Articles de Edualk - L'affrontement final
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Chapitre 126 : Un soupçon de patience

 

 

- Laissez-moi deviner : ils ont provoqué un esclandre, puis sont partis pour une destination inconnue. J'ai bon ?

 

Le garde Gobelin de Baie du Butin sourit de toutes ses dents. Après tout, la journée était belle, et ce n'était pas tous les jours qu'on fêtait son dixième anniversaire de mariage ! Son chef avait même accepté qu'il prenne son après-midi, histoire de fêter ça comme il convenait.

Ce n'était pas les questions d'un Tauren de la Confrérie des Collecteurs qui allaient lui gâcher la journée.

 

- C'est exactement ça, monsieur le Contrôleur Principal. A croire que vous avez l'habitude !

 

Vimayre grimaça.

 

- C'est exactement ça.

- C'était pourtant une bonne idée, ce concours de talents. Ca aurait pu mettre un peu d'animation sur les quais, à condition d'avoir eu des candidats potables.

- Et ils ne l'étaient pas ?

- Vous rigolez ? A croire que tous les nazes d'Azeroth s'étaient donnés rendez-vous ici ! Le grand type à l'air peu futé a fini par piquer une gueulante et par balancer des malédictions sur tout le monde !

- Sans se faire massacrer ?

- Que des nazes, monsieur le Contrôleur Principal. Ceux qui l'étaient un peu moins que les autres ont eu le réflexe de sauter à l'eau.

- Je vois. A tout hasard, vous n'auriez pas surpris une conversation qui pourrait m'indiquer où se serait rendu mon client ?

 

Le Gobelin réfléchit un moment en se grattant la tête.

 

- Non, désolé.

- Bon, tant pis. Ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude…

- Par contre, la gamine qui l'accompagnait – un genre de Succube, mais moi, elle me faisait penser à ma gosse – s'est mise à crier et à chanter à un moment.

- Et elle chantait quoi ? On ne sait jamais…

- "Je vais à Lune d'Argent !" Elle avait l'air contente, alors que c'est quand même rempli d'Elfes de Sang… *frisson*

- Donc, quand je vous ai demandé si vous n'aviez pas surpris une conversation indiquant où se serait rendu mon client…

- Attention, moi je parle de la gamine. Le grand con, il allait ailleurs avec ses autres démons – sauf que je ne sais pas où. C'est seulement la gamine qui devait aller à Lune d'Argent.

- Seule ?

- Avec le machin, là, comme un clébart…

- Un Chasseur Infernal.

- Pas très infernal, si vous voulez mon avis. Mais elle a passé – la gamine – dix minutes à lui dire au revoir – au chauve. Et la petite crotte…

- Le Diablotin.

- Voilà, il a donné à la gosse une bourse pleine d'or. Le Mort-Vivant n'avait pas l'air jouasse…

- Donc, la Succube est à Lune d'Argent… Merci, mon ami. Vous m'avez été d'un grand secours.

- De rien, monsieur le Contrôleur Principal. Bon, c'est pas que je m'ennuie, mais j'ai fini ma journée et… Il ne m'écoute plus. Et bien au revoir.

 

Vimayre jeta un regard à Sanguina qui soupira.

 

- Ce n'est rien, ma belle. Cette fois-ci, nous savons où est la Succube.

 

Le raptor secoua la tête en grimaçant. Le problème n'était pas de savoir où était la Succube, mais qu'elle soit dans un des pires endroits au monde : Lune d'Argent…

 

 

***

 

 

Chapitre 127 : Un profond mystère…

 

 

- Rappelez-moi pourquoi j'ai décidé de venir ici ?

- Justement, ça n'a jamais été clair, Maître.

 

Llégion fusilla du regard le Diablotin qui avait pris un air innocent. Enfin, aussi innocent que possible pour un Diablotin tordu et rusé.

 

- Ah, oui. C'est vrai. Je dois...

 

Le Démoniste se tut, le regard sombre.

 

- (voix caverneuse) Maître, la Gnomette vous dit au revoir.

- Rien à foutre.

- (voix caverneuse) Elle est gentille, Maître. Vous devriez faire un effort.

- Rhaaa ! Par la malepeste !

 

Llégion fit un signe de la main en grimaçant à la Gnomette qu'il avait sortie du défilé rempli de Centaures. En d'autres circonstances, il l'aurait laissée sur place, voire aurait donné un coup de bâton ou deux en passant, pour le plaisir, mais avant qu'il n'ait eu le temps de réaliser, elle s'était jetée à son cou en le remerciant d'abondance.

Comme les Centaures avaient vu sa libération d'un sale oeil, et que Llégion voulait seulement sortir du défilé, il s'était retrouvé à massacrer tous ces fichus semi-équins et donc à aider la Gnomette à s'évader.

 

En résumé, une sale journée. En plus, elle lui avait fait un bisou. Baveux.

 

- C'est vraiment un coin pourri. Si je n'avais pas à... Oui. Vraiment pourri.

 

Abatik lança un regard à Mezz qui le lui renvoya. Pour une fois, leur Maître était venu dans le désert de Désolace pour une raison précise qu'il refusait pourtant d'expliquer.

Cela inquiétait les deux démons, surtout Abatik qui n'aimait pas ne pas avoir tous les éléments de la situation.

 

- En fait, on est là pour quoi, Maître ?

- Il faut qu'on trouve un Géant.

- Il ressemble à quoi, Maître ?

- Il est grand.

- Euh... Certes, Maître, mais...

- Verdâtre, du genre humide, et il a la fâcheuse manie de péter tout le temps.

- Si le clebs était là, on aurait pu le retrouver à l'odeur, Maître.

 

Zaza était effectivement resté à Lune d'Argent avec sa "maman". Seln avait versé une larme quand Llégion l'avait laissée à Baie du Butin avec instruction d'aller à Lune d'Argent, ce qui l'avait beaucoup surpris, et s'était même jeté à son cou pour lui faire une bise, ce qui avait encore plus surpris le Démoniste.

L'un dans l'autre, la Succube était quand même une gentille fille...

 

- Il doit traîner près de la côte. Ca tombe bien, j'en profiterai pour en finir avec les Nagas.

- Euh... Maître ?

- Oui, Abatik ?

- En fait, on cherche quoi ici ?

 

Llégion se retourna et resta silencieux quelques secondes interminables. Puis il sourit.

 

- Tu le sauras quand on l'aura trouvé.

- Vous savez, Maître, on serait plus efficace si...

- Non. Contente-toi de m'aider à le trouver.

- Bon, c'est vous le Maître, Maître. Mais ce manque de confiance...

- Abatik ?

- Oui, Maître ?

- Ta gueule.

- Oui, Maître.

- Buck ! Ramène-toi ! Je ne vais pas faire le chemin à pied !

- Je suis à votre service, Monseigneur. Et où dois-je diriger mes pas ?

- La côte. On cherche un Géant vert qui pête.

- Oh. (en aparté) Là, je touche le fond...

 

Le petit groupe se dirigea vers la côte au petit trot. Abatik suivait un peu en retrait, essayant de comprendre l'attitude de son Maître.

