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Chapitre 109 : A la conquête d'Azeroth ! (bis)

 

 

Histoire d'être tranquille, Llégion s'était installé à l'auberge de Cabestan où il savait pouvoir ruminer sa déception autour d'un verre de vin sans être dérangé par des hordes de ploucs.

 

Après de notables efforts, il avait enfin atteint le 40e cercle, un moment toujours important pour tout aventurier d'Azeroth.

Sauf que là, c'était raté. En effet, le 40e cercle était un but à atteindre à cause de l'accès à la monture, source de gain de temps pour de grands voyageurs. Mais depuis qu'"ils" avaient changé les règles, ce cap n'avait plus rien d'intéressant, notamment pour quelqu'un comme Llégion.

Llégion avait la sérieuse impression de s'être fait avoir. A tel point qu'il avait même renvoyé son tabard au maître de sa guilde, histoire qu'on lui fiche la paix une bonne fois pour toute.

Il avait ainsi pu échapper à une nouvelle soirée avec Mercät…

 

- Je sais ce qui ne va pas.

- Maître ?

 

Abatik leva la tête de son journal et regarda le Démoniste.

 

- J'ai compris pourquoi tout va de travers depuis le début, Abatik.

- Vous êtes un brillant Démoniste, Maître. C'est juste que vous n'avez pas de chance.

- Et toi tu es un faux-cul de première, Abatik.

- Merci, Maître.

- Non, le truc, c'est que j'ai perdu de vue mon objectif.

- Lequel, Maître ?

 

Llégion foudroya du regard le Diablotin qui le regardait d'un air intrigué.

 

- La conquête du monde ! Par la malepeste, Abatik, la conquête du monde !

- Ah, ça. Je pensais que vous aviez mis cela de côté pour le moment, Maître. Pour quand vous serez au 70e cercle.

 

Abatik n'avait manifestement pas l'air convaincu.

 

- Non ! Je perds du temps avec ces histoires de quêtes, de donjons, et de massacre de créatures.

 

Le Démoniste se leva soudain de sa chaise et prit une pose théâtrale.

 

- Par la malepeste ! Je suis Llégion le Maléfique ! Génie du Mal et plus grand cerveau criminel d'Azeroth ! Et je vais conquérir le monde ! Mouahahahahahahah !

- Oh, ta gueule le poivrot.

 

Llégion se figea dans sa pose et lança un regard méprisant sur le Voleur qui l'avait apostrophé. Puis il se rassit - le Chasseur étant quand même du 70e cercle...

 

- Non, Abatik. Il est temps pour moi de me lancer véritablement dans la poursuite de mon véritable et seul objectif.

- Euh... Oui, Maître.

 

Abatik se replongea dans son journal, considérant l'affaire close.

 

- Donc : que me faut-il pour accomplir ce but ?

- Mmmm… ? Je veux dire, je ne sais pas, Maître.

 

Voyant que Llégion n'avait pas l'air de lâcher l'affaire, Abatik soupira discrètement et replia son journal.

 

- Il me faut des serviteurs. C'est ça le problème dans cette histoire : je n'ai pas de serviteurs ! Personne pour s'occuper de l'intendance, pour se battre à ma place, pour mourir pour moi !

- J'ai dit, ta gueule le poivrot !

 

Abatik ouvrit la bouche pour répondre quand il vit arriver les autres démons. L'entrée de Seln dans l'auberge aurait dû provoquer un silence admiratif, si ladite auberge n'avait pas été vide mis à part le Chasseur qui en était à sa 14e bière et commençait à avoir du mal à repérer quelle chope était la bonne sur sa table.

En bikini noir et paréo, elle revenait de la plage où elle venait de profiter du soleil. Le gobelin vendant ses marchandises estivales avait en effet fait nettoyer tout un coin, à la grande satisfaction de la Succube.

 

Zaza, comme d'habitude, était couvert d'algues ainsi que de divers morceaux provenant manifestement de créatures marines décédées.

Enfin, on ne pouvait qu'espérer qu'elles le soient, étant donné la taille des morceaux.

 

Mezz avait ses lunettes et compulsait son Code avec application. Il venait tout juste de commencer les longues démarches destinées à la création de la religion de Llégion, démarches nécessitant toute son attention ainsi qu'une solide dose de patience et de perversité.

Il s'amusait donc comme un fou.

 

Buck, quant à lui, avait passé la journée à tenter de trouver des partenaires de bridge. Etonnamment, il avait fini par en trouver chez les gardes gobelins. Des gens charmants, quoique communs.

Ils s'étaient promis de se retrouver le soir même autour d'un verre de brandy.

 

Poussant un profond soupir, Seln s'effondra donc sur une chaise.

 

- Mon Llélé, je suis TELLEMENT é-rein-tée ! J'ai passé la journée à la plage, et je n'ai qu'une envie, c'est de prendre un bon bain !

- Wif !

- Mais oui, mon Zaza, maman va te donner à manger. Tu as vu, mamour ? Je lui ai mis un petit chapeau !

 

Llégion baissa les yeux sur le Chasseur Infernal qui portait effectivement un bob avec écrit dessus "ZAZA". Il eut la décence de prendre l'air honteux, ce qui était un minimum.

 

Llégion secoua la tête et revint à ses affaires.

 

- Vous tombez bien ! Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? Sincèrement.

 

Dans un magnifique ensemble, les démons prirent une profonde inspiration pour dire le fond de leur pensée mais s'interrompirent net en voyant Abatik leur faire de grands gestes de dénégation paniquée dans le dos de Llégion.

 

- (voix caverneuse) Nous ne voyons pas, Maître.

- Par la malepeste ! Il me manque des serviteurs !

- (voix caverneuse) Vous voulez dire, comme des démons ?

- Non ! Je veux dire des VRAIS serviteurs, efficaces, discrets, serviables, le genre à combattre pour ma cause !

- Ainsi vous avez une cause, Monseigneur. J'en suis fort aise. Il est certain qu'un gentilhomme ne saurait vivre que de distractions futiles, quand tant et tant de nobles causes...

- Je parlais de la conquête du monde !

 

Un long silence accueillit l'exclamation de Llégion. Mezz avait l'air dubitatif. Seln, comme à son habitude, ne suivait pas et faisait des papouilles à Zaza.

Buck sentit qu'il lui fallait intervenir.

 

- Voilà une cause noble et ambitieuse, Monseigneur. Mais pour ce faire, il vous faudrait moult suppôts et vassaux susceptibles de vous fournir l'appui nécessaire à votre projet. Ainsi qu'un plan, bien entendu.

- Voilà ! Enfin quelqu'un qui me comprend ! Et c'est le canasson ! Personne ne suit à part lui.

- Euh... Bien qu'étant un destrier infernal des plus commun, et en aucune manière une monture épique, je trouve néanmoins le terme de "canasson" quelque peu...

