Ayant répondu pour lui, le grand orc continuait de contempler les vagues de l’océan, un peu rêveur. Au bout d’un moment, il finit par dire :
- Mais vous, que comptez vous faire avec FloOk, maintenant que vous l’avez récupéré ?
- Nous voulons aller à un puits de lune, pour que Kilexia tente un sort d’exorcisme sur lui. Ainsi si nous le sauvions et le ramenions à la réalité, il pourrait nous donner des informations. C’est ce que nous espérons en tout cas.
- Finalement je veux bien venir avec vous pour aider FloOk. L'un des avantages que je pourrais en tirer serait d'en savoir plus sur l'identité de son possesseur. Finalement je suis curieux, et tant pis, je n’irais pas au mariage de mon cousin. Il prit un air fier et majestueux, mais il réussit mal son emphase théâtrale :
Dargore est soulagé par sa décision. Il n’osait pas demander directement son aide, du fait du respect mêlé de crainte qu’il éprouvait pour lui, et cette dernière réponse lui apportait un soulagement certain. Un allié tel que lui était loin d’être négligeable en ces temps troublés. Kilexia appréciait un allié supplémentaire, puissant à l’extrême en combat, mais sans autre avantage à ses yeux.
Plus tard, le capitaine du bateau vint les voir, en leur disant que les provisions embarquées juste avant l'attaque seraient suffisantes pour nourrir tout le monde jusqu'à la fin du voyage, mais qu’il allait falloir rationner un peu. Mes amis le remercièrent, et lui assurèrent qu’ils feraient cet effort imposé par la nécessité.
Les conversations reprennent, et Kilexia donne des détails explicatifs à Deathmask :
- J'ai décidé de tenter d'exorciser FloOk en essayant d'invoquer un Loa, vu que l'entité qui le possède semble puissante. Avec un peu de chance il serait possédé par le commanditaire principal de l'invasion, ce qui pourrait nous apporter des informations importantes sur ça. Mais pour augmenter mes chances de réussite, nous nous rendons au Puits de lune le plus proche.
- Et pourquoi un Puits de lune?
- Son énergie va d'une part amplifier mon incantation, amplifier la magie du Loa, s'il répond favorablement à ma demande, et forcer davantage le possesseur de FloOk à fuir, s'il s'agit bien d'une entité ténébreuse.
- Les démons de l'ombre n'aiment effectivement pas la magie sacrée de l'eau de l'ancien Puits d'Eternité.
Fit-il remarquer laconiquement.
- As-tu déjà invoqué le Loa dont tu parles? Et c'est quel Loa?
- C'est Lukou, le Loa de la guérison. Je ne l'ai jamais invoqué en personne, bien qu'ayant des affinités avec lui à chacun de mes soins magiques. S'il pouvait venir en personne, ce serait l'idéal, car sa puissance est grande. Enfin je l'espère, je mise sur sa puissance divine sans savoir la puissance du possesseur de notre ami. Voilà tous les problèmes et les inconnues sur notre pauvre aventure.
- C’est très intéressant. Ca a l’air passionnant. Il me tarde d’y être pour y participer ! Ha ça va être du grand spectacle !
Deathmask passait pour un imbécile prétentieux aux yeux de la prêtresse, qui interprétait sa remarque comme quelqu’un qui fait semblant de s’y intéresser, tel un chroniqueur qui prépare son article de journal, et en y ajoutant faussement de la passion de surcroit. Elle ne le voyait que trop clairement, là où le respect de Dargore l’aveuglait sur le comportement presque fantasque de l’orc. Alors que ce qui était important pour elle était au moins de souhaiter la réussite d’une entreprise périlleuse et dangereuse, ou au mieux de poser des questions sur des détails techniques. Mais au lieu de cela, l’orc se contenta de sa remarque qui sonnait creux. Comment un si puissant démoniste pouvait avoir une mentalité si légère et insouciante ?