 

 

 

 

Il y avait quelque chose de louche dans cette histoire. Le coup du géant ne l'inquiètait pas autre mesure. Llégion avait peut-être entendu dire que ce genre de monstre transportait sur lui, de temps en temps, une arme légendaire ou un patron de couture.

Mais les Nagas, c'était autre chose. Ces saletés n'avaient rien d'anodin, et personne n'allait leur rendre visite pour le plaisir. Surtout que Llégion n'aimait pas l'eau, comme il s'en était souvenu lorsqu'il avait voulu s'aventurer dans les Profondeurs de Brassenoire.

 

Dés le départ, Abatik s'était fait une certaine idée de son Maître. Sachant qu'il avait reçu cette affectation suite à son ratage dans l'affaire avec cet escroc de Lucifer – qui lui devait dorénavant servir de larbin à la Maîtresse des Démonistes de Fossoyeuse - il avait compris qu'on lui avait refilé un minable en guise de sanction.

L'arrivée des autres démons l'avait confirmé dans son opinion. Une magnifique brochette de démons plutôt peu doués et capricieux.

 

Mais Abatik avait de la bouteille et un assez bon flair dans l'ensemble. Et surtout, il s'était renseigné.

 

Quand on est un Diablotin digne de ce nom, on fait en sorte d'en savoir un maximum sur son Maître, histoire de ne pas être pris au dépourvu en cas de tuile. Il avait donc été consulter le dossier de son Maître aux Bureau des Affectations, et avait vite compris qu'un truc clochait.

 

C'était comme si Llégion n'était apparu qu'à un âge mûr. Aucune information dans son dossier sur sa famille, ce qu'il avait fait étant jeune, ses amours, etc.

 

Alors Abatik avait fouiné.

En vain.

 

Il en avait déduit que son Maître avait dû changer de nom, et consulté les informateurs adéquats. En Enfer, on garde toujours une trace de ce genre de choses depuis un précédent plutôt embarrassant pour le démon qui s'était fait avoir.

Comment aurait-il pu deviner à l'époque que les femelles des mortels avaient cette sale habitude de prendre le nom de leur compagnon ?!

Belzébuth avait fait la gueule pendant trois siècles, et depuis on notait scrupuleusement toute modification des états-civils pour éviter que ce genre de méprise ne se reproduise.

 

Mais là, rien.

Ou plutôt, un "rien" révélateur. Quelqu'un avait tout effacé. Soigneusement et méticuleusement. Quand on connaissait son affaire - et Abatik était plutôt doué dans le genre - on apprenait à voir ce qui manquait.

Et là, il manquait des choses. Mais le travail était des plus soigné, un vrai travail d'orfèvre.

 

Abatik avait donc mené son enquête par d'autres voies moins... "officielles". Il y avait une règle d'or en Azeroth que nul ne pouvait violer : seul un Démoniste pouvait se voir affecter des démons.

Llégion avait forcément été Démoniste auparavant.

Donc des démons devaient le connaître.

 

Certes, les démons, ce n'est pas ce qui manque en Enfer. Mais il existe un lien qui unit les démons ayant eu les mêmes Maîtres. Sans aller jusqu'à former des associations d'anciens comme le faisaient certains collègues un peu trop enthousiastes au goût d'Abatik, on se reconnaissait instinctivement quand on se croisait.

Il suffisait donc au Diablotin de traîner un peu partout pour finir par tomber sur un ancien confrère.

 

Cette méthode n'avait rien donné. C'est comme si aucun démon n'avait jamais travaillé pour Llégion. Et pourtant, inconsciemment, Abatik sentait que d'autres existaient. Mais où ?

 

Alors il avait eu recours à une autre méthode. Abatik connaissait des démons qui connaissaient des démons qui savaient où laisser traîner les oreilles.

Il avait donc pris contact avec eux, et attendu.

 

En vain, là encore.

 

Abatik avait donc eu recours à la dernière méthode efficace pour trouver ce qu'il cherchait : le hasard. Comme le disait un de ses amis en caressant ses vieilles blessures, les chances sur un million arrivent toujours, surtout si c'est un de ces foutus héros qui est concerné.

Donc Abatik était allé traîner dans des bars louches - même selon les critères des Enfers - au cas où.

 

Et là, le miracle s'était produit.

 

Il était tombé sur un démon du Premier Cercle qui fêtait son retour de mission dans le soufre en fusion et au milieu d'une cohorte de Succubes impressionnées. Un de ces Seigneurs des Enfers couturés de cicatrices, attendant d'être renvoyé détruire un nouvel univers innocent.

Et qui avait ce lien.

 

Les deux démons s'étaient immédiatement reconnus, mais l'autre s'était éclipsé sans laisser le Diablotin l'aborder. Plus inquiétant, il avait une lueur de peur dans les yeux...

 

Abatik était tenace, et il tenait enfin une piste. Sauf que, à sa grande surprise, le démon en question avait été renvoyé en mission secrète le jour même. Loin des Enfers. Et de la curiosité du Diablotin.

 

Abatik en était donc là. Dans un cul-de-sac.

 

Llégion cachait quelque chose. L'autre démon qui s'était enfui était puissant. Pas le genre à se laisser soumettre par n'importe qui. Et pourtant il avait ce lien.

 

Confusément, et avec une sourde angoisse au coeur, Abatik commençait à se demander s'il n'avait pas mis les pieds dans une affaire beaucoup plus complexe que prévue...

 

 

Moustaches réfléchissait en observant le Diablotin. Lui aussi se posait des questions, et l'affaire prenait une tournure décidément bien inquiétante. Aller chez les Nagas à ce moment-là... Il allait devoir redoubler de précautions.

Puis le rat essaya de mordiller les sabots de Buck.

 

 

***

 

 

Chapitre 128 : Bonjour, ma-demoiselle, je viens vous réparer le lavabo…

 

 

- Moi, ce que j'en dis ma p'tite dame, c'est pour vous : si vous laissez traîner, le siphon se bouche, et ça fait des saletés. Surtout, vous ne pourrez plus prendre de bains.

 

Vimayre replongea sous la baignoire de la salle de bain en faisant semblant de trafiquer la plomberie, sous le regard inquiet de Selneri.

 

Cette fois-ci, le Tauren avait trouvé ce qu'il cherchait. Il n'avait pas fallu longtemps pour retrouver la Succube, qui bien entendu occupait la meilleure chambre d'hôtel de Lune d'Argent – hôtel occupé en plus par le célèbre groupe des "Chieftains Elite 70".

Il l'avait suivie pendant une journée, grimaçant en la voyant dépenser des fortunes dans les boutiques de luxe – ça ferait toujours ça de moins à récupérer au moment du contrôle.

Seule la présence du Chasseur Infernal l'avait inquiété, surtout qu'il avait rapidement semblé comprendre qu'ils étaient suivi. Heureusement, la Succube avait très vite accaparé son attention en l'utilisant comme bête de somme et en lui demandant son avis toutes les deux minutes.