- On s'en fout ! Abatik ! Où je peux trouver des serviteurs ?

- Le meilleur endroit pour embaucher quelqu'un, Maître, me parait être Baie du Butin. Les Gobelins y ont des bureaux de placement depuis longtemps, et fournissent une main d'oeuvre variée tant à la Horde qu'à l'Alliance.

- Donc, on va à Baie du Butin. Ca tombe bien, je connais du monde là-bas. J'y avais recruté une partie de mes serviteurs dans le temps. Et le patron de l'agence me doit des services...

- Deux objections, Maître ?

 

Llégion leva les yeux au ciel en soupirant.

 

- Bon, qu'est-ce qu'il y a encore ?

- En un, je me permets de vous rappeler que vous êtes mort pendant 50 ans, Maître. Plus personne ne doit vous connaître là-bas.

- ... Mouais. Bien vu. Et en deux ?

- En deux, Maître, je suis désolé de vous le dire, mais je crains que nos fonds ne soient… comment dire… limités. TRES limités.

- Comment ?!

- Bon ben moi je vais prendre un bain ! A plus tard !

 

Seln s'enfuit plus qu'elle ne se retira, en lançant un regard inquiet à Abatik qui avait prévu le coup. Quand on a une Succube comme Seln dans l'équipe, et qu'on s'occupe de gérer les fonds de son Maître, on anticipe. Beaucoup. Tout le temps.

 

- Vous avez beaucoup dépensé en tissu, Maître. Et peu vendu, vu que tous les objets intéressants, vous les désenchantez au lieu de les vendre.

- Je suis encore à sec ?!

- Non, Maître. Dans l'ensemble, on s'en sort, et on a même une petite réserve de secours, mais les dépenses imprévues et importantes sont à éviter. Et aussi celles qui dépassent nos revenus réguliers. Comme des salaires.

- Par la malepeste ! Bon, tant pis, on verra sur place. Dès demain, on part sur Strangleronce et on s'occupe de trouver du monde.

 

Llégion et les démons prirent le chemin de la chambre que le Démoniste louait - à un prix excessif selon l'avis d'Abatik, qui avait fini par comprendre que son Maître ne savait pas gérer son argent.

 

 

Moustaches les suivit en trottinant. Le Démoniste avait mis du temps, mais il avait enfin fini par comprendre. Demain allait être une journée intéressante...

Puis le rat s'arrêta pour lâcher une crotte.

 

 

***

 

 

Chapitre 110 : Un amour de kodo

 

 

- Dame, c'est qu'c'est-y de la belle bête, ça, élevée en plein air ! R'gardez-zy l'croupion, milord ! Et tâtez-moi c'jarret ! C'est du bestiau de compétition, pas d'la viande d'bouch'rie !

 

Vimayre obtempéra et flatta le flanc du kodo qui ignora le geste, trop occupé à ruminer son herbe et à chasser les mouches de sa queue.

 

- Et pi, c'est j'avions gagné des prix, avec mes bestiaux ! Dame, c'est qu'y sont connu dans tout Kalimdor, les kodos d'vieux Harb Sabot-griffu !

 

Vimayre avait donc décidé de faire une pause, considérant que Llégion, de toutes façons, ne lui échapperait pas.

il avait surtout décidé de récupérer une monture, histoire de ne plus être obligé de faire la route à pied - surtout s'il devait refaire un tour dans les régions tenues par l'Alliance !

 

Il était donc revenu dans les plaines Mulgore, lieu de sa jeunesse déjà lointaine, pour rencontrer le seul vrai éleveur de kodos digne de ce nom, le vieux Harb, un Tauren sympathique bien que du genre... agraire.

 

- Et pi, j'avions du choix ! Plusieurs couleurs, pour qu'un milord comme vous aut' y soye fier de monter d'ssus !

- N'ayez crainte, Harb, j'avions... pardon, je n'ai aucun problème avec vos kodos. Ils ne sont pas connus comme les meilleurs pour rien.

 

Le vieux Harb se redressa avec fierté.

 

- J'avions bien vu qu'vous étiez point un d'ces péteux d'la ville, toujours à mépriser les p'tites gens d'la campagne.

- En effet, j'ai passé mon enfance ici.

- Ca c'est-ty un vrai Tauren ! Et vous f'sez quoi, milord ?

- Je suis Contr... euh... contremaître. Dans une mine. Loin. Vous ne connaissez pas.

 

Vimayre souffla intérieurement tandis que Harb continuait à faire l'article, comme seul un maquignon de Mulgore en est capable.

S'il avait révélé son vrai travail, il aurait sûrement eu du mal à échapper au lynchage. Les paysans n'était pas très réceptifs, d'après ses informations, au concept d'"impôt".

Et plutôt du genre "soupe au lait" quand on insistait.

Et Vimayre avait besoin d'une monture assez puissante pour le porter.

 

- Alors ? Y l'a ty choisi ?

- Oui, Harb. Je vais prendre le gris, il a l'air calme.

- Z'avez l'oeil, milord ! Galette, c'est d'la graine de champion ! Même qu'ça m'fait mal au palpitant d'm'en séparer, vu qu'j'l'avions élevé au bib'ron moi-même ! *snif* Ca va m'fendre le coeur... *snif*

 

Vimayre se permit un sourire discret. Sacré Harb... Jamais le dernier pour faire cracher son or au client ! Mais cette fois-ci, il avait affaire à forte partie.

 

...

 

Deux heures plus tard, les deux Taurens se serrèrent la main pour conclure leur marché, le sourire aux lèvres.

 

- Z'êtes du genre coriace, milord ! J'avions pris du plaisir à marchander avec vous.

- Le plaisr fut réciproque, Harb. Au fait...

 

Vimayre grimpa sur sa nouvelle monture.

 

- Pourquoi vous l'avez appelé Galette ?

 

Le vieux Harb sourit franchement.

 

- J'vous avions point dit ? Il a la digestion difficile.Vaut mieux pas rester derrière, si vous voyez c'que j'voulions dire...

 

 

Loin de là, Moustaches nota mentalement l'évènement. Tant mieux, les choses allaient pouvoir avancer plus vite.

Puis le rat fit un culbute et se rendormit.

 

 

***

 

 

Chapitre 111 : Qui n'a pas son séide !

 

 

- Ils sont beaux, ils sont beaux, mes larbins ! Approchez, approchez !

- Les meilleurs suppôts de tout Azeroth ! Pour deux achetés, un offert ! On y va, on y va !

- Séides et valets à prix cassés ! A peine servis ! Profitez-en, y'en aura pas pour tout le monde !

- Serviteurs maléfiques ! Qui n'a pas son serviteur maléfique ! Garantis 100% biologiques !

 

 

Baie du Butin retentissait des boniments des vendeurs des agences de placement installés devant l'entrée de la ville. Des squelettes perdant des morceaux côtoyaient des chevaliers en armure noire, tandis que des gladiateurs s'affrontaient pour montrer aux acheteurs potentiels leur force.

