait d’abord fallu combattre d’autres monstres puissants, des élémentaires de feu et de lave, pour parvenir jusqu’à Majordomo, le second du Seigneur de Feu. Nous avions épargné ce dernier afin qu’il nous amène à lui, et l’invoque sous notre menace. Ensuite, pendant le combat contre le seigneur élémentaire, je me rappelais encore les ordres répétés de Shungenja, qui me disait de drainer la vie du monstre quand je n’avais plus de mana, alors que j’étais obsédé par la volonté de lui infliger le plus de dégât possible.
Mon maître de classe me connaissait bien, et savait que ma puissance offensive me faisait parfois oublier que ma réserve de mana n’était pas infinie, et qu’il fallait la régénérer si on voulait poursuivre le combat. C’était un peu comme tout, il y avait des contraintes de limites, de capacités, et d’aptitude dont il fallait tenir compte et garder présent à l’esprit si on voulait remporter des batailles de longue haleine. Nous n’étions pas tout puissant, et pourtant nous avions vaincu Ragnaros, la plus grande victoire de la Horderie. Une victoire au Repaire de l’Aile noire contre Nefarian aurait été encore plus honorable pour nous, mais mon sabotage involontaire avait fait échouer notre mission avant mon exil forcé.
Quelques jours plus tard, nous traversions La Forêt d’Elwynn. C’était un territoire de l’Alliance, mais cela n’avait plus d’importance, vu que la menace des démons occupant le monde entier, aussi bien les territoires de la Horde que l’alliance, nous n’étions pas plus en péril qu’ailleurs. Nous nous fîmes attaquer de temps en temps par quelques démons isolés, mais mes amis en venaient à bout sans péril pour nous, Dargore infligeant des dégâts, protégé par les sorts de la prêtresse. Parfois le mort-vivant se faisait blesser, mais Kilexia le soignait pendant les combats, les deux se complétant bien par leurs talents respectifs.
Ensuite nous traversâmes Le Bois de la pénombre, là où se trouve l’entrée du rêve d’Emeraude. C’était une sorte de caverne, qui plongeait jusqu’au plus profond de la Terre, et où résidait l’un des dragons primordiaux, du nom d’Ysera, qui gardait les différentes versions du monde dans un rêve onirique. Les bienveillants titans créèrent le Rêve d'émeraude pour servir de structure sous-jacente à la planète Azeroth. Situé en dehors des limites physiques d'Azeroth, le Rêve étant une luxuriante forêt primordiale, il incarnait le monde tel qu'il aurait pu devenir sans l'intervention des races intelligentes.
Plus trivialement, nos réserves de nourriture s’étaient épuisées à peu près à l’arrivée dans le Bois, mais la richesse de sa faune et de sa flore nous permis de renouveler nos réserves sans problème, en prenant le temps de faire de la cueillette de fruits et en chassant des animaux sauvages, car la plupart des villes étaient soit dévastées, soit en état de guerre lorsqu’il s’agissait de cités de l’Alliance.
Enfin, nous traversâmes La Vallée de Stangleronce. La température passa de tempérée à chaude, cette région étant une jungle. En traversant celle-ci, nous dûmes ruser en évitant autant que possible toutes sortes d’animaux sauvages et dangereux : des fauves, des gorilles, et des raptors. Nous passâmes près de Zul Gurub, un antique fief de Troll Gurubashi, lointains cousins de la race de Kilexia. Mais elle ne les aimait pas trop, depuis qu’Hakkar, un démon puissant surnommé l'Écorcheur d'âmes, les avaient pervertis, et elle était avant tout une troll des glaces.
Ayant atteint le premier objectif de leur long voyage sur le continent d’Azeroth, le camp de Grom’Gol, leur déception fut amère : le camp était lui aussi dévasté, et ni les coursiers du vent ni les zeppelins gobelins n’étaient en activité. Nous y fîmes quand même une halte, pour se reposer, et dès le lendemain nous partions vers le second objectif proposé lors de leur discussion à Kargath, le port de Baie du Butin, à la pointe sud de la Vallée de Strangleronce. Ils leur tardaient d’y parvenir, en priant pour le que ledit port soit épargné par les déferlantes démoniaques, et tenter d’y prendre un navire pour se rendre sur l’autre continent, Kalimdor.
