Gift
Race: Humaine
Classe: Decker
Jeu: Shadowrun
Etat: Actif
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Aspect physique : femme de 32 ans, plutôt petite (1m61), et maigre (42kg). J’ai la peau hâlée et de long cheveux verts sur la moitié supérieure du crâne, souvent attachés en queue de cheval, ce qui laisse voir que la moitié inférieure est rasée, et la prise jack implantée dans ma nuque. J’ai des cicatrices assez visibles dans le cou et sur le bras droit, d’autres moins perceptibles sur le côté gauche. Ma jambe droite est raide et je m’aide d’une béquille pour marcher (je peux éventuellement m’en passer, mais je serai alors ralentie).
J’ai aussi un tatouage, mais que mes camarades n’auront probablement pas l’occasion de voir : il longe la plus grande de mes cicatrices, sur le côté de mon genou droit « Ni olvido ni perdón. Ten cuidado, qué un día te haré pagar las cuentas ».
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Créé le 13/08/2026 à 18:32:10 - Modifié le 13/08/2026 à 18:39:59
Aujourd'hui, on m'appelle Gift. Je suis née sous le nom d'Anna-Louisa dans une famille plutôt aisée : mon père était directeur de la plus grosse agence bancaire de Portland. C'était aussi un monstre. À l'extérieur, il avait toujours le masque d'un homme aimable, époux et père de famille dévoué. En privé, il frappait ma mère, mon grand frère Pablo ou moi pour se défouler de la moindre contrariété. J'ai grandi dans les cris et les bruits d'objets brisés, physiquement protégée de leur mieux par ma mère et mon frère, mais l'esprit attaqué quotidiennement comme une falaise par l'océan. Et puis un jour... j'avais 14 ans, Pablo 17. Notre mère est venue nous trouver, a dit à mon frère : "c'est aujourd'hui ; prends ta sœur et va". J'ai vu mon frère hésiter, le regard empli de détresse. Elle a insisté. Il m'a prise par la main, m'a entraînée dans le garage, m'a fait monter dans une des voitures de notre père, a démarré, tandis qu'hébétée, je n'arrivais pas à poser les questions qui tournaient dans ma tête. Une rue, puis une autre, l'autoroute, et puis il s'est mis à parler. Cela faisait des mois que ma mère le préparait à cette éventualité : un plan pour simuler notre mort. Il avait enregistré un message disant qu'il m'emmenait voir une exposition dans un musée de Seattle ; sauf qu'en chemin, il avait repéré un endroit d'où il précipiterait la voiture dans une rivière. Le but était que les autorités pensent que nos corps aient été emportés par le courant, tandis que nous rejoindrions une personne pouvant nous enlever nos SIN et nous mettre à l'abri de recherches plus approfondies.
À un moment, il m'a donné un sac qu'il avait préparé, et m'a ordonné de sauter sur le bas-côté ; lui devait rester au volant encore quelques kilomètres. Terrifiée, j'ai fait ce qu'il m'a dit. Sonnée par ma chute, je ne sais pas combien de temps je suis restée dans le fossé, mais je me suis ensuite mise à marcher, jusqu'au pont dont la rambarde désormais rompue attestait du passage de notre véhicule. Pablo n'était nulle part en vue. Je me suis cachée, et ai fouillé le sac qu'il m'avait confié ; il contenait de l'eau, des biscuits, une lampe et surtout une carte de Seattle, accompagnée d'une lettre. Il me disait de ne pas le chercher, mais de suivre le plan et de suivre toutes ses indications pour entrer en contact avec une femme appelée Furor ; qu'il ferait de son mieux pour me rejoindre au plus vite.
J'ai trouvé la dénommée Furor après deux ou trois jours d'errance. Sa première action a été de me débarrasser de ma SIN, en me disant "bienvenue dans le monde libre". J'ai alors pu accéder aux journaux, qui m'ont appris que mon père avait tué ma mère, tandis que mon frère et moi étions supposés mort·es dans un grave accident de la route.
Pendant des mois, j'ai vécu dans le refuge géré par Furor, qui accueillait transitoirement des fugitifs et surtout des fugitives. Tout·e nouvel·le arrivant·e se voyait, comme moi, débarrassé·e de sa SIN, puis devait contribuer à la vie de la collectivité selon ses capacités : cuisiner, coudre, bricoler, s'occuper des plus jeunes enfants... Rapidement, on devait aussi acquérir des compétences plus lucratives - puisque nous vivions désormais au ban de la société, il fallait être capable de subvenir à nos besoins.J'ai attendu que Pablo vienne me chercher, m'accrochant au fait que son corps n'avait pas été retrouvé. Puis au fil du temps, j'ai dû me rendre à l'évidence : j'étais la seule survivante.
 