 

Llégion respira profondément et expira de béatitude.

 

- Ah, ça me rappelle mes débuts... A l'époque, je commençais juste comme Génie du Mal, et mon repaire secret n'était encore qu'une cahute au milieu de la boue. Mais j'étais ambitieux... Toute une époque...

 

Llégion se mit à froncer les sourcils et à serrer la mâchoire.

 

- Quand je pense au temps que j'ai mis pour avoir un repaire acceptable. A tout l'argent que j'ai englouti pour recruter et entraîner mon armée... Et tout ça pour qu'un entrepreneur rase tout pour cultiver des potirons, sous prétexte que j'étais mort ! Rhhhaaa !

- Respirez, maître, vous devenez bleu.

- Bon, inutile de ressasser le passé. Mais si je tenais ce sale type ! Bref, on cherche l'Agence du Littoral. En espérant qu'elle existe toujours. Ils ont toujours été compréhensifs pour les délais de paiement...

 

Llégion et ce qu'il restait du groupe, à savoir Abatik et le rat, commencèrent à faire le tour des étals.

 

Mezz était parti dans sa tournée quotidienne des administrations, tandis que Seln - et bien sûr Zaza - faisait les boutiques, partant du principe qu'un port a FORCEMENT des boutiques de vêtements.

Buck s'était caché dans un coin, soi-disant à cause d'une allergie à l'air marin. En réalité, la ville comptait beaucoup de vétérans du 70e cercle, dont des Démonistes, et il ne voulait pas courir le risque d'être démasqué.

En plus, la ville comptait un club de bridge au sein de la garde gobeline...

 

 

Llégion finit par trouver l'Agence juste aux pieds de l'escalier du tunnel menant à la ville. Un Gobelin au sourire enjôleur - pour un Gobelin - faisait l'article devant quelques passants intéressés.

 

- Mais oui, madame - pardon, Sombre Maîtresse des Enfers. Ils sont lavables à la main ou en machine. Pensez juste à séparer les démons des morts-vivants, pour éviter la propagation des malédictions. Et oui, monsieur - pardon, Fléau Ténébreux. Nos esclaves damnés sont garantis un an, pièces et main d'oeuvre. Oui ? En effet, mon petit bonhomme - pardon, Damien fils de Satan. S'ils ne vous conviennent pas, on vous les échange gratuitement, à condition qu'ils soient dans leur emballage d'origine, bien entendu. Et pour le grand monsieur mort, qu'est-ce que ce sera ?

 

Le Gobelin s'était retourné vers Llégion, un sourire commercial aux lèvres.

 

- Je regarde... Vous faites toujours des Bras Droits ?

- Bien sûr, monsieur ! Tout modèle et toute gamme de prix ! Vous cherchez quelque chose de particulier, peut-être... ?

- Et bien, je me serais bien laissé tenter par quelque chose, mais mon budget est assez limité...

- N'en dites pas plus ! La satisfaction du client est notre deuxième priorité ! Quels que soient vos moyens, l'Agence du Littoral aura ce qu'il vous faut !

- Par curiosité, quelle est la première priorité ?

 

Le Gobelin sourit encore plus - un exploit à ce stade.

 

- Mais gagner de l'argent, bien sûr ! Alors, dites-moi tout : que cherchez vous ?

- J'ai eu un Bossu, autrefois. Une sale tendance à mentir, à tripatouiller les chèvres et à dormir pendant ses tours de garde...

- Ah, un bossu ! Un modèle 67, apparemment. Je vois que monsieur est connaisseur. Ils ont arrêté d'en faire, malheureusement. Et même d'occasion, j'ai peur que cela ne dépasse votre budget, à moins que vous ne puissiez faire un effort... ? De combien disposez vous ?

 

Llégion tint un court conciliabule avec Abatik, puis se retourna vers le Gobelin et lui donna son budget.

Le sourire du Gobelin, étonnamment, vacilla à peine.

 

- Ah ah ! Je vois que monsieur aime les défis ! Ca tombe bien, moi aussi ! Vous avez peu d'argent, ce n'est pas un problème, je vais le prendre quand même ! Bien, déjà, envisagez-vous de faire de la reproduction ?

- Pas pour l'instant. Je n'ai pas les locaux pour cela.

- Dommage... J'ai des prix pour des couples. Sinon, quel sexe ? Ca peut être important si vous envisagez d'en faire un esclave sexuel...

 

Le Gobelin fit à Llégion un clin d'oeil appuyé.

 

- J'ai déjà une Succube, merci.

- Effectivement... Donc le sexe ?

- Indifférent. Du moment que ça ne pond pas de gniard…

- C'est vous le client. Maintenant, le modèle.

- Il me faudrait d'abord un Bras Droit. Ou un Serviteur Maléfique à la rigueur. Vous m'avez dit que les Bossus étaient devenus chers ?

- Hélas, mon cher monsieur, hélas ! Les prix ont véritablement explosé, et il devient très dur d'en trouver, même pour nous. Je me permettrais plutôt de vous conseiller un Séide, vu votre budget.

- Mouais... Mais pour créer une armée, un seul Séide...

- Certes, mais c'est une question de choix, si je peux me permettre. Certes, vous pouvez avoir un Serviteur Maléfique, voire un Bras Droit, mais uniquement d'occasion et ayant déjà servi. Alors que vous pouvez avoir un Séide neuf, personnalisable à votre convenance. Et bien entendu, principal avantage selon moi, parfaitement aux normes actuelles !

- Effectivement...

- Tenez, j'ai justement quelques modèles à vous proposer.

 

 

Moustaches s'était soudain tendu. Ce moment allait être important. A condition que rien ne vienne perturber l'opération. RIEN ne devait la perturber.

Puis le rat éternua de nervosité.

 

 

***

 

 

Chapitre 112 : La piste perdue

 

 

- Un grand chauve à l'air con ? Ben tiens, bien sûr que je m'en souviens, Monsieur le Contrôleur Principal. Il a fait un scandale à la taverne, l'autre jour.

 

Vimayre hocha la tête. Comme prévu, Llégion avait quitté Orgrimmar, mais comme d'habitude, non sans se faire remarquer, notamment des gardes de la cité.

 

- Le motif du scandale, Sergent ?

- Une rixe avec ses démons, apparemment, Monsieur le Contrôleur Principal. On les a mis dehors sur la demande de l'aubergiste.

 

Vimayre jeta un oeil vers l'auberge, à l'entrée de laquelle se tenait le tenancier, les bras croisés et l'air maussade, surveillant manifestement le Tauren de loin.

 

- Et je suppose qu'en plus, il n'aime pas les Taurens...

- Oh si, il les adore. C'est une de ses spécialités culinaires ! Oups ! Désolé...

- Pas grave... Bon, plus important, il est parti où ?

- Le grand con ?