 

Il avait ensuite été voir le gérant de l'hôtel, et l'avait menacé d'une inspection sanitaire s'il ne l'aidait pas. Certes, le gérant étant un Elfe, il avait eu énormément de mal à lui expliquer sans craquer, mais heureusement – argh - son bras droit était un Mort-Vivant qui, lui, avait parfaitement compris et l'avait assuré de sa collaboration tout en poussant doucement mais fermement son patron vers son bureau.

Vimayre avait donc organisé le sabotage de la salle de bain de la Succube, histoire de pouvoir occuper les lieux quelques jours en se faisant passer pour un plombier, le temps que Llégion réapparaisse.

 

Tout allait donc pour le mieux, et Vimayre s'était même offert un petit plaisir en assommant un des grooms qui avait tenté de faire quelques sous-entendus salaces sur la Succube et le "plombier".

 

- Vous êtes sûrs, monsieur ? Parce que je connais mon Llélé, il ne va pas être content si je lui dis qu'il y a encore des choses à payer. Il est très soupe au lait sur ça !

 

Seln pouffa tandis que Vimayre se permettait de lancer un regard éloquent sur l'amas de vêtements et d'articles de luxe encombrant la chambre.

 

- Pas de soucis, ma p'tite dame. Ca fait partie du service-clientèle.

- Ca veut dire quoi ?

- Ca veut dire qu'il n'y a rien à payer, ma p'tite dame.

- Alors tant mieux. Et puis, je ne suis pas une fille facile, vous savez. Alors inutile de tenter quoi que ce soit – je vous connais, vous, les plombiers, vous venez voir les demoiselles pour réparer la plomberie et ça devient un lupanar. Mes copines m'ont racontée.

 

Vimayre replongea sous la baignoire pour ne pas éclater de rire devant la Succube – en l'occurrence vêtue très légèrement. Très.

Et il devait bien reconnaître que s'il n'avait pas été unTauren, il aurait effectivement eu du mal à résister. Mais là, dans le contexte… Il commençait à mieux saisir les péripéties de Llégion.

 

Enfin, il ne restait plus maintenant qu'à faire preuve de patience.

 

 

***

 

 

Chapitre 129 : Retour vers le futur de l'imparfait

 

 

Llégion se tenait devant un des portails encombrant les ruines de ................ Il avait nettoyé les environs, et Mezz n'était pas mort une seule fois - contrairement à l'embuscade des squelettes un peu plus loin.

Il gardait soigneusement caché dans son poing fermé le mystérieux objet qu'il avait récupéré sur les Nagas.

 

Abatik, malgré ses efforts, n'avait pas réussi à voir ce que c'était.

 

Après avoir abattu le Géant rencontré par hasard, Llégion avait récupéré un de ses anneaux, pourtant beaucoup trop grand pour lui. Puis il avait plongé dans la faille en pleine mer, évitant les Nagas et les Murlocs infestant les environs, et avait fouillé dans la vase à un endroit qui semblait pourtant des plus banals.

 

Un Naga visiblement très énervé avait alors surgi et s'était figé de surprise en voyant le Démoniste. Puis il avait fait demi-tour d'un air paniqué, mais Mezz l'avait intercepté et mis en pièces.

Llégion avait fouillé le corps et récupéré donc l'objet qu'il tenait présentement en main.

 

Tout ceci n'arrangeait pas la nervosité d'Abatik qui continuait à essayer de comprendre. Mezz, lui, avait juste haussé les épaules en écoutant les inquiétudes du Diablotin, et Buck ne s'intéressait qu'à la poussière qui salissait sa robe. De toutes façons, la lumière était mauvaise, et le scénario inconsistant.

Llégion avait cessé d'essayer de comprendre les allusions de sa monture et se contentait maintenant de hausser les épaules.

N'empêche, ce foutu canasson était franchement pénible avec ses airs faussement aristocratiques destinés à cacher qu'il n'était qu'un plouc.

 

Debout devant le portail, Llégion se redressa en faisant craquer ses os. Puis il regarda son poing fermé et sourit, avant de se retourner vers les démons qui attendaient derrière lui.

 

- Vous allez faire un truc pour moi : vous dégagez. Juste un moment.

- Mais Maître, les lieux sont dangereux.

- Depuis quand tu discutes, Abatik ?

- Ben, depuis toujours, Maître.

- ... Bien répondu. Bon, vous restez dans le coin à surveiller. Mais je ne veux pas vous voir.

- Maître, vous...

- Tu peux rester, Abatik.

 

Le Diablotin fit un petit signe à ses confrères qui allèrent s'installer sur une petite butte, suffisament bien située pour pouvoir surveiller les environs.

Puis il revint sur Llégion, impatient et légèrement inquiet de la suite des événements.

 

- Il est toujours actif, ce portail ?

- Et bien... Oui, on dirait, Maître. Mais pas suffisament pour s'ouvrir, heureusement.

- Pas de problème.

 

Llégion fit quelques passes de la main au dessus de son poing toujours fermé, d'où commença à apparaitre une lueur rougeatre.

Abatik sentit sa peau se hérisser et reconnut un puissant sortilège, normalement non accessible à son Maître.

 

- Eh ! Comment vous savez faire ça, Maître ?

- La ferme. J'ai appris ça quand j'étais jeune.

- Vous avez été jeune, Maître ?

- Oui.

- On a du mal à le croire, à vous voir si expérimenté et sûr de vous, Maître...

- Faux-cul.

- Bien sûr, Maître.

 

Le Diablotin hésita. Llégion continuait à effectuer ses passes au dessus de son poing, tout en murmurant l'incantation. Le fait est qu'Abatik était impressionné.

Le sortilège en train d'être incanté était un des plus puissant existant. Il servait à ouvrir une porte sur les Enfers, dont l'accès restait sous contrôle de l'incantateur. Abatik avait croisé peu de mortels capables de maitriser ce sort, même avec l'aide d'une pierre de pouvoir comme manifestement le faisait son Maître.

Et en plus il lui faisait la conversation tout en faisant son incantation !

 

- Permission de parler librement, Maître ?

- Si tu veux.

- Vous êtes qui, en vrai, Maître ? Je veux dire, derrière votre apparence... euh...

- Minable ? Ridicule ? Pitoyable ?

- Pitoyable, je ne le dirais pas, Maître. Quand même. Mais vous semblez tellement...

- Te serais-tu renseigné sur moi, Abatik ?

- Evidemment, Maître. Ca fait partie du boulot de Diablotin. Histoire de savoir les tuiles qui menacent.

- Et qu'as-tu trouvé ?

- En fait, rien, Maître. De là à penser que "quelqu'un" a fait le ménage...

- Et tu y crois ?

- Franchement, Maître ? Je ne sais plus. Et puis...

- Et puis quoi ?

 

Llégion avait fermé les yeux et continuait à murmurer l'incantation, tout en conservant le poing fermé.

 

- Ben... Je me suis dit, mais ce n'est qu'une idée, comme ça, Maître...

- Oui ?

- Peut-être bien, Maître, qu'un invocateur doué, mais quand je dis doué, je veux dire un cador, une pointure, comme on en trouvait dans les temps anciens, aurait pu, avec du temps et de l'effort, faire en sorte de, comment dire...