Pendant le voyage, alors que mes deux amis se reposent de leur périple, accoudés au bastingage, et regardant l’océan, j’étais à quelques mètres d’eux, toujours allongé et l’air endormi. Profitant d’un moment d’absence de mes deux compagnons, Deathmask s’approche de moi, se penche, me serre la gorge de plus en plus avec sa main, et commence à m’étouffer. Sortant alors de mon coma, je prends son poignard attaché à sa ceinture, et lui plante dans la cuisse, en faisant un bruit de sifflement de serpent. Cela lui arrache un cri.
Il retire le couteau de sa cuisse. Mes amis accourent. Kilexia interroge, sur le qui-vive :
- Qu'est ce qui se passe ici?
- Il m'a poignardé la cuisse !
Kilexia constate la plaie, et la soigne magiquement.
- Merci Kilexia, je n'ai déjà presque plus mal, mais je vais avoir une cicatrice maintenant...
Bougonna-t-il sur un ton frustré.
- De rien. Mais pourquoi FloOk a-t-il fait ça?
Elle me regarde, me scrute, et voit que je suis retombé dans le coma. Dargore tente une hypothèse :
- C'est son possesseur qui lui fait faire n'importe quoi. Il essaye de nous mettre les bâtons dans les roues, même en se servant de l'état pitoyable de FloOk.
- C'est pitoyable de la part de son possesseur justement. Vous avez vu le jeu de mots sur « pitoyable » que je transpose de FloOk à son possesseur ?
Demanda-t-il avec un sourire niais.
- Encore ton humour ironique et décalé… Ton comportement me fait pitié Death.
Sans se soucier le moins du monde de la critique de la prêtresse, il commente :
- Ce qui est bizarre c'est qu'il a fait un drôle de bruit en me poignardant. Comme un sifflement de serpent.
- Oui c'est étonnant.
Alors qu’elle s’en fichait royalement de sa remarque. Le mort-vivant a subitement une idée.
- Death, tu veux pas essayer de savoir qui possède FloOk?
- Je veux bien essayer, mais je ne garantis pas le résultat.
Il se concentre, me pose les mains sur mes tempes, ferme les yeux, puis après quelques instants, il donne son opinion.
- Je vois qu'il s'agit d'une entité des forces de l'ombre, mais c'est tout. On dirait qu'il possède un brouillage puissant qui le cache. Je ne peux rien en tirer de plus…
Je sors à nouveau de ma torpeur, et j’essaye d’articuler des mots. Dargore s’accroupit devant moi, cherchant à comprendre, et me parlant sur un ton compatissant.
- FloOk, tu m’entends ? Pourquoi as-tu fait ca ? C’est ton possesseur qui te pousse à le faire ?
Je bredouille de façon confuse :
Il regarde ma robe, étonné.
- Mais de quel pantalon tu parles ? Tu portes une robe, et moi aussi…
- Et nos deux autres amis aussi. De quoi parles-tu enfin ?
Je reconnus sa voix.
Je ressombre dans mon coma.
Deathmask, encore vexé par la blessure :
- Il délire, c’est tout. Il dit n’importe quoi…
- Oui mais pourtant il m’a reconnu, puisqu’il a dit mon nom…
Kilexia regarde la scène, avec un air méfiant et les sens en alerte, mais était-ce seulement à mon égard ? Elle s’interrogea sur le sens de mes paroles, contrairement à Deathmask, mais dût s’avouer qu’elle ne comprenait pas mes quelques mots mystérieux.
Dargore fait remarquer que si je suis parvenu à parler, c’est la preuve que mon âme est dans mon corps, et que donc je ne suis pas perdu. Pour ma part, ayant compris dans mes instants de semi torpeur leurs projet, je continuais de lutter contre mon possesseur, afin de survivre à lui. La prêtresse s’en doutait, ce qui la confortait dans son projet de m’exorciser au puits de lune. Mais elle était un peu irritée par le fait que plus on attendait, plus le risque que mon possesseur s’empare de mon âme définitivement augmentait. Mais il fallait accepter de perdre ce temps pour pouvoir pratiquer l’exorcisme dans les meilleures conditions possibles.