- Non, l'aubergiste...

- Ben il est resté dans son auberge jusqu'à la fermeture. Je suppose qu'après, il est rentré chez lui.

 

Vimayre se passa une main fatiguée sur le visage.

 

- C'était de l'humour, Sergent... Je parlais de l'auteur de l'esclandre.

- Ben fallait préciser, je ne suis pas sensé savoir, moi...

- Donc, le Mort-Vivant ?

- Après tout, comment je peux savoir si vous êtes sérieux ou pas ? Déjà, vous, les Taurens, vous faites toujours la même tête, et puis, je ne suis qu'un simple sergent de ville, et...

- Où-est-parti-le-Mort-Vivant ?

- Aucune idée.

- Pardon ?

- Oups ! Je veux dire : aucune idée, Monsieur le Contrôleur Principal.

- Comment ça, aucune idée ?!

- Ben, ça dépend des idées sur quoi. Moi, par exemple, je réfléchis beaucoup à la question de la circulation des montures dans la ville, et...

- Je m'en fous ! Je parlais du Mort-Vivant ! Llégion ! Ne me dites pas qu'il n'a rien dit sur sa destination ?!

- ...

- Comment ?

- Vous me dites de ne pas vous le dire. Alors je ne le dis pas.

- Je... Laissez tomber... Vous... Mais pas votre arme, bougre de crétin !

- Vous me dites de laisser tomber, moi je...

- RHHHAAA ! Qu'est-ce que j'ai fais pour mériter ça ?!

- Si vous voulez, on peut aller vérifier votre casier judiciaire, si vous avez fait des trucs, ce sera dedans. Eh ! Revenez ! Qu'est-ce que j'ai dis ?!

 

Un second garde rejoignit le sergent tandis que Vimayre partait en fulminant.

 

- Il voulait quoi, le steack ?

- Il cherche un Mort-Vivant.

- Ils ont de drôles de moeurs, ces gars-là. En plus, il y en a plein les rues.

- Tu as prévenu les services de la voirie ? Ca risque d'encombrer la circulation.

- Régis ?

- Oui ?

- T'es vraiment con, tu sais. On devrait en faire une série.

- T'es nul...

 

 

***

 

 

Chapitre 113 : Cruel dilemme…

 

 

Le Gobelin fouilla sous son comptoir et ramena un lourd volume avec de nombreux marque-pages, qu'il ouvrit au début.

 

- Voyons voir... Un Humain ? Classique, sobre, peu original certes mais sachant se tenir. Il faut simplement faire attention à leur alimentation et les sortir régulièrement, sinon ils s'empâtent – surtout les femelles. Nous sommes actuellement en rupture de stock, mais nous attendons une commande d'ici une semaine à peine.

- Alors non. C'est pour consommer de suite.

- Je comprends... Un Elfe de la Nuit ? Certes un peu encombrant vu la taille, mais idéal pour des randonnées en nature. Grande longévité, endurance remarquable, les femelles sont certes un peu puériles mais très douées sur un plan sexuel – à condition de penser à leur couper les oreilles, elles ont tendance à chatouiller dans le feu de l'action.

- J'aime pas les Elfes.

- Je vous comprends... Qui voudrait d'un Elfe ? Beurk ! Un Nain ? Facile à ranger, on peut taper dessus tant qu'on veut sans l'abîmer, et les modèles les plus perfectionnés sont livrés avec une brasserie portative.

- Un Nain ? Vous êtes sérieux ?

- Et bien… Oublions. Ou un Gnome ?

- ...

- Très pratique, si je puis me permettre, le Gnome. J'ai quelques clients, des originaux certes, qui en sont très satisfaits. Il y a toute une technique qui consiste à s'en servir comme ballon quand on est énervé. Bien entendu, le modèle est livré avec son manuel technique, ça semble ardu au début, mais on prend vite le pli.

- Pas de rase-bitume. J'ai ma fierté.

- Je vous comprends ! Un Gnome ! Franchement ! Voyons voir… Ah, oui, il y a bien les Draeneis, mais il s'agit de modèles plutôt exotiques qui ne conviennent pas à tous les intérieurs. La taille de leurs femelles présente notamment un risque de lumbago dans un cadre que je qualifierais de festif – à moins de disposer d'un équipement adapté, comme celui que nous proposons dans notre catalogue d'accessoires.

- J'en ai entendu parler, mais je ne connais pas. Ils ne sont pas en voie d'extinction ?

- Effectivement, leur rareté est un fait, mais c'est aussi ce qui les rend si appréciables du collectionneur…

- ... donc trop chers. Non.

- Un Mort-Vivant alors ? Aucune conscience, une soumission totale, on peut les taper sans risque de blessure ou de révolte. C'est un grand classique. On m'objectera qu'on passe son temps à ramasser les morceaux, sans parler de l'odeur. Pour ma part, j'ai toujours dit qu'un Génie Démoniaque…

- Génie du Mal.

- … qu'un Génie du Mal, toutes mes excuses, ne peut décemment pas ignorer le Mort-Vivant quand il s'agit de choisir un serviteur ! Question de standing !

- Pas de Mort-Vivant. Jamais. Ca tache les draps et c'est une horreur à ravoir. Et ils passent leur temps à vouloir bouffer du cerveau.

- Mais vous êtes... Pas grave ! Le client est roi ! Voyons voir… Ah ! Un Elfe de Sang ! Regardez-moi ces spécimens ! Quelle beauté ! Quelle élégance ! Vous leur mettez n'importe quoi, ils restent classe ! Et ça va avec tous les styles ! Et leurs femelles ! Sauvages ou soumises, vous disposez d'un choix des plus considérable !

- Garanti sans humour ?

- Franchement, monsieur, un Elfe de Sang est un atout considérable pour tout Génie du mal qui se respecte !

- Je vous ai posé une question.

- Euh… Quelle était la question ?

- Je voulais savoir si vous les garantissiez sans humour.

 

Le Gobelin hésita tandis que son sourire vacillait.

 

- Nous ne faisons malheureusement pas ce genre d'option sur ces modèles.

- Alors c'est non.

- J'aurais pu vous faire un prix...

- Non.

- Je… J'ai failli oublier ! C'est… euh… l'anniversaire du patron ! Voilà ! Offre spéciale ! Deux pour le prix d'un !

- Non.

- Allez ! Je vous en offre un troisième en prime, ça me fait plaisir, vous m'êtes sympathique !

- Toujours pas.

- Et si on leur coupe la langue avant ?

- Même.

- Et que je rajoute une femelle ?

- Surtout pas !

- Je… Je… Je danse pour vous ! Là ! Tout de suite !

- Vous n'arrivez pas à les vendre, n'est-ce pas ?

 

Le Gobelin perdit définitivement son sourire commercial.