- Disparaitre ?

- Un truc comme ça, Maître. Sauf que ce n'est pas possible, parce qu'en Enfer, on sait exactement où se trouvent toutes les âmes ayant jamais existé.

- Donc disparaitre n'est pas la solution.

- Oui, Maître. Alors je me suis dit, mais sans vraiment approfondir, seulement comme une sorte de jeu intellectuel, que la meilleure solution si on veut disparaitre, quand on est un mortel, ce serait de changer sa vie. Mais je vous parle d'un changement profond, pas seulement de changer le nom - parce que ce coup-là, il ne marche plus "en-bas" - mais de faire comme si ce qu'on avait été avait, comment dire...

- ... N'avait été qu'une histoire, quasiment une légende. La réalité s'effaçant devant le souvenir.

- Oui, Maître. Un truc comme ça.

 

Abatik se tut, laissant son Maître continuer son incantation. Puis Llégion sourit, les yeux toujours fermés.

 

- Un "truc comme ça", comme tu dis, n'est pas à la portée de n'importe qui.

- Oui, Maître. Il faut au moins avoir l'envergure de, je ne sais pas... un futur Maître du monde. Voire un dieu malfaisant. Quelque chose dans ce goût-là.

- Cela s'est déjà fait, Abatik ?

- Pas à ma connaissance, Maître. Sauf que... ben, si le coup a déjà réussi, personne n'est au courant. Forcément.

- Donc impossible de savoir.

- Oui, Maître.

- Abatik ?

- Oui, Maître ?

- Tu as trop d'imagination. Je ne te paye pas pour inventer des histoires.

- Ca tombe bien, Maître, je ne suis pas payé.

- Ah oui, c'est vrai. Ah ! Ca y est.

 

Llégion cessa son incantation et lança ce qu'il tenait dans son poing dans le portail. Il y eut un éclair tandis la pierre rougeoyante se désintégrait, et un mur d'énergie pure se forma entre les montants du portail.

Abatik fit un pas de côté, histoire de placer Llégion entre lui et le portail qui émettait maintenant une aura malsaine et brulante.

 

Puis le mur d'énergie trembla et... "quelque chose"... passa la porte.

 

- Eh ! Mais c'est toi !

- La ferme, Abatik.

- Mais Maître, c'est le démon que j'ai vu...

- Je sais.

- Mais Maître, vous... Attendez ! Comment ça, vous savez ?

 

Llégion tourna la tête et foudroya du regard le Diablotin qui se recroquevilla. Puis il revint sur le puissant démon ailé qui se tenait devant lui.

 

- Tu me reconnais ?

 

Le démon se contenta de hocher la tête, les yeux flamboyants d'une lueur malsaine.

 

- OUI.

- Je veux savoir si "ça" a bougé.

- NOUS AVIONS UN MARCHE.

- Oui. Respecte ta part.

 

Le démon hocha la tête.

 

- "CA" REVIENT.

- Comment.

- UN MOYEN. QUELQUE CHOSE SE PRODUIT. UNE OPPORTUNITE.

- Quand.

- BIENTÔT.

- Bien. Retourne d'où tu viens. Et informe-moi.

- NOTRE MARCHE ?

- Pas avant que tout ne soit terminé.

- NON. MAINTENANT.

 

Abatik se recroquevilla derrière son Maître en voyant le démon se redresser d'un air menaçant.

 

- Non. Plus tard.

- Euh... Maître ? Faites quand même gaffe...

- Ta gueule.

- Oui, Maître. *gloups*

- LE TEMPS A PASSE.

- En effet.

- CE QUE VOUS ETIEZ N'EST PLUS.

- Vraiment ?

 

Les yeux du démon se mirent à luire de colère tandis que des flammes l'enveloppèrent.

 

- JE VEUX MA PART.

- Très drôle. Mais non.

 

Llégion leva ses deux mains, paumes en avant. A la surprise d'Abatik, le démon baissa la tête.

 

- SOIT.

- Tu auras ta part quand ce sera fini. C'est notre marché. N'est-ce pas ?

- OUI.

- Puisque nous sommes d'accord, je n'ai plus besoin de toi. Retire-toi. Et fais en sorte de ne pas me décevoir.

 

Le démon recula jusqu'à disparaitre par le portail. Puis Llégion fit un simple geste de la main et le mur d'énergie menant aux Enfers vacilla et se dissipa en un éclair.

 

- Abatik ?

- Euh... Oui, Maître ?

- Ce qui vient de se passer reste entre nous. Tu n'en parles pas aux autres.

- D'où ils sont, Maître, ils ont dû voir...

- Voir sans comprendre. Donc tu te tais. Et au passage, l'histoire que tu m'as raconté...

- Rien qu'un jeu intellectuel, Maître. Ca n'intéressera pas les autres.

- Effectivement. Oublie-la.

- Oublier quoi, Maître ?

- Bien dit.

- Et maintenant, Maître, on fait quoi ?

- J'ai fini ici. En plus, j'en ai marre de la poussière.

- Pas autant que Buck, Maître.

- Mouais... Bon, en attendant, je dois accroitre mon pouvoir. Trouve-moi un endroit pas trop pouilleux pour ça. Et sans poussière.

- J'ai bien une idée, Maître, mais ça risque de ne pas trop vous plaire. Mais il y a plein de trucs à tuer. Même des pignoufs de l'Alliance !

- Explique.

- Aprefange, Maître.

- Un marécage, non ?

- Oui, Maître.

- Aprefange... Ton idée n'est pas mauvaise. Cela me permettra de... Oui. Pas mauvaise du tout...

- Vous êtes d'accord, Maître ?

- Oui. On repasse d'abord par - argh - Lune d'Argent histoire de voir si Seln n'a pas trop fait de bétises. Puis ensuite, le marécage.

- Bien, Maître.

 

Llégion se redressa, fit demi-tour et se dirigea vers les démons restés à l'écart.

 

- Attention, Maître ! Votre ourl... Ah non, tiens.

 

Abatik le suivit. L'inquiétude avait maintenant fait la place à la curiosité. Finalement, cette affectation allait peut-être lui permettre de faire des trucs marrants...

Sifflotant gaiement, le Diablotin commença à réfléchir au moyen de convaincre Seln de les accompagner à Aprefange.

Ou pas.

 

 

Moustaches suivait Llégion en trottinant. Ainsi ce Mort-Vivant n'était pas ce qu'il semblait montrer... Il allait devoir réviser tous ses plans pour tenir compte de cette nouvelle donnée.

Puis le rat pissa sur un caillou qui l'avait regardé d'un sale oeil.

 

 

***

 

 

Chapitre 130 : Encore un contre-temps

 

 

- C'est une plaisanterie. Ou un genre d'épreuve. Vous ne pouvez pas être sérieux.

 

L'Elfe, bien qu'étant aussi intelligent qu'un Elf… enfin… bien qu'étant un Elfe, on va dire - avait assez de bon sens et d'instinct de survie pour sentir le danger.