Sans cela, ils ne voyaient pas d’autre moyen physique de s’y rendre, à moins d’être téléporté par un démoniste situé sur l’autre continent, mais aucun d’eux n’était prévenu, et tous les démonistes souffraient d’un manque de confiance généralisé à cause du danger des possessions. Personne ne savait lequel d’entre eux pouvait être touché par cette malédiction, qui semblait frapper de façon aléatoire, ce qui discréditait leur compétence et donc la confiance en leur pouvoirs. S’en était suivi des déchirements et des séparations souvent dramatiques dans presque toutes les guildes militaires vis-à-vis de cette caste, renforçant de fait la fragilité des forces d’Azeroth, et donc amplifiant le chaos ambiant.
Dargore pouvait s’estimer heureux ; non seulement il avait été épargné par les possessions, mais en plus Anaxagor avait maintenu tous les démonistes présents dans la guilde. Du moins il ne les avait pas bannis, bien qu’il fut obligé de leur imposer de ne pas utiliser leurs pouvoirs, en tout cas pas dans des projets impliquant la guilde. C’était une mise sur la touche polie, en quelque sorte. Shungenja, quant à lui, était fou de rage. Son bataillon n’était plus opérationnel, lui qui ne rêvait que de batailles, d’honneur, et de prestige. Il s’évertuait à rechercher les raisons de ces possessions… En vain… C’est lui qui avait demandé à Dargore de me retrouver, pour essayer d’y comprendre quelque chose, ou tout au moins trouver des pistes, en plus de me sauver. C’est en pensant à tout cela que mon frère démoniste vit enfin le premier l’entrée du Port de Baie du Butin, tant attendu par notre petite troupe.
Nous arrivions en début d'après-midi devant un tunnel gardé par des gobelins. Le port étant une ville neutre, toutes les races composant le monde y étaient acceptées, à condition bien sur de respecter le calme et la paix dans l'enceinte du port. Celui-ci, après avoir traversé le long tunnel souterrain d’accès, était composé de nombreuses bâtisses, toutes en bois, qui se jouxtaient sur la fine bande de terre qui séparait le rivage d'une falaise, cette dernière entourant complètement la grande crique. La falaise faisant au moins une centaine de mètres de hauteur et tombant à pic, il était impossible d'accéder au port autrement que par le tunnel ou la mer. Les bâtisses étaient réparties sur plusieurs niveaux, dont les plus basses étaient au niveau de l'eau, et les plus hautes sur les flancs de falaise le permettant. Le prolongement des rues, également en bois, menaient vers les pontons aux dernières extrémités du port.
Nous étions tous trois au bout du plus éloigné des pontons, et nous attendions l'arrivée du bateau depuis plusieurs heures. En fin d'après-midi, nous voyons enfin un grand navire se profiler à l'horizon, et mes deux amis poussent un soupir de satisfaction. Le navire se rapproche doucement, puis amarre. Le capitaine des quais crie :
- Le bateau reste à quai pendant deux heures ! Que l'équipage quitte le
L'équipage, fait de personnes de toutes races, descend du navire, et les matelots commencent à décharger diverses caisses de matériel et à en charger de nouvelles. C'est à ce moment là qu'ils sont alertés par les cris des gardiens du tunnel principal d'entrée du port. Portant leur regard vers ladite entrée, ils voient trois gangregardes attaquer les gardiens, qui se défendent tout en faisant sonner la cloche d'alerte de la vigie.
- Alerte ! Alerte ! Nous sommes attaqués !
Ensuite viennent cinq infernos, toujours par le même tunnel. A eux huit, ils tuent assez facilement les premiers gardes. L'alerte donnée, tous les résidents du Port interrompent immédiatement leurs activités et prennent les armes. Une énorme agitation s'ensuit, émaillée de cris d'ordres et de tintements métalliques d'armes. Les enfants sont dirigés en urgence dans des bâtiments blindés.
Mes deux comparses regardant la scène voient ensuite un grand nombre de démons en tous genres sauter du haut de la falaise pour atterrir sur les toits des maisons les plus en hauteur. Il en venait de plus en plus qui commençaient à tuer tout ce qui bougeait. Le port était attaqué par une importante légion de démons.