Au bout d’une semaine de traversée de l’océan, qui se déroula sans autre problème, notre petit groupe arriva à Cabestan. Après avoir amarré, nous constatons rapidement que le port est en état d’alerte, et que des militaires patrouillent massivement dans la ville et les environs. Et bien qu’aucune attaque ne semble se produire, on est visiblement en état de guerre, contrairement au port de Baie du butin, qui baignait dans une ambiance plus paisible avant qu’il ne soit attaqué. Ne voyant pas de moyen pour se ravitailler, les magasins étant tous fermés ou réquisitionnés par l’armée, Deathmask a l’idée d’aller voir un ami, Strahad Farsan, un démoniste, situé en périphérie du port, sur un plateau plus élevé.
Dargore le connaissait aussi un peu, car c’est lui qui lui avait appris à invoquer et dompter un de ses démons, le chasseur corrompu. Il les accueillit assez froidement, étant lui aussi stressé par l’état d’urgence décrété, et semblait même préparer ses affaires pour partir. Contre espèces sonnantes et trébuchantes, nous pûmes quand même lui acheter de la nourriture et de l’eau, qui étaient les ressources les plus indispensables pour continuer le périple.
Ainsi fait, nous décidons de partir en direction de Silithus, toujours à cheval, car le Puits de lune d'Orneval était inaccessible. Le poste de Bois-brisé, bastion de la Horde de cette région était lui aussi dévasté, et donc il ne restait plus que l'alternative de Silithus. Pendant cette dernière étape du long voyage, notre groupe est attaqué par des démons isolés, vaincus par nos trois personnages, et où Deathmask refait une démonstration de sa puissance et son intelligence du combat. Lors d’une attaque par un groupe plus important d’une dizaine de démons, Deathmask intime des ordres dont la stratégie fut payante, et nous fûmes une fois de plus épargnés.
Après avoir traversé les Tarides, nous traversâmes les régions de Mulgore, puis de Féralas. Un col de montagne, connu de Deathmask, nous permis de passer de la forêt de Féralas et d’arriver enfin aux portes de Silithus. Après quelques kilomètres, notre groupe rencontre une escouade d’une dizaine d’elfes cénariens. Bien que visiblement méfiant de voir arriver un groupe composé de trois races différentes, et qui plus est d’aucun elfe, nous engageons la conversation avec leur chef, qui nous invective le premier.
- Salut. Qui êtes vous, et que venez vous faire à Silithus ?
- Je m’appelle Kilexia. Nous venons chercher un refuge contre l’invasion des démons.
- Sachez que cette région est à peine plus épargnée que les autres par l’invasion. Ce qui nous préserve un peu, c’est son inhospitalité. Mais vous, que venez-vous y faire exactement ?
- Je viens de vous le dire, nous cherchons refuge dans cette région.
Il n’est pas convaincu par l’unique argument du refuge, car il trouve que ce n’est pas très crédible.
- Et je viens de vous répondre mot pour mot : Silithus est à peine plus protégé que les autres régions.
Voyant qu’il est méfiant, et que le dialogue s’avère tendu, la prêtresse trouve l’argument clé, et me montre du doigt :
- Notre ami est malade, nous cherchons un endroit pour le soigner. Il a besoin de soins et rapidement.
Evidemment, elle prit soin de ne pas dévoiler que les soins en question nécessitaient l’utilisation du Puits de lune, qui était sacré. Le chef, quant à lui, fait semblant de ne pas être sensible à l’argument de la nécessité de me sauver.
- Il est si important que ça votre ami ? Après tout, vu le nombre de morts qu’on fait les guerres d’Azeroth, une vie de plus ou de moins…
Kilexia, légèrement irritée, mais gardant son calme.
- Oui, mais voyez-vous, pour l’instant il est encore vivant, et si nous le soignons sans tarder, il peut être sauvé. Comprenez-vous ?