 

- Désolé, monsieur, mais je ne suis que le messager… bien mangé. "J'ai bien mangé". Vous avez compr… Hem. Oubliez.

- Oui, je vais oublier. Histoire de ne pas vous arracher la tête.

- Euh… Merci ? Enfin voilà, il a dit tout de suite. Si vous n'êtes pas trop occupé…

 

Vimayre leva les yeux au ciel, tandis que l'Elfe se donnait contenance en regardant autour de lui la salle de bain transformée en véritable champ de bataille.

 

- Alors comme ça, vous vous faites passer pour un plombier ? Pas bête, ça. Par contre, sans vouloir vous offenser, je me demande si vous connaissez un peu le métier, parce que…

- La Succube n'y connaît rien, et ça me suffit.

- D'accord. Mais quand même, le tuyau, là, il devrait plutôt se trouver…

- Rien à fiche. Mais ça !

 

Vimayre brandit devant l'Elfe le message qu'il venait de lui remettre.

 

- Ca ! Le correspondant local de la Confrérie "requiert" ma présence ! En pleine mission sous couverture !

- On a toujours fait comme ça, vous sav…

- Et on s'étonne que vos résultats soient aussi affligeants ! Vous risquez de me griller !

- La fille est en ville, j'ai quand même choisi le bon mom…

 

Vimayre assomma l'Elfe d'un coup de poing rageur et essaya de se calmer.

 

- Bon, pas moyen d'y couper, même si ce n'est qu'une raclure d'Elfe, je dois y aller. Sanguina !

 

Le raptor, qui somnolait dans la baignoire, leva la tête.

 

- J'y vais, en essayant de ne pas traîner. Toi, tu restes ici et tu attends la Succube. Et dès qu'elle revient, tu ne la lâches plus d'une semelle ! Compris ?

- Rrrr.

- Oui, d'un sabot, si tu veux. Je me débrouillerai pour vous retrouver après.

- Rrrr.

- Je ne sais pas, improvise ! Fais-toi passer pour… un cadeau de bienvenue ! Voilà !

- Rrrr ! Rrrr rrrr !

- Ne t'inquiète pas, bon sang, c'est juste le temps d'aller voir l'autre débile et de revenir.

- Rrrr…

- Bien sûr que je ne t'abandonne pas.

- Rrrr.

- Mais non, tu es la seule. Qu'est-ce que tu crois ?

- Rrrr !

- Mais non ! Ecoute… J'y vais, je reviens, et surtout, SURTOUT, tu ne la perds pas !

 

Sanguina regarda avec inquiétude son compagnon filer en vitesse. Bien sûr, ils étaient les meilleurs amis du monde… Mais quand même… Ce ne serait pas le premier chasseur à abandonner sans prévenir son familier…

 

 

***

 

 

Chapitre 131 : Prêt-à-porter

 

 

- Alors ? Ca te plaît mon canard ?

 

Llégion, accompagné d'Abatik, restait bouche bée à l'entrée de la chambre louée pour Seln à l'auberge de Lune d'Argent. Mezz les avait abandonné après avoir reçu une convocation concernant les démarches en cours – il avait grand espoir d'apprendre de bonnes nouvelles.

 

La chambre était relativement grande et plutôt confortable - l'un des rares points positifs chez les Elfes de Sang. Dommage qu'ils soient aussi insupportables...

Llégion passa en revue du regard le capharnaum régnant dans la chambre, essayant de distinguer les meubles voire le lit sous l'amas de...

 

- Seln ? D'où viennent toutes ces boîtes ? Et ces cartons ? Et pourquoi tous les meubles sont-ils recouverts de robes ?

 

Le Démoniste écarquilla les yeux d'un air paniqué.

 

- Seln ! Par la malepeste ! Combien tu as dépensé ! Je t'avais dit de faire attention !

- Mais regarde, mon choubichounet. Tu as vu comme cette robe me va TELLEMENT bien ! Et celle-là ! Et ce bustier. Et attends ! J'ai ENFIN trouvé des bas assortis à mes sabots ! Ne bouge pas ! Je vais les mettre. Tu restes là, hein ?

 

Seln se précipita en sautillant dans le boudoir dont elle claqua la porte.

 

- Abatik ! Dis-moi que c'est un cauchemar !

- Ben, Maître...

- Toutes ces robes ! Tous ces... trucs ! Et ça ! C'est de la soie ! Et là, on dirait... du tisse-mage ! Abatik ! Je suis ruiné !

 

Llégion avait agrippé les épaules du Diablotin et le secouait d'un air effaré quand la porte du boudoir s'ouvrit brusquement et qu'en sortit Seln avec une nouvelle tenue.

 

- Regarde, mamour ! Tu vois, ce sont des bas spécialement pour Succube. C'est du tisse-néant ! Touche, tu verras comme c'est TELLEMENT doux ! Mamour ? Pourquoi tu ne dis rien ? Ca ne te plaît pas ?

 

Llégion et Abatik, toujours agrippé par son Maître, avaient la tête tournée vers la Succube qui venait de sortir du boudoir pour leur montrer ce qu'elle portait.

 

- Abatik...

- Argh... Oui, Maître ?

- C'est quoi le truc que tu me dis toujours ?

- "Respirez, Maître, vous devenez bleu" ?

- Voilà.

- Mais là vous seriez plutôt rouge, Maître.

- Ah bon.

- Maître ?

- Oui, Abatik ?

- Vous pourriez me lâcher, Maître ?

- Ah bon ?

- Oui, Maître.

- C'est... C'est très...

- Vous avez raison, Maître. C'est très. Argh.

- Surtout les trucs, là, qui tiennent les machins...

- J'essaie de ne pas regarder, Maître.

- Et tu y arrives ?

- J'ai du mal, Maître.

- Alors ça, mamour, c'est un bustier tout en dentelles de tisse-mage de Darnassus très fines, entièrement fait à la main, et qui remonte la poitrine tout en laissant respirer la peau. Tu remarqueras comme le noir se marie bien avec mon teint, c'est pour ça que j'ai plutôt choisi cette couleur plutôt que le rouge qui fait quand même un peu vulgaire.

- Argh.

- Les gants sont en tisse-mage aussi, et j'avoue que j'ai fait une folie, mon lapin, mais ils étaient TELLEMENT beaux que j'ai craqué, j'ai choisi ceux en dentelles aussi, et le modèle qui s'arrête au dessus du coude.

- Argh.

- La culotte, mon choubichounet,, c'est aussi de la dentelle, mais de Lune d'Argent, parce qu'elles sont plus confortables et que l'élastique, là, ne marque pas la peau. C'est un petit peu petit, je sais, mais ça met en valeur mes fesses qui sont, toutes mes copines le savent, la partie de mon corps la plus craquante. Avec mes cornes, bien sûr !

- Argh.

- Le porte-jarretelle...Alors je sais que ce n'est pas DU TOUT raisonnable, mais franchement mon Llélé, c'est IN-DIS-PEN-SA-BLE, sinon ce n'est pas un véritable ensemble de nuit. D'après la vendeuse, c'est du travail de Gnome, mais moi je crois que ça viendrait plutôt de chez les Nains, car ils sont très pointilleux sur tout ce qui concerne les attaches.