Les diablotins mettaient le feu aux bâtisses avec leurs sorts d'éclairs de feu, tandis que les Infernos et les gangregardes, les plus puissants au combat rapproché, s'attaquaient aux gardes en priorité. On voyait également de temps à autres des succubes, aperçues dans les brefs instants où elles frappaient, pour redevenir invisibles juste après. Leur invasion n'était visiblement pas élaborée ou préparée minutieusement : elle donnait plutôt l'impression d'une attaque brute et sans stratégie, telle une horde improvisant une attaque de ville méconnue, en comptant sur la supériorité numérique et l'effet de surprise.
Dargore et Kilexia craignirent pour leur vie, et les centaines de démons qui envahissaient maintenant le port s'étendaient de plus en plus. Certains d'entres eux se rapprochaient dangereusement des quais, en tuant progressivement les gardes qui les protégeaient. Pendant ce temps, le Capitaine des quais fait des signes en direction du navire et lui intime l'ordre de partir sur le champ, tout en positionnant la passerelle sur l’extrémité du marche pied. Kilexia en profite pour monter à bord en me transportant, mais le temps que le bateau largue les amarres, trois démons arrivent à notre hauteur : un inferno, un gangregarde, et un chasseur corrompu.
Dargore, resté à quai, savait qu'il ne pourrait pas tous les tuer, et choisit de se focaliser sur le gangregarde, car ce dernier pouvant charger très vite, il était la menace la plus immédiate. Le temps que celui-ci parvienne jusqu'à lui suffit au démoniste pour le tuer, mais les deux autres représentaient maintenant une menace directe pour lui. Il décide alors de foncer dans le bateau mais les deux démons allaient pouvoir monter eux aussi. Dargore monte à bord, et retire la passerelle d'accès, mais la distance entre le bateau et le quai était suffisamment courte pour permettre aux deux démons de sauter. Mes deux amis se sentaient déjà perdus, et vaincus. Les démons s’apprêtaient à prendre leur élan pour sauter dans le navire.
C'est alors qu'un grand orc, en longue robe noire, arrive en courant sur le ponton, et lance des sorts dans sa course sur l'inferno. Ce dernier se retourne, et court dans sa direction pour l'attaquer. L'orc, visiblement un démoniste, au lieu de le contourner court étrangement droit sur lui, et lui assène des sorts de destruction d'une puissance qui font s'écarquiller les yeux de Kilexia. L'orc massacre littéralement à lui tout seul le puissant inferno en quelques secondes à peine, alors que ce démon pouvait résister facilement à une vingtaine d'adversaires à la fois pendant plusieurs minutes, comme ce fut le cas lors de l'assemblée de ma guilde.
Le chasseur corrompu étant pendant ce temps la dernière menace. Dargore profite de l'arrivée inespérée de l'orc mystérieux pour l'attaquer. Le rusé démon utilise son verrou magique pour empêcher le mort vivant de lui infliger des sorts, mais Kilexia annule magiquement le verrou magique à chaque tentative du chasseur corrompu de l'activer. Grâce à ce stratagème, Dargore peut librement lui lancer des traits de l'ombre et des malédictions, et le chasseur meurt juste au moment où il saute vers le bateau. Le mort vivant lui lance un feu de l’âme pour l’achever. L'impact du sort est tel qu'il brise l'élan du chasseur dans son saut, le déchiquette, et il tombe à l'eau en coulant, laissant à la surface une mare de sang.
Alors que le bateau, démarré et toutes voiles ouvertes commence maintenant à s'éloigner du quai, l'orc prend son élan et saute de toute sa force pour atteindre l'extrémité du pont. Il parvient à saisir avec sa main le rebord du bastingage, suspendu au dessus de l’eau, et le mort-vivant l'aide à monter à bord. Au moment où il se remet sur pieds, il s'exclame, triomphal :
- Et hop! Je n'arriverais pas en retard au mariage de mon cousin !