 

- Quelle misère... J'ai tout un stock que je n'arrive pas à écouler. Trois mois qu'ils pourrissent dans mon entrepôt ! Même les associations d'anciens galériens ne veulent pas m'en débarrasser. Je vais finir pas être obligé de détruire le stock. Mais peut-être que si je rajoute des rouleaux de soie...

- Pas d'Elfe de Sang.

 

Le Gobelin prit une inspiration profonde et retrouva son sourire commercial.

 

- Soit. Et si… D'accord. Sinon, je peux vous proposer aussi… un Tauren ? Les modèles féminins peuvent être fournis avec l'option "lait frais" – pratique pour les familles nombreuses.

- J'aime pas les gniards. Et pas sûr que ma Succube apprécie. Les mouches, l'odeur d'étable... et je suis d'accord avec elle. On oublie les Taurens.

- Très bien, pas de Tauren. Vous êtes un client difficile, monsieur ! Qu'ai-je donc encore en magasin… Un Troll ?

- Mouais... Je ne connais pas bien les Trolls. Ils sont comment ?

- L'idéal pour un repaire caché au coeur de la jungle, monsieur ! Sacrifices sanglants, danses primitives, vaudou... Ils sont parfaits !

- Je voyais plutôt un repaire en milieu urbain. Ou pas trop loin pour les commerces.

- Effectivement, un Troll devient moins utile en dehors d'une jungle mystérieuse. Il me reste donc à vous proposer un Orc. Classique, obéissant, costaud... un incontournable pour un séide. En plus, la technique a fait d'énorme progrès depuis les premiers modèles, et nos modèles moyenne gamme incluent dorénavant un mode "conversation" digne de ce nom !

- Livré avec un cerveau ?

- Seulement les modèles de luxe. Si vous pouvez faire un petit effort niveau budget…

- Non.

- Alors sans cerveau, obligatoirement.

- Vous n'avez rien d'autre ?

 

Le Gobelin réfléchit en se caressant le menton.

 

- J'ai eu des Murlocs, des femelles, mais c'était une commande spéciale pour un Elfe de Sang de Tranquillien. Un gars bizarre, même pour un Elfe. Des Gnolls aussi, mais je vous déconseille, ils obéissent très mal. J'ai aussi eu des rats, à une époque, mais là encore, c'était encore une commande spéciale.

- Je crois que je vais réfléchir, alors...

- Il y aurait bien... mais non, ça ne vous intéressera pas.

 

Le Gobelin avait pris un air innocent en faisant sa remarque. Llégion fit mine de ne pas s'y intéresser plus que cela.

 

- Dites toujours.

- J'ai - peut-être ! - la possibilité de vous avoir un Igor. Pour pas trop cher.

- Maître !

 

Abatik avait remarqué la petite lueur dans l'oeil de son Maître, tout comme le Gobelin qui n'était pas un débutant en matière de commerce.

 

- Un instant, je vous prie...

- Faites donc, monsieur !

- Quoi, Abatik ?

- Maître ! Les Igor sont hors de prix, tout le monde sait ça ! Alors soit c'est une contrefaçon, soit il a un défaut caché, soit il va vous plumer !

- Ne t'inquiètes pas, Abatik, j'en ai eu en stage quand j'étais en "vie". Il parait que mon repaire était un "modèle dans le genre", selon le directeur de l'école – sauf qu'il n'a jamais voulu me préciser de quel genre… Et malheureusement, un de ces Igor a coulé dans les sables mouvants du salon un jour. Ca m'a coûté une fortune !

 

Llégion revint vers le Gobelin.

 

- Un Igor, vous dites ? C'est un vrai ? Authentifié ?

- Avec certificat d'origine, monsieur. Une occasion à saisir.

- Je connais les prix des Igor. Trop cher pour moi.

- Celui-ci rentrerait pile dans votre budget, monsieur. Je vous l'ai dit, une occasion à saisir !

- C'est un modèle périmé ?

 

Le Gobelin prit un air outré.

 

- Non, monsieur ! Nous ne vendons pas de modèle périmé dans notre agence ! C'est un de nos principes. Celui-ci est jeune et en bonne santé. Tenez, j'ai ici sa notice descriptive.

 

Le Gobelin farfouilla dans ses papiers et sortit deux feuilles qu'il resta regarder avec hésitation. Puis il rangea l'une des feuilles et tendit l'autre au Démoniste.

 

- Tenez, monsieur ! Il s'appelle Yygor. Son père n'était autre qu'Ygor, serviteur maléfique de Dark Vodar le Chevalier Tish, et sa mère, Igorina, était Prêtresse Perverse de Vulva la Chienne Lubrique. Son grand-père, Iggor, a lui été bossu chez Arrrggghhh le Tueur d'Elfes, avant de finir comme majordome infernal de Riquiqui le Pourfendeur de Lapins.

- Le "Pourfendeur de Lapins" ?

- Un Gnome. Très gran... très fameux Génie du Mal… Chez les Gnomes. Mais quand même.

- C'est un Orc.

- Ah, monsieur est observateur ! Oui, en effet, c'est un Orc. Je ne vous cache pas que c'est un des motifs de son prix.

 

Llégion et Abatik lurent attentivement la fiche, puis le Diablotin murmura quelques mots à l'oreille de son Maître.

 

- Mon démon me fait remarquer à l'instant qu'il n'est nullement fait mention de ses diplômes...

- Et avez-vous remarqué la couleur de sa crête ? Le gris tourterelle est très tendance cette année, mais bien sûr il est personnalisable.

- Ses diplômes...

- Vous ai-je dit qu'il était forgeron ? Un atout de poids quand vous commencerez à recruter pour votre armée, monsieur !

- Mais ses diplômes...

- Il sait aussi cuisiner, faire des bandages, le ménage, le repassage... la polyvalence, voilà l'avenir !

- RHHHAAA !!! Par la malepeste ! Répondez !

- Du calme, cher client ! Votre question... ?

- Ses diplômes ! Il n'en a pas, c'est ça. Ou alors il a été renvoyé. C'est pour ça que vous le bradez ?

 

Le Gobelin ne se troubla pas le moins du monde, et fit signe à Llégion de se rapprocher en prenant un air de conspirateur.

 

- Un pur autodidacte, monsieur ! Et avec ça, aucune de ces idées rétrogrades qu'on vous fourre dans le crâne dans ces écoles éloignées du terrain ! Il a tout à apprendre, et c'est vous qui le formerez ! Qu'en dites-vous ?

- Il est autodidacte ou il a tout à apprendre ? C'est pas clair...

- C'est une affaire en or, monsieur !

- Je ne suis pas sûr que la douane de Baie du Butin apprécie de voir des Igor non formés être vendus ici...

 

Abatik avait lâché sa remarque avec une totale négligence, mais elle provoqua chez le Gobelin une crispation nerveuse du côté de son oeil gauche.

 

- Je vous fais 10% de rabais ! Tout de suite ! Et les frais de livraison sont pour moi !