- Argh.

- Et puis les bas, bien sûr... J'ai pris du tisse-néant cette fois-ci, avec des petites fleurs, parce que la maille est solide, et en plus, je ne sais plus si je te l'ai déjà dit minou, mais c'est un modèle spécialement fait pour les Succubes.

- Argh.

- Alors ? Tu aimes, mon chéri ? Pourquoi tu es tout rouge ? Et pourquoi Aba il respire plus ? Ben quoi ? J'ai dit une bétise ?

 

Le terme utilisé d'ordinaire pour qualifier le type de vêtements portés par Seln est "lingerie". En réalité, ce qu'elle portait présentement, allié au fait qu'il s'agissait d'une Succube, même non-diplômée, devait probablement relever de l'incitation à la débauche avec circonstances aggravantes.

 

Au prix d'un effort surhumain - et probablement grâce au fait que, n'étant plus qu'un cadavre desséché, la "chose" le travaillait moins que de son vivant - Llégion réussit à reprendre sa contenance devant le spectacle de sa Succube en petite tenue.

Il se redressa, lâcha Abatik qu'il tenait toujours par les épaules et déglutit.

 

- Seln ? Tu voudrais me rendre un service ?

- Bien sûr, mamour !

- Remets une tenue plus... hem, plus décente. Avec moins de chair et plus de tissu.

- Mais pourquoi mon lapin ? Tu n'aimes pas ?

- Si, beaucoup, mais je crois qu'Abatik vient de crâmer une bonne partie de ses neurones, et j'en ai besoin.

- Mais tu aimes quand même, hein mon Llélé d'amour ?

 

Llégion avait toujours le regard braqué à 10cm à gauche du visage de la Succube.

 

- Je n'ai qu'une question, Seln : combien as-tu-tu-tu-tu-tu... hem, as-tu dépenssss... dépensé ?

- Et bie, tu sais mon lapin, les vendeurs ont toujours été très gentils avec moi, et...

- Combien, Seln ?

- Mais mon choubichounet, comment veux-tu que je sache ? J'aime pas faire du calcul !

- Je vois... Abatik ?

 

Le Diablotin avait réussi à se relever au bout d'à peine trois essais et sursauta en entendant son nom.

 

- Hein ? Quoi ? On est où ? Heu... C'était quoi la question, Maître ?

- Combien a-t-elle dépensé ?

- Vous voulez dire pour ces dentelles, et les bas, et...

- Abatik, respire.

- Pardon, Maître... Hem. Bon, tu les as mises où, Seln ?

- Quoi donc, Aba ? Au fait ! Je ne t'ai pas montré ! Je me suis fait un tatouage juste sur...

- Par pitié, Seln, arrête ! Je suis marié !

- Tu es marié ? Toi ? Parce que ça se marie, un démon ?

- Euh... Oui, Maître. Ca n'empêche pas.

 

Llégion resta interloqué quelques instants, puis secoua la tête pour reprendre ses esprits.

 

- On oublie... Bon, Seln, les factures ? Des morceaux de papier avec des chiffres dessus, que les vendeurs t'ont donnés.

- Ah oui ! Tiens, ils sont là-bas.

 

Abatik soupira et alla jusqu'au tas traînant sur un fauteuil - qu'il nota faire presque la moitié de sa taille.

Puis après d'interminables minutes de savants calculs, pendant lesquelles ni lui Llégion ne se risquèrent à regarder Seln toujours en petite tenue, Abatik poussa un sifflement.

 

- Ah oui, quand même.

- Alors ? Je suis ruiné ?

- En fait, Maître, sans être un connaisseur en - argh - lingerie et autres accessoires vestimentaires, je pense que Seln n'a dû payer que... environ un dixième des factures.

- Et ça fait ?

- Moins que prévu, Maître. Il reste même un peu de l'or que vous lui aviez passé avant de partir. Mais en même temps, vu qu'elle avait quasiment toute votre fortune…

 

Llégion et Abatik échangèrent un regard, puis se tournèrent vers la Succube en train de chercher une robe à leur montrer.

 

- Vous savez, Maître, elle est quand même sacrément forte. Avec la moitié de la chambre, vous pourriez vous acheter un nouveau repaire maléfique. Neuf.

- Oui, c'est vrai. Et elle est aussi très... avec de la... et des...

- Pitié, Maître. J'essaie toujours de ne pas y penser.

- Et tu y arrives ?

- J'ai toujours du mal, Maître.

- Je comprends. Mais j'aimerais quand même savoir comment elle a fait pour ne pas avoir son diplôme de Succube.

- Moi aussi, Maître. Moi aussi.

 

 

Moustaches secoua la tête. Ces bipédes... On leur montre de la peau sans fourrure et ils perdent tous leurs moyens. Même si, dans ce cas-là, il avait ressenti comme une sorte de chaleur bizarre dans le ventre. Il allait devoir creuser la question.

Puis le rat entreprit de se reproduire avec un coussin aux formes aguichantes.

 

 

***

 

 

Chapitre 132 : Plaie d'argent n'est pas mortelle – quoique…

 

 

- Tu te fous de moi ?!

- C'est pas moi qui fixe les prix, m'sieur.

- 30PO pour du tissu ?!

- C'est pas moi le responsable, m'sieur.

- 30PO ?!

- C'est pas moi qui fixe les prix, m'sieur.

- J'ai BESOIN de ce tissu.

- Je peux rien faire, m'sieur. C'est pas moi qui fixe les prix.

- Rhaaa ! Par la malepeste !

 

Llégion fusilla du regard le commissaire-priseur de Lune d'Argent qui en avait vu d'autres. En plus, il trouvait que les prix avaient baissé ces temps-ci.

 

- Abatik ! Abatik ! Où il est encore passé ce... ah, tu es là.

- Un problème, Maître ?

- Il me faut du fric. 30PO. J'ai besoin de nouvelles bottes.

- Euh...

- Quoi ?

- C'est-à-dire, Maître... 30PO pour des bottes...

- Non, 30PO pour du tissu. Et une rallonge pour du cuir. A tous les coups, c'est encore hors de prix.

- Oui... D'accord, Maître... Mais... Avez-vous vraiment besoin de nouvelles bottes ?

- Tu as vu ce que je porte ?

- Elle vous vont bien, Maître. Elles sont raccord avec le reste.

- Elles ont des trous partout. Quand il pleut, j'ai l'impression de marcher dans un lac.

- C'est normal, Maître. Les trous, ça fait partie du personnage quand on est un Mort-Vivant.

- J'en ai marre de les raccommoder ! Je te demande seulement... Mais pourquoi je discute ?! Donne-moi ce fric tout de suite !

- Ca risque de pas être simple, Maître.

 

Llégion ferma les yeux et prit une profonde inspiration. Puis il les rouvrit et se pencha jusqu'à se trouver à la hauteur du Diablotin.

 

- Essaierais-tu de me dire quelque chose, Abatik ?