Dargore et Kilexia, bien qu'encore en état d'alerte et de combat, ne peuvent s'empêcher d'être surpris par sa remarque totalement décalée. Ils étaient prêts à le remercier pour son aide inespérée, mais l’incongruité de sa réflexion les laissa interdits. De toute façon le navire était maintenant hors de portée des démons, qui ne pouvaient pas se mouvoir dans l'eau, et les trois passagers regardaient la fin de l'attaque du port tout en s'éloignant de celui-ci. La ville était complètement en feu, le sang coulait abondamment, les cadavres parsemaient les rues, et les démons étaient en train de remporter la victoire en venant à bout assez facilement de la résistance gobeline, grâce à leur nombre et l'effet de surprise total.
Après avoir tous trois assisté pendant un instant à la fin de la mise à sac, mes deux amis détournent leur regard du port et s’intéressent au grand orc, et l’avaient reconnu dès sa course contre l’inferno. Il n’était autre que l’un de leur ancien compagnon de guilde, Deathmask. Il avait quitté la corporation peu de temps avant l’assemblée annuelle, pour des raisons de désaccords avec les chefs. Ils se saluèrent fraternellement, surtout avec Dargore, dont ce dernier avait un respect et une admiration pour lui immenses. Il le considérait comme le plus puissant démoniste qu’il ait connu, et bien sur il avait bénéficié de nombre de ses enseignements, en plus de leurs nombreuses batailles livrées ensembles. Avec un allié tel que lui, ils pouvaient légitimement se sentir plus forts. Deathmask se souvenait très bien lui aussi de tout cela, et il rendit son salut à son ancien compagnon.
Il salua également avec un mélange de respect et d’élégance Kilexia, qui lui rendit son salut poliment, mais sans plus. Ils appartenaient à des écoles de magie opposées, l’ombre et l’arcane, et elle avait toujours accueilli avec un sentiment mitigé la personnalité suprématiste du démoniste, n’appréciant guère son manque de modestie, camouflée par un humour mal fait comme il venait de le faire en montant à bord, et qui trahissait sa difficulté à paraître humble.
Les retrouvailles s’achevant au moment où le port disparaissait derrière l’horizon, le nouveau venu se penche vers moi, alors que j’étais allongé sur le pont, toujours comateux, installé sur un sommaire matelas.
- Et FloOk, pourquoi est il comme ça ? J’espère qu’il ne va pas mal.
- Nous l’avons retrouvé il y a peu au désert des Terres ingrates. Il est comateux, mais sa vie n’est pas en danger. On le croit possédé…
- Vraiment ? Mais par qui ?
- Nous l’ignorons, et d’ailleurs nous aimerions bien le savoir. Ca pourrait peut être nous aider à le guérir.
- Oui, si on arrivait à savoir ça, ça pourrait donner une clé capitale pour comprendre l'invasion des démons sur les vieux continents.
Expliqua le mort-vivant.
- Encore faut il qu'il sache par qui il est possédé.
Insista la prêtresse. Ce qui d’ailleurs n’était pas le cas. J’ignorais tout de mon possesseur, et si mes amis savaient cela, ils seraient bien déconfits.
Deathmask et Dargore restent coi en la regardant, comprenant les inconnues qui restaient des mystères de l'invasion.
- Et vous, pourquoi avez-vous voulu sauver FloOk ? Pour la même raison ?
- Mais c'est parce qu'il fait partie de notre guilde, tout simplement.
- Oui, exact. C'est mon plus vieil ami, et plus fidèle démoniste. Je donnerais ma vie pour le sauver…
Deathmask les regarda, touché pendant un instant par leur simplicité, qui frisait à ses yeux la naïveté. Il ne sut quoi répondre, et ne put s’empêcher de les contempler : ils étaient beaux dans leur amour, sentiment qui échappait au grand démoniste. Il finit par trouver une formule adéquate, arrachée par la nécessité du contexte :
- Votre mentalité est touchante, c’est honorant pour vous !
Dargore répondit le premier :
- Merci. Et toi qui voyage beaucoup, que sais tu sur l'invasion?
- Pas grand-chose, si ce n'est qu'elle a pris beaucoup d'ampleur, et que des tas de démonistes tel que FloOk invoquent à la pelle des démons. Je n'en sais gère plus, désolé…
- Hum, nous savons à peu près la même chose, mais le mystère du commanditaire principal reste entier. Il cache bien son jeu apparemment. Deathmask éluda habilement la question.