J'ai maintenant 32 ans. Je ne fais presque plus jamais d'attaques de panique, et ne vois que très rarement mon père dans mes cauchemars. Il a fait moins de 10 ans de prison pour avoir tué ma mère. Quand j'en ai l'occasion, je fais des sabotages mineurs sur le réseau de sa banque ; mais rarement, car personne ne doit soupçonner que ces attaques le visent personnellement. Je rêve d'un jour lui faire connaître la peur qu'il infligeait à tout son entourage, mais même si je veux me venger, je ne dois pas mettre en danger Furor et son réseau. Prudence avant tout. Mais si l'occasion se présente... je ne la manquerai pas. Furor arma ministrat.
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Créé le 13/08/2026 à 18:43:01 - Pas de modification

J'habite dans un studio miteux du quartier d'Everett, avec un loyer à payer à la concierge, Mme Milton, chaque mois. Pas très pratique d'être au troisième étage avec ma patte folle, mais bon je sors rarement. Quand par hasard j'ai besoin de monter des trucs un peu lourds, je peux en général compter sur Alex, le petit-fils de mon voisin de palier Ernie : celui-ci a environ 70 ans, et Alex vient le voir quasiment tous les jours. J'ai juste à anticiper un peu et Ernie me l'envoie à la fin de sa visite. J'aime bien Alex. Tout en lui respire la gentillesse – il me réconcilierait presque avec la gent masculine. Quelque part, il me rappelle Pablo, sauf qu'il est un peu plus jeune que moi.

L'immeuble compte surtout des gens qui vivent seul·e, comme moi, mais au 5ème il y a Nelly, qui élève seule deux gamins, Zack et Bran, qui ont 5 et 7 ans. Parfois je les laisse venir chez moi pendant deux-trois heures, en général le dimanche, pour qu'elle puisse se reposer une peu. Je ne parle pas trop à mes autres voisin·es, à part « bonjour » quand on se croise dans l'escalier. Pour elleux tous, je suis Ramona – j'ai choisi le deuxième prénom de ma mère pour la vie de tous les jours. Anna-Louisa est morte, seule Furor connaît encore ce nom, mais elle m'appelle Gift depuis tellement longtemps…
 
C'est elle qui m'a donné ce surnom, alors que je broyais du noir sur mon lit de convalescence après que son chirurgien clandestin ait tenté de rafistolé ma jambe (marcher, ou plutôt se traîner sur des km avec une jambe blessée, c'était pas l'idée du siècle, mais ce n'est pas non plus comme si j'avais eu le choix ; au moins, le reste s'était bien remis). Je dois avouer que le gars était bon : sans lui, je ne pense pas que je pourrais me tenir debout sur mes deux jambes aujourd'hui. Sur le moment, je voyais surtout le verre à moitié vide : j'étais alitée, orpheline et sans nouvelles de mon frère. J'avais du mal à être reconnaissante envers les gens qui m'avaient sauvée alors que mon monde était réduit à néant. Je me rappelais vaguement avoir eu des rêves, avant : devenir danseuse, emmener ma mère en voyage et être heureuse, loin de mon père. J'étais certes rendue (relativement) loin de mon père, mais pour le reste…
Comme je m'étais montrée franchement désagréable avec la pensionnaire qui jouait le rôle d'aide-soignante à mon chevet, Furor était venue me voir. M'avait dit qu'elle comprenait ce que je ressentais, et à son ton, je savais que ce n'était pas que des mots. Je me suis vidée de ma rage et de ma détresse à gros sanglots dans ses bras. Et puis, elle m'a dit : « Ta mère t'as donné la vie deux fois ; pour que tu t'en rappelles toujours, je t'appellerai désormais Gift ». Une paire d'années plus tard, une autre pensionnaire m'a appris que ce mot signifiait « poison » en allemand ; j'ai bien aimé cette idée. Cela coïncidait avec le moment où j'ai cessé d'espérer que Pablo réapparaisse… et le moment où l'envie de me venger de mon père est passée d'un feu brûlant à une rage froide. J'ai commencé à me former à l'utilisation du deck. D'une part, dans la matrice, je ne boîte pas. D'autre part, petit à petit, j'ai appris à surveiller mon père de loin. Quand j'ai pris un peu d'expérience, j'ai fait de menus sabotages (mettre en panne le portail de sa résidence, intercepter des appels vers son comelink…). Que des choses pouvant passer pour de simples pannes, pas trop fréquentes pour ne pas éveiller l'attention.
Ce connard s'est remarié quelques mois à peine après sa sortie de prison. Assez vite, j'ai pu voir qu'il ne traitait pas mieux sa nouvelle femme que ma mère. J'ai de la peine pour elle, mais je me retiens d'intervenir : le réseau de Furor ne s'étend pas jusqu'à Portland – je ne sais d'ailleurs pas comment ma mère avait obtenu son contact à l'époque – je me contente d'aider les gens à ma portée.
 