- Ben... Vous voyez, Maître, les rentrées ont été faibles, et puis il y a eu des frais...

- Et... ?

- Beaucoup de frais, Maître...

- Quand tu dis beaucoup, tu veux dire... ?

- Regarde mon Llélé ! Tu as vu ma nouvelle robe ? Elle est TELLEMENT jolie ! Hein qu'elle qu'elle est jolie mon Zazounet ? Et arrête de tripoter ce lézard ! C'est sale !

- Bwouf !

 

Llégion et Abatik tournèrent la tête vers Seln qui venait d'apparaitre dans une robe effectivement magnifique - et accessoirement interdite aux mineurs.

Probablement.

Sûrement même.

Comme d'habitude, Zaza était à ses côtés, mais cette fois-ci il était accompagné d'un lézard rougeâtre déniché on-ne-sais-où. Le lézard avait l'air plutôt embêté, peut-être parce que Zaza le tenait dans la gueule.

 

- Beaucoup, Abatik ?

- Oui, Maître. Vous n'avez pas idée.

- J'imagine. Mais aurais-tu l'amabilité de m'expliquer pourquoi toi, que j'ai chargé de gérer MON or, tu as autorisé Seln à le dépenser. MON or. Pas le sien.

- Euh... Parce qu'elle n'a pas un sou, Maître ?

- Abatik ?

- Oui, Maître ?

- Elle a déjà pillé la ville pendant notre virée en Désolace. Explique-moi comment elle fait pour trouver de nouveaux trucs à acheter ? Depuis hier ?

- Euh… Une forme de talent, Maître ?

- Je ne conteste pas. Mais pourquoi, PAR LA MALEPESTE ! tu l'as laissée remettre la main sur mon or !

- Et bien... Vous m'avez dit que vous vouliez la paix, Maître. Et vous connaissez Seln...

 

Le Diablotin regardait son Maître avec inquiétude.

 

- Bon. Je sais qu'elle m'a quasiment ruiné – tant pis, ça m'apprendra. Mais il me reste combien de la dernière vente de butin ?

- Dans l'ensemble, si mes estimations de la nouvelle robe de Seln sont exactes, en tenant compte de sa visite chez le marchand de chaussures qui doit m'envoyer sa facture d'ici la fin de la semaine, sans parler, Maître, de l'abonnement au salon de coiffure...

- Donc ?

- Je dirais... 10PO.

- 10PO ?

- Oui, Maître. Respirez, Maître, vous devenez bleu.

 

Llégion se redressa et se tourna vers Seln en ouvrant la bouche. Abatik grimaça en plaqua ses mains sur ses oreilles. Heureusement pour la tranquillité de la cité elfe – si on fait bien entendu abstraction de la présence des Elfes eux-même - deux choses se produisirent.

 

D'une part, Seln était trop occupée à rajuster le noeud jaune servant de collier au Chasseur Infernal pour s'occuper de son "Llélé".

Le lézard en avait profité pour reprendre son souffle – avant de subitement redresser la tête et de… et de sourire ?

 

Car une ombre massive venait d'apparaître et de cacher le soleil au petit groupe...

 

 

Moustaches déglutit. D'accord, c'est ce qu'il avait prévu, mais quand même…

Puis il courut se cacher derrière les pieds du Démoniste

 

 

***

 

 

Chapitre 133 : La confrontation finale

 

 

- Vous êtes Llégion, Démoniste Réprouvé ?

- Seln, tu... Hein ?

- Llégion ? C'est votre nom ?

 

Llégion se retourna vers l'apparition qui lui masquait le soleil, et plissa les yeux pour faire le point.

 

Un Tauren.

 

Il portait la tenue en cuir caractéristique des Chasseurs, et le lézard ramassé par Zaza venait de se mettre à ses côtés avec un soulagement évident – et un drôle de sourire – si si – à la gueule.

Il avait aussi deux autres caractéristiques notables.

La première, c'est que le Tauren tenait à la main un fusil à double canon particulièrement menaçant.

La seconde, qui éclairait d'un jour particulier la première, c'est que le Tauren avait l'air TRES énervé. On le devinait à la fumée sortant de ses naseaux, phénomène peu courant, quoi qu'on en dise.

 

Llégion se redressa avec fierté.

 

- Un Tauren ? C'était donc cela l'odeur d'étable !

- Vous êtes Llégion ?

- J'aime pas les Taurens. Et je suis occupé. Alors tu dégages.

 

Le Tauren prit une profonde inspiration et se rapprocha du Démoniste. Abatik nota avec intérêt que les phalanges de la main tenant le fusil étaient blanches tellement il le serrait.

Une pensée vint soudain au Diablotin qui blémit. Pourvu que Mezz ait fini !

 

- Etes-vous Llégion, Démoniste Réprouvé ?

- Non.

- Non ?

- Non.

 

Le Tauren hésita quelques secondes, comme si la réponse n'avait pas été prévue.

Llégion leva les bras au ciel en pestant.

 

- Par la malepeste ! Quand est-ce que vous allez vous mettre ça dans le crâne ! Je suis Llégion le Maléfique, Génie du Mal, plus grand cerveau criminel d'Azeroth, futur Maître du monde et dieu malfaisant !

- Vous...

- Alors finalement, vous avez choisi votre spécialité, Maître ?

 

Abatik avait levé un sourcil interrogatif en interrompant le Tauren. Llégion le regarda en souriant.

 

- Oui, j'ai choisi hier. Finalement, j'ai laissé tomber le dieu de destruction. Trop de boulot, et en plus, je suis quand même dans le business du Mal depuis le début.

- Vous auriez pu le dire, Maître. C'est vrai, on en avait quand même parlé ensemble. Ce genre de décision, ça se prend à deux. En plus, j'avais parié avec Mezz…

- Faudra qu'on en reparle un jour, de vos histoires de pari, Abatik. Je trouve qu'avec Mezz… D'ailleurs, le voilà.

 

Le Marcheur du Vide venait de réapparaitre dans un tremblement de poussière. Il sortit un dossier et en sortit une enveloppe qu'il tendit à LLégion.

 

- (voix caverneuse) Je suis heureux de vous annoncer, Maître, que l'ensemble des procédures sont terminées. Les dernières démarches n'ont pris que neuf heures. J'ai eu de la chance, le préposé appartient à ma section syndicale.

- Et alors ?

- (voix caverneuse) Les statuts de votre nouvelle religion sont déposés et validés, Maître. Je vous ai mis l'attestation dans l'enveloppe.

- Magnifique ! Alors, Abatik ? Tu vois que c'était une bonne idée !

- Bien sur, Maître, c'est Edu… Enfin, c'est moi qui… Je veux dire : qu'est-ce que vous êtes fort, Maître ! Par contre, pour les larbins, genre prêtres ou fidèles fanatiques, ça risque d'être plus compliqué.

- Tu penses bien que j'ai prévu le coup !

- Ah bon, Maître ? Mais c'est seulement pour arnaquer la Confr…

- Des clous ! Mezz ?