- Reste aussi à savoir le pourquoi de cette invasion…
- J'ai ma petite idée là-dessus : les démons peuvent servir d'amorce pour un conflit plus important. Comme un avant goût d'une invasion plus importante, pour affaiblir les forces en présence.
- Je n'en sais rien. Ce n'est qu'une supposition.
- Et qu'est ce qui te fait penser ça ?
- Et bien, mes deux indices principaux étant que d'une part ce sont des démons qui attaquent. Ce n'est ni l'Alliance ni La Horde qui les envoie. D'autre part les deux factions justement sont attaquées, sans distinction. Je ne vois que la possibilité de la Légion ardente.
- Humm... Et le Fléau ?
- Ca reste possible aussi. Je ne sais pas.
Ils réfléchissent un instant à ce qu’ils viennent de dire. Deathmask reprit en premier :
- Mais au fait, comment avez-vous fait pour retrouver FloOk ?
- C’est grâce au témoignage de Yamcha, qui l’a aperçu pour la dernière fois au désert, il y a environ un an.
Deathmask fronce le sourcil.
- Yamcha ? Tiens, c’est curieux ça…
- Ha bon ? Pourquoi ?
- Il y a combien de temps exactement ?
Mes amis réfléchirent un peu.
- Il y a un an, au début du printemps. Juste avant la fête de Sombrelune.
- Et bien, si ma mémoire est bonne, il y a un an, Yamcha était avec moi à un congrès de démonistes. Il ne pouvait donc pas se trouver au désert au même moment. Ca ne paraît pas possible…
- Etrange, en effet. Comment expliquer une chose pareille ?
Un instant d’étonnement s’ensuit, pendant lequel les trois personnes se regardent, interrogatifs, et Kilexia, bien qu’elle aussi étonnée, poursuit l’histoire de ma retrouvaille.
- Oui. Quoi qu’il en soit, grâce à lui, ça a quand même permis d'orienter nos recherches dans le désert, puis nous l’avons passé au peigne fin pendant plus de trois semaines, avant de le retrouver dans un coin perdu.
- Ouais, je t’explique pas la galère que ça a été : la chaleur, les animaux sauvages errants, un repaire de Dragon. Heureusement que j’avais mon œil de Kilrog pour chercher, ça nous a été d’une aide capitale, tant il était dans un endroit reculé.
- Je me doute, mais poursuivez je vous prie.
- Qu’il y a-t-il à dire de plus ? Une fois retrouvé je l’ai ressuscité, et nous avons du faire tout le trajet jusqu’à Baie du Butin à cheval, car il n’était pas possible de faire chevaucher FloOk sur une monture volante, à cause de son coma.
- Et donc c’est à Baie du Butin que nous nous sommes retrouvés. D’accord. Et ma robe noire, avec des liserés jaune, comme ça, vous en pensez quoi ? Vous pensez qu’elle ira bien pour le mariage de mon cousin ?
Dargore est sidéré par son insouciance affichée ouvertement. Mais cela ressemblait bien à son individualisme poussé. Malgré le grand respect qu’il avait pour lui, il essaye poliment de le raisonner.
- Non mais Death, as-tu une idée de ce qui se passe en ce moment dans le monde ? Des hordes de démons envahissent presque toutes les régions des deux continents, par séries d'escarmouches plus ou moins importantes, et toi tu ne penses qu'au mariage de ton cousin ?
Death prend un air un peu stupide, comme s'apercevant de l'insouciance qu'il affichait sans retenue. Il regarde les vagues de l'océan pendant quelques instants. A quoi pensait-il ? Il reprit la parole :
- Hum, je me demande en effet si je ne sous-estime pas les dangers auxquels nous sommes confrontés dans la réalité.
Kilexia décida de rappeler ce qu’elle considérait comme étant l’évidence, pour tenter de ramener l’orc à plus de sérieux :
- Aurais-tu oublié que tu es toi aussi démoniste. N’as-tu donc pas peur de te retrouver toi aussi possédé par un démon de l’invasion ?
Dargore interposa son opinion avant sa réponse :
- Oui, d’ailleurs tu n’as pas l’air d’avoir ce problème, tout comme moi. On peut déjà s’estimer heureux d’avoir l’esprit tranquille… Mais pour combien de temps ?