Vers mes 20 ans, j'ai commencé à gagner un peu d'argent, assez du moins pour petit à petit rembourser mon deck au contact de Furor qui m'avait équipée et formée, et quitter le foyer pour mon propre logement. Ouaip, ce studio naze, c'est actuellement ma plus grande revanche sur la vie.
Je suis régulièrement en contact avec Furor : je lui verse de temps à autre une partie de mes revenus pour la gestion du refuge. Moins souvent, mais quelques fois par an, j'échange des nouvelles avec Raccoon et Mountain, deux pensionnaires du refuge arrivés plus ou moins en même temps que moi, avec des bagages tout aussi lourds, et qui se sont formés au deck en même temps que moi. Ce sont un peu mes petits frères turbulents.
 
 
Quand j'ai du temps libre, c'est-à-dire souvent car les missions ne tombent pas du ciel, je réalise des illustrations numériques : essentiellement des paysages, mais aussi des tableaux abstraits, parfois des portraits. De temps en temps je parviens à en vendre une, mais surtout, j'en fournis une pour chaque paiement de mes talents de decker. Comme ça, si un·e client·e a des ennuis et que quelqu'un regarde de trop près ce qu'iel fait de son fric, iel a une bonne raison de m'avoir versé de l'argent.
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Créé le 13/08/2026 à 18:45:36 - Pas de modification

 En parlant de boulot qui ne tombe pas du ciel, je viens de me faire embarquer dans une mission inhabituelle : un type, Nizar, m'a contactée pour faire partie de son équipe pour protéger un banquier (purée c'est vraiment le monde à l'envers). J'ai accepté de le rencontrer, parce qu'il faut bien manger, et nous avons fait connaissance de trois autres gars : Operator, un rigger qui a l'air d'avoir vingt ans, Finn, un elfe avec des talents de chaman, et Nick, un troll qui euh… a l'air de très bien savoir cogner sur une cible qu'on lui désigne ? Le rigger nous a rassemblé dans son van en mode ramassage scolaire, puis on s'est posé·es dans un fast-food pour que Nizar nous explique la mission en détail. Une trolle, qui se fait appeler Miss Myth, nous envoie un analyste financier qui a peur pour sa vie : il faut le planquer quelques jours et vérifier s'il est vraiment en danger – si oui, trouver un moyen de résoudre le problème. J'ai fait une rapide recherche sur le gars : un profil lisse, chiant comme la pluie, rien qui semble mériter que quelqu'un veuille le menacer, mais bon, il nous en dira plus lui-même. Tout le monde étant partant (même si j'aurais préféré qu'on me laisse chez moi au lieu de me trimballer dans toute la ville pour en discuter), Nizar nous a payé une nuit d'hôtel avant qu'on ne contacte le client. Le lendemain matin, il a donc appelé ce dernier, qui nous a donné rendez-vous dans un café proche de son lieu de travail. Là, il nous a expliqué qu'il était tombé par hasard sur des données prouvant des détournements de fonds datant de 2029 ; et que depuis, il se sent épié (il pense qu'on a fouillé ses poubelles, et surtout, sa mère a reçu un appel « louche », alors qu'elle vit en Angleterre). Je penchais pour un accès de parano du type, quand Operator a signalé deux drones qui surveillaient le secteur : si c'est une coïncidence, elle est grosse… Aussitôt, Nizar a proposé au client d'échanger leurs vêtements, et de se faire passer pour lui pour éloigner cette surveillance le temps que nous le planquions. C'est ainsi qu'il s'est retrouvé à partir en métro sans destination précise, pendant que nous autres embarquions le banquier dans le van. C'est seulement à ce moment que celui-ci nous a précisé qu'il avait une copie des données frauduleuses… dans un carton, chez lui. Bon, on n'allait pas le laisser retourner le chercher lui-même… C'est Operator qui y est allé, mais alors qu'il était entré dans l'appartement, deux drones offensifs ont déboulé et se sont mis à le canarder ; je ne sais pas par quel miracle il en a réchappé, toujours est-il qu'il est sorti avec le carton sous le bras, et que Finn l'a rejoint assez vite pour mettre les drones en déroute (cet elfe est super bizarre mais il a véritablement des talents très utiles). Pendant tout ce bordel, j'essayais de me remettre d'un méchant contre-coup : bugguée dans ma matrice, j'avais seulement réussi à envoyer un « débranche-moi » à Ope avant qu'il quitte le van… ce qu'il avait fait, au sens propre. Évidemment, j'aurais dû me douter qu'il ne connaissait pas les procédures. J'ai intérêt à le former, au cas où ça se reproduirait. Bref, nous avons rejoint Nizar dans un autre quartier, et avons discuté de l'épineuse question « où planquer notre gusse ? ». J'avais déjà contacté Furor, pour d'une part savoir si je pouvais faire confiance à cette « Miss Myth » (oui) et à mes équipiers du jour (par ricochet, oui pour l'instant, mais il faudra que je creuse), et d'autre part si je pouvais lui confier notre client (ok, mais en dernier recours). Les autres n'ayant pas de meilleure option, je l'ai rappelé pour confirmer que j'avais vraiment besoin d'elle ; et elle m'a envoyé une adresse. Nous y avons déposé le banquier, en lui expliquant de ne pas bouger un orteil tant qu'il n'aurait pas de nos nouvelles. Operator nous a ensuite ramené·es chacun·e près de chez soi, sauf Nizar qui a pris le métro pour aller on ne sait où.