 

Llégion échangea un regard avec Abatik, qui hocha légèrement la tête.

 

- Vous avez parlé de livraison...

- Il est en Durotar. Mais il vous sera livré par Orcissimo en 24 heures chrono !

- Très bien, je le prends.

- Vous ne le regretterez pas, monsieur ! Par ici pour les papiers... Au fait, vous avez songé à prendre un crédit ?

 

 

Moustaches fulminait de rage. Mais quel abruti ce Gobelin ! Se tromper de fiche comme cela ! Tous ces efforts réduits à néant ! Il allait maintenant devoir tout reprendre avec ce nouvel élément. Foutue journée...

Puis le rat éternua de nervosité.

 

 

***

 

 

Chapitre 114 : Démasqué ?

 

 

- Foutus gardes ! A croire qu'on les choisit pour leur incapacité à ne rien comprendre !

 

Vimayre fulminait. Tout semblait devoir se passer merveilleusement, avec une proie devenue soudain infiniment plus intéressante, et voilà qu'à cause d'un abruti d'Orc, il venait de perdre la piste !

Quelle plaie !

 

- Quel peuple de dégénérés ! Tas de pignoufs ! Sanguina ! Attaque !

 

Vimayre désigna à son raptor un sanglier au loin tandis que lui-même épaulait son fusil. Le raptor se jeta sur la bestiole innocente et la massacra, tandis que Vimayre le canardait de loin.

Puis il rejoignit le cadavre pour le dépecer, caressant au passage son compagnon.

 

- Heureusement qu'il me reste la chasse pour me détendre... Sanguina ! Attaque !

 

Le raptor - qui venait de massacrer pas loin d'une centaine d'animaux depuis deux heures et commençait à en avoir plein les pattes - poussa un soupir et se rua sur le scorpion qui tenta quand même de s'enfuir, mais en vain.

 

- Et comment je retrouve ce pignouf, maintenant ?! Je passe une annonce ? Je l'invoque ? Sanguina ! Attaque !

- Rrrr !

- Hein ?

 

Vimayre baissa son fusil qu'il venait d'épauler. Sanguina, son fidèle raptor, était assise et le regardait d'un air désapprobateur.

 

- J'ai dis : Attaque !

- Rrrr.

- Mais tu vas obéir, saleté !

- Rrrr ?

- ... Désolé. Excuse-moi. Je m'énerve, alors que tu n'y es pour rien. Tu as raison, on a trop traîné ici. En plus, je n'ai jamais aimé Durotar - trop sec.

- Rrrr. *soupir de soulagement*

- Mais il me faut un début de piste, quelque chose. Et je ne sais pas qui peut me renseigner. Ou alors... L'aubergiste d'Orgrimmar ?

- Rrrr.

- Bon, je suppose que je n'ai pas le choix... je vais quand même jeter un oeil sur son dossier, au cas où.

- Rrrr.

- Bon sang... Je déteste les aubergistes...

 

 

***

 

 

Chapitre 115 : Une belle tête de vainqueur

 

 

- Ca, il faut reconnaître qu'il a une belle tête de vainqueur.

 

L'Orc souriait bêtement à l'entrée de l'auberge de Grom'Gol où Llégion devait le récupérer. Puis il fronça les sourcils et, l'air sérieux, péta bruyamment. Il se gratta alors négligemment une fesse. Puis il regarda sa main et, après un temps de réflexion et plusieurs essais, réussit à utiliser la lame de sa hache pour se curer les ongles. Enfin il avala le fruit de son nettoyage avec un air satisfait, avant d'attaquer l'inspection de ses oreilles - dont le résultat suivit le même chemin que celui de ses ongles.

Histoire de compléter sa tache si importante, il se cura consciencieusement les narines et avala aussi le résultat des fouilles.

Puis il rota et reprit son air de satisfaction béate.

 

Un Orc plus âgé le rejoignit après avoir été discuter avec l'aubergiste, et lui mit une taloche à l'arrière de la tête.

Le plus jeune prit un air penaud et regarda ses chaussures.

Le plus âgé secoua la tête de dépit et se mit à chercher du regard dans la salle, les yeux plissés comme le ferait un myope, ce qu'il était manifestement.

 

- On ne sait jamais, Maître, il pourrait nous surprendre. C'est quand même un Igor.

 

Mais Abatik n'avait pas l'air franchement convaincu en disant cela. Sa figure tentait manifestement - et avec succès - de se désolidariser de sa bouche.

Llégion poussa un soupir et se décida finalement à aller voir l'Orc qui attendait seul, son aîné étant reparti interroger la serveuse.

 

- Alors comme ça c'est toi mon nouveau serviteur ?

 

L'Orc regarda le Démoniste en continuant à sourire bêtement.

 

- C'est toi Yygor ?

- Yy-gor.

- Oui. C'est toi ?

- Je être Yygor.

- La conjugaison, Yygor !

 

L'Orc plus âgé était revenu, et il remit une taloche au cadet, qui se mit à bouder, et se tourna vers Llégion.

 

- Faut l'excuser, messire, le petit débute, il a pas encore l'habitude. Vous êtes Llégion, alors ? Son employeur ? Vous verrez, il n'est peut-être pas très rapide, mais quand il s'y met, on ne l'arrête plus !

 

Llégion se retint de s'énerver.

 

- Et vous êtes ?

- Son pépé ! Vous savez, ça fait des mois que le petit cherche du travail, alors quand l'agence nous a dit qu'on avait trouvé un travail pour lui, sa mémé et moi on était fou de joie !

- Et bien…

- Faut dire, ses parents sont toujours loin, au travail, vous savez ce que c'est !

- Euh…

- Moi, par contre, je suis à la retraite, donc je m'occupe du petit. Et puis le juge a dit qu'il ne devait plus voir ses parents, à cause qu'il a été bercé trop près du mur, et tout ça.

- Ce qui explique…

- Et puis, ça me rappelle ma jeunesse, quand j'étais Bras Droit. Ca rigolait pas, à l'époque ! C'était le bon temps ! Pas comme maintenant avec toutes ces idées modernes sur le "management" et toutes ces bêtises ! De mon temps, c'était le fouet et puis c'est tout !

- C'était vous avec le Gnome ?

 

Llégion ne pouvait s'empêcher de se montrer intéressé.

 

- Le Riquiqui ? Gran… Sacré bonhomme, vous savez ! Un malfaisant comme on en fait plus !

- Comment ça se fait qu'il soit mort et pas vous ?

- Une histoire idiote... J'étais en congé-formation. Il a voulu aller trop loin, et n'a pas eu la patience d'attendre mon retour. Son plus gros défaut, ça, le manque de patience. Dame, c'est qu'il était de la vieille école, le Riquiqui ! Avec rire maléfique et tout !

- Et il est mort comment, le tueur de gerbille ?