- Oui, je comprends cela. Et bien d’accord, allez au fort si vous le souhaitez, je vous laisse libre d’aller votre chemin.
Alors que mes amis, soulagés par la décision du chef, s’apprêtent à partir, Deathmask intervient :
- Oui, d’accord, merci, mais sachez qu’il est possible qu’il détienne des informations déterminantes pour identifier le commanditaire de l’invasion. S’il s’en sort, ses révélations pourraient nous aider à percer le mystère de l’invasion. Si vous nous accompagniez, la route serait plus sure.
Dargore fut dépité par les dires de son compagnon. Il était même déçu qu’il révèle ce qu’il voulait garder secret. Que lui prenait-il ? Cela ouvrait selon lui une énorme porte aux elfes, dont le chef ne se fit pas prier pour l’ouvrir, redevenir méfiant, et rétorquer.
- Hum, pas si vite. Et qu’est ce qui me dit que vous dites la vérité ?
- Il faut nous croire. Nous appartenons à la guilde La Horderie, qui sert la Horde, et qui est fort connue. Ca vous dit quelque chose ?
Alors qu’en plus Deathmask n’en faisait plus partie. Cela dépitait aussi la prêtresse, qui faisait tous les efforts du monde pour ne pas montrer son exaspération.
- Humm peut être, je sais pas.
- Et notre chef s’appelle Anaxagor, en lien direct avec le Seigneur Thrall. Nous sommes très connu et digne de confiance.
Deathmask en rajouta une couche, croyant imposer son respect en parlant de la sorte, mais cela ne produisit pas l’effet escompté. En fait, il était en train de tout gâcher.
- Ouais, les titres de ce genre ne m’impressionnent pas. Au contraire, je suis un elfe, au cas où il faudrait vous le rappeler. Alors la Horde…
Dargore, sentant que la situation risquait de prendre mauvaise tournure, intervint à sont tour pour rattraper la situation.
- Non mais, s’il vous plaît. Imaginez pendant un instant que nous ayons raison. Que notre ami malade sache quel est le commanditaire principal de l’invasion, cela pourrait être le début de la fin de nos problèmes à tous, vous ne croyez pas ?
- Et comment ça se pourrait ça ?
- De quoi ?
- Qu’il sache les informations dont vous parlez…
- Et bien, il fait partie des démonistes qui ont invoqués des démons en Azeroth, et par conséquent nous pensons qu’il sait peut être quelque chose sur son origine.
- Et je vous retourne encore la question : comment pouvez-vous être sur qu’il sache cela pour autant ?
- Hum, nous en sommes pas sur totalement c’est vrai. Je l’avoue. Nous le supposons.
C’est ce que le chef attendait comme réponse depuis un moment. Kilexia saisit sa chance, et tenta le tout pour le tout.
- Mais avoir un invoqueur vivant sous la main est une chance qu’on ne peut pas se permettre de laisser passer. Vous, pensez-vous avoir plus de chance que lui de trouver la réponse à cette question si importante?
Le chef est un peu pris de court par sa question, et est obligé d’admettre la part de vrai dans cette remarque, il réfléchit encore.
- Aidez-nous à aller au fort cénarien. S’il vous plaît…
Le chef de l’escouade hésite encore, mais il est peu à peu convaincu et finit par nous croire. Il me regarde d’un air intrigué, puis il ordonne alors à son escouade de nous escorter.
Ce qui passa pour une erreur de la part de Deathmask nous sauva une fois de plus, car pendant la nuit, alors que nous dormions, nous fument attaqués par des araignées géantes. Encore du sang, du combat, et notre escouade de soutien fut sacrifiée afin de nous permettre d’arriver sains et saufs à notre objectif final. Bien sur, les elfes ne voulaient pas spécialement nous couvrir, mais nous nous débrouillâmes pour les faire se battre contre les monstres, pendant que nous prenions la fuite, tel des lâches.
Puis enfin, après ce périple de plus de trois, après avoir traversés bien des dangers sur les deux continents, nous arrivâmes au fort cénarien au petit matin.
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