- (voix caverneuse) J'ai mis votre charte de guilde dans l'enveloppe, Maître. Elle s'appelle... hum... la Légion des Séides, comme vous l'avez demandé. Ne me regarde pas comme ça, Abatik, c'est lui qui a choisi le nom.

- Une guilde, Maître ? Vous allez créer une guilde ? Vous ?

- Oui, moi. Pourquoi ? Ca pose un problème ?

- C'est-à-dire, Maître… Pour être Maître de guilde, il faut des compétences en diplomatie, ce genre de choses…

- Et ?

- Et vous… *soupir* Non, rien, Maître. De toutes façons, ce n'est pas parce que vous avez une charte que la guilde existera vraiment…

- Je n'ai aucune inquiétude. Qui ne se battrait pas pour me servir ?

 

Abatik chercha quelque chose à répondre, mais il préféra laisser tomber.

Et surtout, il n'avait jamais servi un dieu, même seulement sur le papier... Ca ferait pas mal sur le CV... Et pour une fois que ce genre d'histoire ne tournait pas en désastre.

 

- Je dois avouer que vous avez fait fort, Maître – même si en fait c'est Edu… Hem, bref. Mais je crains que tant que vous n'avez pas trouvé des prêtres et des fidèles, vous ne puissiez être considéré vraiment comme un dieu. Enfin, de toutes façons, n'oubliez pas qu'à la base, c'est un plan pour…

- Ca n'empêche pas. D'ailleurs, Mezz, niveau impôts, ça donne quoi finalement ?

- (voix caverneuse) La religion existe bien, Maître, donc vous bénéficiez de tous ses avantages, même sans avoir encore de fidèles.

- J'espère que tu es sûr de ton coup…

- (voix caverneuse) Jurisprudence n°4.124.758.b relative à l'affaire "Xgrtahter contre Darnassus" : l'existence de fidèles n'est pas une condition nécessaire pour exercer son droit religieux.

- Alors les gars ? Qui a eu une bonne idée ? Hein ?

- Ben Edu… Enfin, moi… Je veux dire : chapeau, Maître.

- (voix caverneuse) Comme ça, vous avez tous les avantages, Maître. Notamment l'exonération d'impôts.

- Au fait Mezz, tu as réussi à avoir ton machin, là ?

- (voix caverneuse) La rétroactivité, Abatik. Oui, c'est fait.

- Rétroactivité ? C'est sûr ?

- (voix caverneuse) Oui, Maître. Considérant que vous exercez votre mission de Maître du Mal depuis votre vivant, j'ai pu invoquez un certain nombre de jurisprudences et de précédents…

- Version courte, Mezz.

- (voix caverneuse) Vous êtes officiellement un dieu malfaisant depuis vos débuts, Maître. Donc totalement éxonéré fiscalement parlant.

- Yes ! Yes, yes, yes ! Alors : elle est pas belle la vie ?

 

Llégion arborait un sourire magnifique devant ses démons qui se fendirent d'une petite révérence. Seln avait levé la tête.

 

- Qu'est-ce qu'il se passe, mon lapin ?

- Seln... Tu pourrais faire l'effort de suivre un peu...

- Mais je suis, mon Llélé ! Tu veux te faire de nouveaux habits. J'avais bien compris. Ce que tu peux être méchant...

- Oui, mais non, Seln. Tu as devant toi un dieu...

- Pas tout à fait, Maître.

- ... si si, un dieu, avec église et tout. Plus l'armée qui va avec : j'ai appelé ça la Légion des Séides.

- C'est vrai, mon choubichounet ?

- Eeet... ouais.

- Mais c'est génial ! Hein que c'est génial, mon Zazounet ?

- Wof...

- Mais si ! Je suis TELLEMENT fière de toi, mon chéri ! Je savais que tu arriverai à faire quelque chose de ta vie !

- Seln, je... Non, rien. Content que ça te plaise.

- Exo... Exo... *gargl*

 

Le petit groupe se retourna vers le Tauren que tout le monde avait oublié. Il était devenu rouge vif, son fusil était en train de se tordre sous la force de sa poigne, et à côté de lui le raptor avait posé les pattes sur sa tête en gémissant.

 

- Ah oui, le Tauren. Tu voulais quoi, toi ?

- Exon... Exon...

- En parlant de Tauren, Maître, je me demandais si ce ne serait pas, par hasard…

- Quoi ?

- Exon... Exon...

- C'est pas un Tauren que la Confrérie des Collecteurs vous a envoyé ?

- Ah oui, c'est vrai. Tu crois que c'est lui ?

- Exon... Exon...

- Ben, vu sa tête, Maître… Ce serait marrant !

- Ca, je dois reconnaître…

- Exon... Exon...

- Bon, articule, par la malepeste ! Je comprends rien ! Abatik ?

- Et bien... On dirait qu'il parle de l'exonération liée à votre nouvelle religion, Maître.

- Retr... Retr...

- Et sa rétroactivité apparemment, Maître.

- Llé... Llé...

- Llégion, oui, c'est bien lui. Le seul et unique. Respire, vieux.

- Conf… Conf…

- La Confrérie des Collecteurs. Tu bosses pour eux, hein ? T'inquiète, on est au courant.

- Redr… Redr…

- Redressement fiscal. Ben non, comme tu vois, c'est mort. Autre chose ?

- Vous… Vous…

- On t'a couillonné en beauté. Je confirme. Mais t'inquiète, rien de personnel. C'est juste que Llégion, on a préféré le garder. Il n'est peut-être pas très futé…

- Eh !

- … mais tu sais ce que c'est, on s'attache.

- "Pas très futé" ! Abatik !

- Oups. Désolé, Maître, j'avais oublié que vous étiez là…

- Un de ces jours, Abatik, tu vas payer pour tout ça.

- Mais c'est un honneur et un privilège quotidien de vous servir, Maître.

- Et toi t'es le roi des faux-culs, Abatik.

- Il paraît, Maître. Mais ça fait partie du boulot.

- (voix caverneuse) Puisque vous en avez fini avec cette affaire, Maître, je voudrais vous entretenir de mes congés…

- Que dalle ! On va en Aprefange, et j'ai besoin de toi pour prendre les coups !

- Pourquoi on ne reste pas à Lune d'Argent, mon poussin ? Tu sais, j'ai…

 

Sanguina resta silencieuse à regarder Llégion et ses démons repartirent vers l'hôtel. Puis elle leva la tête vers son ami.

 

Vimayre était figé, le teint blafard. Dans sa main, son fusil n'était plus que de la tôle tordue. Et il ne cessait de bredouiller.

 

- Exon... Exon...

 

Sanguina soupira et, après une légère hésitation, se décida à aller chercher les collègues de son compagnon. Parce que bien sûr, il fallait que cela arrive chez les Elfes…

 

 

Moustaches regarda le raptor s'en aller et revint sur le Tauren, toujours figé et bredouillant au milieu de la place de Lune d'Argent. Il ne pouvait s'empêcher d'avoir des remords, mais comme on dit, on ne fait pas d'omelettes sans casser des œufs.

Puis le rat pissa sur le sabot de Vimayre.

 

 

***

Publié le 05/02/2010 - Pas de modifications
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