Une fois ma porte refermée derrière moi, les nerfs ont lâché et je me suis tapé ma plus grosse crise d'angoisse depuis… je ne sais plus, un paquet d'années. Quand j'ai recommencé à respirer normalement, je suis partie dans la matrice pour sécuriser les commlinks du groupe, et du client. J'étais tellement pas dans mon assiette que j'ai déclenché une contre-mesure dont j'ai eu du mal à me défaire. Mais bon, mission accomplie. Je me suis endormie comme une masse… pour être réveillée en sursaut quelques heures plus tard, par un appel de Nizar. Qui m'annonce que notre client a balancé un message via sa corpo et a « trouvé un acheteur potentiel pour ses données ». J'ai manqué m'étrangler en entendant ça : ce type a-t-il donc moins d'instinct de survie qu'un lapin figé dans les phares d'une bagnole ??? J'ai gueulé sur ce pauvre Nizar, qui m'a dit qu'il se chargeait de bouger le banquier vers une autre planque, et me redonnerait des nouvelles au plus vite. J'ai envoyé un message aux autres, pour qu'ils se tiennent prêts à bouger si besoin, et à Furor pour présenter des excuses ; encore heureux qu'elle ne l'avait pas hébergé directement dans le Refuge… les dégâts devraient être limités. Et puis, il a pu être repéré, mais rien ne dit qu'il l'a effectivement été. Cette pensée m'a aidée à me calmer. Nizar m'a envoyé le pseudo de « l'acheteur potentiel » pour que je fasse des recherches. De quoi m'occuper un peu, mais d'abord : médocs. Je ne survivrais pas à cette journée sans anxiolytiques, et ma jambe me faisait un mal de chien. Merde, je n'ai presque plus de stock ; de quoi tenir les deux prochains jours, trois si notre imbécile de client ne joue pas trop avec ma tension. Sa recherche pouvait attendre, je me suis d'abord connecté avec Joy pour me générer une nouvelle ordonnance. En attendant de pouvoir la confier à Ernie, j'ai basculé sous les traits d'Honey pour faire les recherches demandées. J'ai ensuite redormi un peu, puis après mon petit-déjeuner je suis allée frapper à la porte d'Ernie. Ce qui est bien avec les vieux, c'est qu'ils sortent aussi rarement de chez eux que moi : il m'a accueillie avec le sourire, m'a redit que je devrais me trouver un beau jeune homme avec qui faire des enfants, je lui ai répété que ça n'arriverait jamais, tout en sachant qu'il n'écouterait pas plus que les 4000 fois précédentes. Ce retour à la normalité m'a fait un bien fou, et il m'a promis qu'il confierait mon ordonnance à Alex dès sa prochaine visite, à savoir cet après-midi-même. Et me revoilà de retour chez moi, en visio-conférence avec mes équipiers pour discuter de notre prochaine action.