 

Llégion était fasciné. Normalement, il aurait dû s'énerver et faire taire l'Orc, mais quelque chose en lui dégageait comme une sorte de magnétisme, obligeant à écouter le récit.

 

- Le Pourfendeur de Lapins, pas de gerbilles. Il a voulu s'occuper du lapin de trop, comme souvent.

- … ?

- Le problème, c'est que c'était un lièvre… Il m'arrive encore d'y penser, le soir…

 

L'Orc eut un frisson. Puis il remit une taloche à son petit-fils qui s'était mis à se ronger les ongles.

 

- Donc, Yigor…

- Non, ça c'est mon frère. Le petit, c'est Yygor. Arrête de te gratter les fesses, ça se fait pas devant ton patron !

 

Le grand-père remit une taloche à son petit-fils.

 

Llégion sentait l'énervement monter en lui. Mais pourtant, il semblait incapable d'exploser, comme à son habitude. Ca commençait même à l'inquiéter…

 

- Rha ! Par la malepeste !

 

Les deux Orcs se retournèrent vers le Démoniste.

 

- Pourquoi je n'arrive pas à m'énerver !

- Un truc à nous, messire. C'est pour ça que les Igor sont aussi recherchés. On a le don pour calmer les Génies du Mal. C'est pour ça que le petit vous sera utile.

- Il est stupide, il ne sait rien faire…

- Ah pardon, je lui ai appris à miner. J'ai essayé la forge, mais le petit, ça lui bloque le cerveau quand il réfléchit trop. Alors j'ai laissé tomber pour lui apprendre le dépeçage. Bon, c'est sûr que les morceaux sont un peu gros, mais ça rend service.

- … il est incapable de parler…

- Ah non, il parle ! Dis un truc, toi.

- Tru-queu. Yy-gor.

- Vous voyez ?

- … et je devrais le prendre à mon service ? Je monte une armée pour la conquête du monde, pas une œuvre de bienfaisance. Et je voudrais m'énerver, bon sang !

- Trop tard, messire. Vous avez signé le bon de livraison.

- Mais j'ai rien sign…

 

Llégion s'arrêta net et se tourna vers Abatik qui sourit nerveusement.

 

- C'était pour vous avancer, Maître. De toutes façons, les Gobelins sont des escrocs. Jamais ils vous auraient rendu votre argent.

 

Llégion prit une respiration profonde. Puis revint vers les deux Orcs.

 

- Il sait au moins faire un truc bien ?

- Ah ça oui, messire ! C'est un guerrier. Donnez-lui une hache à deux mains, reculez assez loin et dites-lui d'attaquer, et il n'y aura plus rien en face ! Par contre, il y a un truc à savoir pour lui faire attaquer le bon ennemi. Tenez.

 

L'Orc lui tendit un bout de papier plié en deux et extrêmement sale. Llégion le déplia avec deux doigts précautionneux et lut le mot écrit dedans. Puis il leva la tête vers l'Orc.

 

- Ca veut dire quoi ?

- Quand vous voulez que le petit attaque, vous dites la phrase écrite là et le nom de l'ennemi. Il va foncer dedans direct.

 

Llégion regarda à nouveau le papier.

 

- Comme "L'aubergiste t'a volé ton nounours, Yygor" ?

- NON !

- Pas nounours ! TAPER !!!

 

 

Moustaches avait mis du temps avant de réaliser. Sûrement à cause de l'erreur du Gobelin qui l'avait énervé. Il réalisait maintenant qu'il avait parlé d'une commande spéciale de rats. Se pourrait-il que... ? Il devait vérifier, même s'il devait prendre du retard à cause de cela.

Puis le rat se gratta le museau.

 

 

***

 

 

Chapitre 116 : I love Taurens

 

 

- Moi, j'aime bien les Taurens. Surtout ceux élevés en plein air. Ca fond dans la bouche, c'est un régal.

 

L'Orc qui tenait l'auberge d'Orgrimmar sourit ouvertement devant Vimayre, qui pourtant paraissait extrémement calme.

 

- C'est le plat du jour, d'ailleurs. Vous devriez essayer.

 

Vimayre était toujours silencieux, un léger sourire aux lèvres.

 

- Des fois, il m'arrive d'ailleurs de faire des parties de chasse en Mulgore. Du côté des parcs, là où sont vos veaux.

 

Vimayre ne répondait toujours pas. L'aubergiste commença à avoir un léger doute.

 

- Bon, on parle, on parle, mais vous voulez quoi, au fait ?

 

Vimayre se redressa, en souriant cette fois-ci ouvertement.

 

- Vous avez eu un Mort-Vivant, un Démoniste, qui a provoqué un esclandre dernièrement.

- Le grand chauve ? A l'air con ? Ca se pourrait. Et ?

- J'ai besoin d'informations sur là où il est allé. Vous avez dû entendre des choses. Il vaudrait mieux, d'ailleurs.

- "Il vaudrait mieux" ? Et pourquoi ?

- Parce que j'ai là, dans ma main, une copie de votre dossier de la Confrérie des Collecteurs - dont je suis un des Contrôleurs Principaux. Très instructif.

- Ah bon ? J'ai toujours été en règle.

- Vous saviez que servir du Tauren comme plat était autorisé dans certains établissements ? Je l'ignorais moi-même.

- Ca tombe bien alors.

- Ca dépend.

- Ca dépend de quoi ?

- De si vous êtes un Troll.

- Ben non, je suis un Orc. Pourquoi un Troll ?

- Parce que d'après les normes d'hygiène alimentaire, seuls les établissements tenus par des Trolls sont autorisés à servir du Tauren. En fait, ils ont le droit de servir n'importe quoi - un petit privilège qui leur a été accordé autrefois.

- Ca, ca peut s'arranger. Je connais bien vos collègues. Ils sont arrangeants.

- Je n'en doute pas. Sauf que là, les Trolls ont aussi un autre privilège : celui de s'occuper de ceux qui tentent de leur faire de la concurrence déloyale. J'espère que vous n'êtes pas trop fade...

 

L'aubergiste avait blémi au fur et à mesure que Vimayre parlait. A la fin, il était livide.

 

- Euh... Un Mort-Vivant ? Oui ! Je m'en souviens bien ! Il a décampé avec ses démons. Mais il n'a pas dit où.

- C'est dommage pour vous... C'est où le quartier Troll, déjà ?

- Mais j'ai entendu un truc ! Les démons, ils parlaient entre eux ! Ils ont dit qu'un collègue à vous était sur leurs traces ! Non, vous !

- Ils ont... Ils savent ?

- Et la petite crotte, elle l'a dit au grand con ! Et c'est là qu'il s'est énervé ! Mais il s'est calmé, parce que la petite crotte a dit qu'il avait un plan ! Je vous en supplie, ne parlez pas de moi aux Trolls, je vous ai dit tout ce que je savais !

 

Vimayre n'écoutait plus. Alors Llégion était au courant... Et plus grave que tout : il aurait un plan...