Tout en parlant, je mets de côté un maximum d'éléments pour faire des recherches sur eux dès que j'aurai un moment : certes, Furor m'a confirmé que Miss Myth était quelqu'un de confiance, mais pour autant, elle ne peut pas garantir tous les gens qu'elle fait travailler – encore moins les novices qu'elle teste, comme nous présentement. Même si Nizar m'inspire plutôt confiance, et que j'apprécie sa réactivité, j'aimerais bien savoir quelles circonstances l'ont mis en position de 1) recevoir cette mission, 2) dégoter une planque alternative dès que notre client a déconné. Les autres sont sympas et ont l'air compétents dans leurs domaines respectifs (enfin, pour le troll, je sais pas trop, et il faudra avant tout vérifier s'il est aussi con qu'il en a l'air, ou s'il fait semblant), mais pareil, j'aimerais savoir ce qui les a amenés là. Au pire, si je ne trouve rien, ça voudra dire qu'ils savent un minimum couvrir leurs traces.

J'espère qu'Alex pourra aller à la pharmacie dès aujourd'hui ; j'ai hâte d'avoir mes médicaments bien sûr, mais surtout, j'ai besoin de le voir. Avec son éternel optimisme, il a l'art d'effacer la laideur du monde. Quand j'ai emménagé il y a douze ans, Ernie habitait déjà là, et je me suis un peu forcée à lui faire la conversation quand je le croisais, sans me douter que son petit-fils entrerait dans ma vie malgré toutes mes barricades. La première fois que je l'ai vu, je rentrais à la maison en traînant une valise de matériel ; il s'apprêtait à quitter l'immeuble, mais m'a proposé de l'aide pour monter l'escalier. J'ai décliné avec mon air des mauvais jours, mais il a empoigné la valise et a commencé à remonter l'escalier comme si j'avais accepté avec enthousiasme. J'ai nettement vu qu'il avait deviné mon soulagement intérieur, mais comment savait-il à quel point demander de l'aide m'aurait coûté ? Mystère. Quand, une fois devant ma porte, j'ai marmonné un « merci », il m'a demandé avec ironie si j'étais toujours aussi souriante. J'ai répondu « ouais, toujours depuis que je suis morte ». Il a juste rétorqué « ok, à bientôt Mme la fantôme ! », et est reparti. Je l'ai recroisé quelques fois dans les semaines suivantes – vu le peu de fois où je mettais le nez dehors, il fallait qu'il vienne vraiment souvent. À chaque fois, il prenait ce qui m'encombrait sans rien me demander, montait ou remontait les 3 étages, puis me laissait pour rejoindre son grand-père ou repartir, selon le cas. Cette façon d'à la fois s'imposer tout en respectant mes distances de sécurité a fini par me faire sentir curieusement à l'aise en sa présence. Au fil des mois, je lui ai confié des bribes de mon passé : pas l'entière vérité et encore moins mon nom de naissance, mais suffisamment pour avoir l'impression d'être honnête avec lui. J'ai dit que mon père était mort quand j'étais toute petite, puis que ma mère et mon frère étaient morts dans l'accident qui m'avait laissé toutes ces cicatrices, et que j'avais ensuite vécu chez une tante. Je pense qu'il sait que ce n'est pas l'entière vérité, mais il n'a jamais posé de questions... notamment sur le fait que je sois devenue decker et que je n'aie plus de SIN, ce qui ne lui a pourtant pas échappé. Ouais, il a l'esprit vif, ce garçon. Il a aussi très vite compris qu'il ne servait à rien de frapper à ma porte : même si par hasard je ne suis pas dans la matrice, je ferai la morte tant que la personne sur le palier ne se sera pas identifiée. Il a vite pris le pli de m'envoyer un message sur mon commlink dix minutes avant son arrivée, et de s'annoncer à voix haute une fois devant ma porte. Il me fait parfois un peu la morale sur le temps que je passe dans le monde virtuel, et je sais qu'il est vraiment inquiet quand il m'appelle « mon fantôme » au lieu de Ramona, mais la plupart du temps il laisse ça à son grand-père. Double bénéf, selon lui : pendant que ce dernier s'occupe de mon cas, il oublie de lui mettre la pression pour qu'il fonde une famille, et me voir bafouiller lamentablement pour esquiver les questions intrusives d'Ernie le met toujours en joie. Sale gosse. Je peux le traiter de gosse, je suis plus vieille que lui, na ! (je suis extrêmement mature aussi, et oui). Parfois, j'angoisse à l'idée qu'il finira par rencontrer une femme dont il tombera amoureux. À ce moment-là, je me retrouverai seule. Mais bon, ça fait déjà 12 ans, et il est toujours là pour moi. Et quand il n'est pas là physiquement, j'ai Toufou, un énorme chien en peluche qu'il m'a offert il y a une dizaine d'années. Du confort pour mes excursions virtuelles, et une aide précieuse contre les insomnies.

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Créé le 13/08/2026 à 20:32:11 - Pas de modification
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