 

Maintenant, il n'avait plus qu'une piste : la Maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse.

 

 

***

 

 

Chapitre 117 : Je être Yygor

 

 

Llégion redressa encore une fois son chapeau et fusilla du regard l'Orc, qui lui répondit par un rire idiot.

 

Heureusement pour l'aubergiste, Yygor avait effectivement chargé, mais sans tenir compte des obstacles entre lui et sa cible.

En l'occurrence, un Guerrier Tauren lourdement armé qui, voyant l'Orc foncer sur lui, l'intercepta négligemment et l'assomma d'un coup de poing. Il avait fallu l'installer sur Buck et quitter le village avant que les gardes ne viennent voir ce qu'il se passait à l'auberge.

Bien entendu, le grand-père en avait profité pour s'éclipser.

 

La bonne nouvelle, c'est que Llégion avait récupéré sa hargne habituelle et avait pu passer ses nerfs sur l'Orc.

Lequel s'était contenté de sourire bêtement, tout en se grattant une fesse de temps en temps.

Le Démoniste avait fini par laisser tomber au bout de dix minutes. N'empêche, ça faisait un bien fou…

 

- Bon, Yygor…

- Yy-gor. Ca être moi.

- Oui, tu es Yygor…

- Je être Yy-gor.

- Alors tu…

- Nom moi être Yy-gor.

- Oui, Yygor…

- Yy-gor.

 

Llégion s'interrompit et décida de procéder autrement.

 

- Pour commencer, tu vas…

- Je être Yy-gor.

- Par la malepeste ! La ferme ! Tu vas m'accompagner et me servir de garde du corps. Pour un séide, ça suffira. Parce que manifestement, on peut oublier pour faire de toi un bras droit.

- Je être fier de être au service de vous, patron. Vous ne être pas décevoir.

- Oui, tu…

 

Llégion s'arrêta et se reprit.

 

- Tu parles ?

- Mon pépé dire que je ne être pas malin, mais je avoir apprendre beaucoup de choses tout seul, patron.

- Oh. Mais pas la forge ? J'aurais voulu que tu fabriques des armes pour mon armée.

- Forger être trop dur pour moi, patron. Quand je réfléchir trop fort, je arrêter de penser. Il y avoir un grand blanc dans ma tête. Mais ça ne durer pas longtemps.

- Un plantage mental ? Magnifique… Tu es un vrai crétin, toi.

- Je savoir me battre et tuer des ennemis, patron. Je avoir une grande hache.

 

Yygor brandit la hache effectivement impressionnante qu'il portait sur son dos.

 

- Je pouvoir trouver beaucoup de métal, patron. Si vous trouver quelqu'un qui connaître la forge, vous pouvoir faire des armes.

- Mouais…

 

Llégion réfléchit un moment, tout en examinant l'Orc. Après tout, le bougre n'avait pas l'air si idiot que cela. Pour un simple séide, il se débrouillait même bien, en-dehors de son incapacité manifeste à appréhender le concept de "conjugaison".

Il avait l'air suffisamment costaud pour tenir et brandir sa hache d'une seule main, et sa charge aurait été dévastatrice, si le Guerrier ne l'avait pas étendu pour le compte.

 

- Bon, je te garde alors. Et j'ai vraiment besoin de ce truc ?

 

Llégion tendit le bout de papier à l'Orc qui le prit et essaya de le lire.

 

- Vous n'auriez pas dû faire ça, Maître.

- Pourquoi, Abatik ? Ce n'est qu'un… Par la malepeste !

 

Yygor s'était figé, le regard posé sur le papier. Un filet de bave commençait à couler sur son menton, tandis qu'un peu de fumée sortait de ses oreilles.

 

- Laissez, Maître, je sais comment faire.

 

Abatik sauta sur l'épaule de l'Orc, lui enleva le papier de la main puis, surmontant une évidente répulsion, s'approcha de son oreille, mit ses mains en cornet devant elle et souffla dedans.

De la fumée sortit par l'autre oreille avec un bruit de bouteille qu'on débouche, et Yygor se redressa.

 

- Yy-gor. Ca être mon nom.

 

Puis il resta attendre en souriant bêtement.

Llégion soupira, trop fatigué pour raler comme à son habitude. Puis il s'adressa à Abatik.

 

- J'ai payé combien pour cet abruti ?

- A-bru-ti. Yy-gor.

- La ferme. Alors ?

- Ben, vous allez rire, Maître…

- Non.

- Son pépé ne sait pas compter, Maître. Et je crois que je me suis trompé en lui rendant sa monnaie.

 

Llégion eut soudain l'air très intéressé.

 

- Donc ?

- Je lui ai donné que un dixième de la somme, Maître. A mon avis, il va se faire sonner les cloches par l'agence…

- Ce n'est pas bien, Abatik.

- Désolé, Maître.

- Mais je crois que je réussirai à vivre avec cette idée.

- Mais aussi, Maître.

- Donc, il nous reste de l'argent ?

- Un peu, Maître.

- J'ai une nouvelle idée.

- Aïe ! - Pardon, je voulais dire : chouette, Maître !

- Ta gueule. Il en est où avec ma religion, Mezz ?

- Aux dernières nouvelles, ça avance, Maître. Mais vous savez, la paperasse, ça prend toujours du temps.

- On va prendre un peu d'avance, alors. De quoi a besoin un Dieu Malfaisant ?

- Vaste sujet, Maître.

- Oui. Mais surtout, d'une… ?

- Un plan, Maître ? Mais c'est masculin…

- Par la malepeste ! Une Grand Prêtre ! Si je veux être un Dieu, il me faut un larbin pour s'en occuper !

 

Abatik n'avait pas l'air franchement convaincu.

 

- Ce n'est pas un peu tôt, Maître ? D'ordinaire, il faut d'abord avoir la religion qui va avec…

- J'aime pas attendre. C'est pour ça qu'il me faut commencer maintenant. J'y ai réfléchi…

- Aïe…

- Ta gueule - et j'ai conçu un plan.

 

Abatik soupira.

 

- On repasse par l'agence, Maître ? Avant qu'ils n'aient des nouvelles du pépé…

- Non, ces trucs-là ne s'achètent pas au marché, surtout si on veut de la qualité et de l'expérience.

- Et c'est quoi le plan, Maître ?

- Devine.

- Euh...

- Mon plan, c'est que tu vas m'en trouver un.

- (Celle-là, j'aurais dû la voir venir…) Bien, Maître.

- Et dépêche-toi, je n'ai pas toute la journée.

 

 

Moustaches n'avait toujours pas réussi à reprendre son calme. Un Orc débile à la place de… Quelle erreur stupide ! Il allait devoir tout reprendre. Mais l'idée du Démoniste l'intriguait. Il y avait là matière à réflexion.

Puis le rat éternua.

 

 

***

Publié le 05/02/2010 - Pas de modifications
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